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samedi 22 novembre 2014

J'ai enfin remis "De Gaulle, Van Gogh, ma femme et moi" en mains propres à Antonin Artaud


Avec Michel Houellebecq
Voilà, c'est fait, grâce à Antoine de Kerversau, qui vient de fêter l'entrée de Houellebecq dans sa belle maison Les  Contrebandiers avec l'adaptation BD par Alain Dual de Plateforme, j'ai enfin pu remettre en mains propres à Michel Houellebecq mon roman De Gaulle, Van Gogh, ma femme et moi, dans lequel il fait deux apparitions très remarquées, en compagnie de son mentor Philippe Sollers.
Fichtre, allez-vous dire, Sollers-Houellebecq en guest-stars, quelle mouche l'a piqué! Il était impensable que l'esthète germanopratin, toujours sensible au destin cruel de Vincent, passe à côté de cette saga historique, qui contient quelques révélations sidérantes sur Vincent. Et c'est ainsi que Philippe Sollers devint Philippe Sollex! Mais Houellebecq? Certes, sa ressemblance avec Antonin Artaud, dont le Van Gogh, le suicidé de la société suinte dans le roman, frappe les esprits, mais à l'époque où j'ai écrit De Gaulle…, notre grand génie dépressif national avait encore son teint de jeune fille et ne pouvait donc être pris pour celui qu'il n'est pas. Il n'y avait par conséquent aucune raison objective de le faire figurer dans ce roman, aux côtés de mon héros gaulliste Bernard Lemaresquier.  Enfin, si ! Il y en avait une : enfouie dans mon subconscient depuis deux décennies, mes retrouvailles avec MH m'incitent à vous la narrer par le menu (comme on disait autrefois).
Une rencontre étrange et fulgurante
Avec Michel Chevron
Octobre 1993. Cocktail des 24 heures du livre du Mans, abbaye de l'Épau. Je bois une coupe de champagne avec mon ami Michel Chevron, dont je venais de publier le magnifique Fille de sang aux éditions Canaille. Ce qui lui avait valu d'être sélectionné au festival du 1er roman de Chambéry, et d'y faire la connaissance d'un certain Michel Houellebecq, sélectionné pour Extension du domaine de la lutteChevron m'avait prévenu. "Tu verras, c'est un type étrange. Je crois que c'est un grand dépressif qui se donne des airs de misanthrope. À moins que ce ne soit un misanthrope qui se donne des airs de dépressif. Je vais te le présenter…" À peine avait-il prononcé ces mots qu'apparaît Houellebecq, l'air absent, s'emmerdant visiblement comme un rat mort. Chevron, chaleureux, fait les présentations. "Houellebecq, je te présente mon éditeur chéri. Mon Maurice Nadaud à moi…" Faisant passer ma coupe de champ' de ma main droite à la gauche pour ne pas risquer un accident, je tends prestement la louche à Houellebecq, qui 1°) la regarde, 2°) me regarde (atterré, comme s'il venait de découvrir qu'elle était maculée de bouse de vache) 3°) regarde sa main et… 4°) tourne les talons sans plus de cérémonie! Je regarde Chevron, pétrifié, lequel me lance: "Je t'avais prévenu qu'il était spécial!" La suite de la soirée s'est perdue dans les brumes de ma mémoire (je crois me souvenir que nous bûmes copieusement, Michel et moi). Depuis, à chaque fois que l'on me demande ce que je pense de Houellebecq, je ne peux que m'empresser de répondre : "C'est le seul être humain qui ait refusé de me serrer la main, je ne peux donc donner mon avis sans être suspecté de subjectivité."
Les années passeront, emportant Houellebecq et tout le raffût médiatique qui l'accompagnent loin de mes préoccupations, avec, parfois, quelques rechutes.
C'est ainsi qu'en 2000, ayant malencontreusement publié un roman chez l'éditeur de Houellebecq, je pousserai la parano (j'exagère à peine, tant fut douloureuse et incompréhensible cette attitude d'éditeur) jusqu'à voir la main de Houellebecq dans le refus obstiné de Flammarion de défendre mon roman, C'est à cause des poules (y compris lorsqu'il obtiendra le prestigieux (!) Prix de la Mayenne 2000), roman qui sera pilonné sans que j'en sois averti, comme le veut la loi.
Voilà. Vous savez maintenant pourquoi Houellebecq est devenu un personnage de De Gaulle, Van Gogh, ma femme et moi. Ce fut plus que fort que moi ! Personne ne l'avait fait avant, me semble-t-il. (Guillaume Nicloux l'a fait depuis pour le cinéma.)
Pour vous permettre de juger sur pièces, je vous propose de lire l'un des passages où Bernard Lemaresquier, mon héros gaulliste à moi, rencontre Sollex et Welbeck (en compagnie de Holly Cathy la partouzeuse) à la Closerie des Lilas. Pour ce faire, rendez-vous ICI (appuyez très fort sur la touche, Vincent est un peu dur d'oreille).
J'en sais qui se posent la question : "Alors, cette paluche, il te l'a serrée, cette fois-ci?" La réponse est OUI. Et il a été très gentil quand je lui ai remis le bouquin dans lequel il apparaît… Ce qui veut dire que Michel Houellebecq est un être humain, et non pas Dieu, comme il le fut prétendu cette soirée-là. Finissant ce billet, pourtant, un doute m'assaille… Et si l'homme à qui tu as serré la main (et avec qui tu as bu quelques coups et bien ri) au cocktail des Contrebandiers n'était autre qu'ANTONIN ARTAUD ?!?  Artaud revenu d'entre les morts, pour en finir avec le jugement de Dieu ! Ça fait réfléchir, non?
Critiques de De Gaulle, Van Gogh, ma femme et moi sur le blog Flandres-Hollande et sur le site Polar noir. Les éditions Après la Lune ont mis la clef sous la porte, on peut néanmoins commander le livre sur de nombreux sites de libraires.

