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mardi 21 janvier 2014

À Pôle Emploi, on ne vous radie plus, on vous "invite à vous désinscrire" !


C’était il y a 9 ans, en décembre 2005. Convoqué par l’ANPE, je me retrouvai en compagnie de 56 autres chômeurs, contraint de participer à un stage démarrant le lendemain matin ! M’apprêtant à créer mon entreprise (Après la Lune), je réussis à échapper à la rafle. Énervé, d’un naturel chatouilleux, je lançai sur le Web un vibrant coup de gueule, Chômeurs, qu’attendez-vous pour disparaître ? médiatisé par un papier de Christian Losson dans Libération, Canal +, Rebecca Manzoni sur France Inter (Éclectik), bien d’autres d’encore. Ce qui ne sera pas le cas du superbe livre collectif, Chômeurs, qu’attendez-vous pour disparaître? paru en 2007, aux éditions Après la Lune, dans une indifférence quasi-générale, à l’exception de L’Humanité-Dimanche, de Hervé Pauchon sur France Inter, de Rue 89 et de sites militants. Malgré ce silence, le livre eut un certain impact, grâce, notamment, au soutien de syndicats de chômeurs et de l’ANPE, secouée à l'époque par des grèves, qui contribuèrent à sa diffusion.
  Si je reviens sur cet épisode, qui fut pour moi l’occasion de belles rencontres, c’est parce que neuf ans plus tard, alors que ma petite entreprise a passé l'arme à gauche, il m’arrive de nouveau quelque chose de très désagréable émanant de Pôle Emploi. Et cette fois, il ne s'agit plus d'un "accident informatique", mais de mots choisis, pesés, par une "conseillère" qui doit ignorer ce que veulent dire les mots "fins de mois", "précarité", "angoisse"…
Chômeur depuis deux ans, j’ai eu affaire à trois conseillers qui, à défaut de me trouver du travail, furent très attentifs à mes difficultés pour retrouver un job dans le secteur de l’édition, où mon CV de franc-tireur ayant appris le métier sur le tas fait hurler de rire. Il y a trois mois, las d’envoyer des CV à des boîtes qui ne répondent jamais (ou alors "mais vous êtes TROP qualifié"), j’acceptai la proposition alléchante de mon conseiller de suivre une prestation intitulée CAP projet  (3h par semaine sur 3 mois). Las! Le quota de chômeurs n’étant pas atteint (il en fallait 6, nous n’étions que 5 volontaires sur les 8 chômeurs présents), je ne pus suivre cette prestation, assurée par un prestataire de service de Montreuil, à mon grand regret car l'animatrice était drôle, sympathique et au demeurant, me sembla-t-il, fort compétente – coucou Léopoldine !
  Deux semaines plus tard, mon conseiller me proposa de suivre la même prestation, cette fois à Saint-Denis. Quelque peu distrait, j’oubliai de me rendre au RV et lui écrivis que je ne voyais plus trop l’intérêt de suivre cette prestation, étant de surcroît « un peu dépressif ». Re-las ! C'est qu'entretemps, mon référent n’était plus le sympathique Serge A., mais une certaine Peggy W.M., qui avait dû lire les œuvres complètes de Laurent Wauquiez et ne prêta pas la même oreille compréhensive à mon argument. Et m’écrivit :  « Je reçois ce jour votre courrier m’informant de votre absence à la prestation CAP projet suite à vos problèmes de dépression. Je vous informe que si vous ne souhaiter [sic] pas recherchez [sic] d’emploi pour le moment, vous pouvez vous désinscrire de pôle emploi afin de ne plus être sollicité par nos services. Vous pourrez vous réinscrire par la suite quand vous aurez retrouvé la motivation pour retrouver un emploi. »
  Autrement dit, à Pôle Emploi, on est cool, on ne vous radie pas, mais on vous autorise à vous désinscrire (et à cesser de bénéficier de la fastueuse manne RSA-CMU-Transports gratuits). Rompez.
  Peggy, vous avez l’air d’être si sensible que je me demande si, à notre premier rendez-vous (j’en tremble d’avance), au lieu de vous offrir la brassée de livres que j’ai coutume d’offrir à mes conseillers Pôle Emploi référents (dont Chomeurs, qu’attendez-vous pour disparaître ?, qui provoque toujours son petit effet), je ne vais pas vous offrir… un bouquet de fleurs !