vendredi 14 novembre 2014

Alexandre Grothendieck est mort, Jules Bénuchot perd un ami

Grothendieck en 1988
Cela fera moins de bruit que l'extraordinaire épopée de la sonde Rosetta, mais si vous prêtez l'oreille, vous en entendrez parler. Le mathématicien Alexandre Grothendieck vient de mourir à l'âge de 86 ans. Ce génie se fit connaître pour ses travaux sur la géométrie algébrique et la découverte de la cohomologie étale. La quoi? La cohomologie étale. Mais si, vous savez, ce truc qui servit de fondement pour faire passer les conjectures de Weil au stade de théorème! Son travail permit aussi à Gerd Faltings de démontrer la conjecture de Mordell, connue depuis sous le nom de théorème de Faltgins.
Bon. Maintenant que vous avez un peu mieux cerné les travaux du personnage, passons à sa vie…
Grothendieck avec le physicien Fernand Wouters
Contrairement à d'autres mathématiciens de génie (je pense à l'excellent, excentrique et ultramédiatisé Cédric Villani), Grothendieck n'avait de cesse de se faire oublier. Depuis plus de vingt ans, il vivait en ermite dans un village en Ariège dont le nom resta secret jusqu'à sa mort… Pourquoi, direz-vous, parler d'un mathématicien sur un blog, certes lunatique et aléatoire, mais avant tout inspiré par les choses de la littérature? 
La première raison tient à sa vie hallucinante, profondément romanesque, dont on peut lire un très intelligent résumé sur le site de son ancien collègue et ami Pierre Cartier ICI. Apatride, antimilitariste (il accepta d'être naturalisé français quand il eut la certitude qu'on ne l'emmerderait pas avec le service militaire!), écologiste précurseur (José Bové va jusqu'à dire que les zadistes de Sivens sont les "enfants de Grothendieck"), anarchiste (il fut poursuivi pour avoir hébergé un moine japonais sans-papiers!), Grothendieck refusa la médaille Fields (vendue aux enchères pour aider les combattants du Viet-Minh contre l'oppresseur US!), exigea que ses milliers de pages de notes conservées à l'université de Montpellier ne soient pas rendues publiques. Il se retira du monde des sciences après Mai 68, ne supportant pas qu'on l'accuse d'être un mandarin. Une vie hors du commun, dont on peut avoir une idée sur ce récit autobiographique publié sous le titre Récoltes et semailles, disponible ICI, et dans le documentaire qui lui fut consacré, Sur les traces d'un génie. Destin incroyable, donc, un peu à l'image de celui du physicien Ettore Majorana, à qui Étienne Klein consacra un très beau livre (que j'ai chroniqué ICI), ou de Grégory Perelman, ce mathématicien russe qui résolut la conjecture de Poincaré, refusa également la médaille Fields et vit isolé avec sa mère à Saint-Petersbourg.
La seconde raison pour laquelle la vie (et donc la disparition) de Grothendieck m'intéresse tient au fait que je travaille depuis quelques années sur un roman, L'Esprit Bénuchot, à paraître en avril 2016 chez Lemieux Éditeur, dans lequel il est question, entre autres choses, de physique quantique. On y rencontre des personnages fictifs, tel Jules Bénuchot, héros un peu fou qui note tout ce qu'il voit sur des carnets depuis 60 ans et se laisse engloutir par cet excès foisonnant de vies, mais aussi des personnages réels, tels que Serge Haroche, Étienne Klein, (mes deux guest-stars de luxe), ainsi que quelques disparus célèbres (ou moins célèbres) tels que Fernand Wouters, Ettore Majorana et Alexander Grothendieck. Par un curieux hasard (mais le hasard existe-t-il?), ce dernier meurt au moment précis où je me posais la question ; "Où vais-je bien pouvoir envoyer la missive l'informant qu'il apparaît fugitivement dans mon roman?" (puisque son adresse est tenue secrète).
La question ne se pose plus. RIP, Alexandre Grothendieck. J'irai déposer mon roman sur votre tombe.

jeudi 6 novembre 2014

Rémi Fraisse, 21 ans, tué par la police et la raison d'État, interdit d'hommage national

Tag à Marseille, rue Crudère
Pas de minute de silence  pour Rémi Fraisse, tué par la police et la raison d'État lors de la manifestation contre le barrage de Sivens. Ainsi en a décidé Claude Bartalone, président de l'Assemblée nationale, à qui la députée écologiste Cécile Duflot en faisait la demande légitime, au motif que Rémi Fraisse n'était ni un otage, ni un soldat mort au champ d'honneur.
Lors de la minute de silence observée au Palais Bourbon par les écologistes, aucun député socialiste (et encore moins UMP) n'a manifesté sa sympathie pour Rémi Fraisse et sa famille. Ces gens se foutent des enfants de la République comme de leur première chemise. Seuls comptent leurs petits intérêts, leur carrière, leurs passe-droits, leur réélection.