mardi 7 janvier 2014

Petit éloge de la célébrité. Premier épisode : Richard Bohringer

Avez-vous déjà rencontré des “célébrités”? Moi oui. De par mes activités d’écrivain, d’éditeur, mais aussi d’agitateur-outrageur. Ces rencontres m’ont amené à réfléchir. À la différence des gens “normaux”, dont le caractère n’est pas forcément “tranché”, j’ai remarqué qu’il en allait autrement pour les célébrités que j’ai rencontrées, qui sont, soit des gens adorables, entiers, humains, bref, normaux ; soit de sinistres enfoirés, veules, égocentriques, sûrs de leur génie, qu’on aurait préféré ne jamais rencontrerJ’ai décidé, pour m’amuser, de livrer ici le produit de ce récollement, intitulé Petit éloge de la célébritéDans un souci d’équité, j’alternerai les méchants et les gentils.
Pour commencer, Richard Bohringer. Acteur français. Écrivain du dimanche. Ancien drogué ayant frôlé la cécité. Charmeur de blues. Chaud bouillant. Ego surpuissant. Susceptibilité exacerbée. Donne à croire qu’il affectionne le genre humain alors qu’il n’aime que lui, sa fifille Romane et les aficionados qui lui cirent le cuir des pompes et le cuir chevelu.
En 1990, alors que je m’initiais aux rudiments du plâtre dans un appartement où je venais d’emménager à Charenton-le-Pont, le téléphone, tout juste installé, sonna. Descendant de mon escabeau, pensant qu’il s’agissait de ma compagne qui était la seule à connaître le numéro, je décrochai. Au bout du fil, une voix éraillée, en totale symbiose  avec la friture élémentaire France Telecom. “Allô, c’est Richard Bohringer! Je ne suis pas du tout content de la lettre que vous m’avez envoyée!” Le coup de fil dura cinq bonnes minutes, pendant lesquelles le cher homme, hors de lui, me traita, sans me laisser le temps d’en placer une, de petit con, de branleur, de type malhonnête, de frustré, ajoutant qu’il en avait bavé, lui, qu’il avait failli perdre la vue étant môme (je n’invente rien). L’objet de son courroux ? J’avais osé lui conseiller de demander à son éditeur de mentionner son nom dans les lettres-types de refus adressées aux (innombrables) écrivains ayant proposé un manuscrit à la collection Périphériques, dont il venait de prendre la direction chez Denoël après le succès de sa daube ténébreuse C’est beau une ville la nuit, et dont il venait d’annoncer dans Télérama, à grand renfort de gonflette narcissique, qu’elle accueillerait ses “fils spirituels”. Il n’y publiera en fait que deux livres fort épais, illisibles, encore plus prétentieux que son propre bouquin, que j’avais fourbement fait semblant d’adorer dans ma lettre d’impétrant proposant un recueil de poèmes en prose, sobrement intitulé Macadam quidam, dans lequel je racontais les pérégrinations urbaines du vendeur du BHV que j’avais été. Le PS de ma lettre "Si vous ne mentionnez pas votre nom, on pourrait penser qu'il ne s'agit que d"un vaste coup de pub." blessa le fauve Bohringer, au point qu'il avait jugé indispensable d’appeler l’illustre inconnu que j’étais, ce qui aurait été somme toute honorable s’il ne s'était contenté de m’abreuver d’injures. Quand il raccrocha, sans que j’aie eu le temps de prononcer un mot, mon plâtre avait complètement séché. Un drame peut en cacher un autre. Néanmoins, je n’en ai jamais voulu à Bohringer car grâce à lui je découvris trois choses.
1°) Le MAP est un substitut au plâtre très pertinent, sans doute moins noble mais bien plus facile à travailler lorsque l’on est comme moi profane, avec un temps de séchage beaucoup plus long, une préparation moins ingrate et, au final, une prestation aussi efficace.
2°) Les gens qui ont l’air “si gentils à la télé” peuvent s’avérer être des types très mal élevés quand les caméras ne sont plus en train de filmer le petit bout de leur lorgnette. S’en suivit un échange de correspondance stupéfiant, dans lequel Bohringer l’excité, qui alignait négligemment ses mots sur un papier à entête de l’hôtel des Armures de Genève, tel un duelliste jetant le gant, prouvait qu’on peut être un bon comédien tout en étant un être humain tout petit petit.
3°) Il était inutile que je m’acharne dans ma carrière de piéton de Paris. Quelque temps plus tard, un courrier fort désagréable du Dilettante (l’un des éditeurs les plus prétentieux et méprisants de la place parisienne à l’égard des apprentis écrivains) me conforta dans l’idée que Léon-Paul Fargue ne pouvait décidément avoir de descendance que bâtarde.
Dix ans plus tard, je retrouvai Bohringer au festival de Saint-Quentin-en-Yvelines. Nous dédicacions côte à côte. Il était en train d’agonir une pauvre libraire coupable de n’avoir pris que ses livres de poche, oubliant les grands formats qui rapportent quand même plus de pognon que la mitraille du pauvre, il la traitait comme un larbin. Je revois encore son air fielleux, sa colère froide de BHL entarté. J’avais honte pour lui (et de ne pas intervenir). Il quitta aussitôt sa table, vert de rage. J’avais longuement hésité à le rattraper pour lui dire : “Eh, Richard, pourquoi tu passes ta vie à insulter les gens ? T’es pas heureux de faire un métier qui te plaît, te rapporte beaucoup d’argent et te permet de sublimer ton magnifique ego néo-rimbaldien ?” Je m’étais abstenu parce qu’on se serait probablement battu et casser ses lunettes dans une bagarre c’est complètement con.
Depuis, j’évite les films de Bohringer ; ça tombe bien, il ne joue quasiment que dans des nanards affligeants.
Le mois prochain : Christian Bourgois (un homme charmant)