samedi 24 janvier 2015

Tignous et les autres sont morts (mais pas leur esprit)

Wolinski, Cabu, Charb, Tignous, Honoré
Voilà plus d’un mois que Tignous et les autres ont été assassinés par deux fanatiques islamistes au QI de crustacé congelé (ce qui suffit amplement pour appuyer sur une gâchette en criant Allah akbar!), désireux de venger un certain "prophète". Et qu’un autre illuminé a assassiné la fliquette de Montrouge et les quatre juifs de la supérette Casher. Effroi. Obscurantisme. Connerie. Le fascisme religieux dans toute son horreur. Religieux. Au risque d’être soupçonné d’amalgamite et de chantre de l’apostasie, c’est bien au nom de préceptes religieux qu’ils ont été assassinés (que ces préceptes aient été dévoyés, c'est autre chose). Que ce soient les dessinateurs mécréants de Charlie ou les juifs de Vincennes. Saleté de religions. Mortifères. Aliéantes. Inventées par les hommes pour empêcher les hommes (et les femmes encore plus) de vivre. (Ah tiens, je n’ai lu nulle part, que la religion musulmane avait l’âge qu’avait la religion catholique au moment de l’Inquisition…) J’arrête, je vais m’énerver.
Fête de l’Humanité 1997
Parmi eux Cabu, Wolinski, deux héros de mon adolescence, Honoré, croisé  dans des salons du livre, Charb, qui m’avait croqué à la fête de l’Huma parce que j’égratignais Castro, Bernard Maris, avec qui j’ai bu trois coups jadis, au bord d’une piscine dans une magnifique villa du Vaucluse, sans savoir qu’il s’agissait de l’Oncle Bernard. (J’avais trouvé ce mec d’une douceur, d’une humilité incroyable : "Oh, moi, je suis dans l’économie…" J’ai appris après sa mort qu’il adorait les poules, ce qui est une raison supplémentaire – vous ne pouvez pas comprendre si vous n’aimez pas les gallinacés – de pleurer sa mort.)
Dessin de Luz pour le CODEDO (2008)

Charlie-Hebdo et moi, comme beaucoup de gens de ma génération, c’est une longue histoire. Pour ma part, j’ai cessé de lire ce journal quand Val vira Siné sous le prétexte fallacieux d’antisémitisme, pour faire plaisir à son petit maître Sarkozy, qui lui filera, en récompense, la direction de France Inter. (Réaction épidermique. Peux p’us Charlie, viva Siné Hebdo!)
Toujours est-il que le nombre incommensurable de conneries lues sur ce journal après la tragédie m’a fait presque autant mal (et râler) que la tristesse et la colère inspirées par ces assassinats. Les accusations délirantes d’islamophobie à l’encontre de Charlie. Les jérémiades sur l’enfance massacrée des frères Kouachi (je t’en foutrais, de l’enfance massacrée, moi : j’ai connu bien des mômes autrement bousillés que ces deux connards, ils ne sont pas devenus pour autant aussi salauds – là, je sens que je vais me faire des ennemis : tant pis). Jusqu’à Marie-Monique Robin (qu’on a connue plus inspirée) déclarant "les tueries du 7 janvier ne sont pas des faits de guerre mais d’atroces faits divers". Mais comment peut-on proférer une telle connerie ! Mais oui, ces connards, quand ils ont tiré sur les gens de Charlie, étaient bel et bien en guerre ! Passons sur les accusations indigentes que nous valut, de la part de donneurs de leçon patentés, notre participation à la marche du 11 janvier, en raison de la présence de quelques dictateurs à qui nous n’avions rien demandé et qui ne marchaient pas avec nous (mais uniquement pour être sur la photo). On aura tout eu. Sans oublier la prétendue "union nationale" décidée par des politicards avides de se mettre en avant (la récup’ est une seconde nature chez ces enfoirés). Bref. Il aura fallu qu’un autre taré remette ça à Copenhague (2 morts) pour que je me décide à terminer ce texte, avant d’aller saluer l’ami Tignous au Père Lachaise. Ce petit texte, laissé en jachères car trop d’émotion, car trop de sidération, car ç’aurait été tellement plus facile de le dire avec un bon dessin. Mais comme je ne sais pas dessiner, écrivons…

Charlie l’âge d’or
La première fois que j’ai lu Charlie, ça devait être en seconde, en 1972, lors des (grandioses) manifestations contre la loi Debré (ce crétin qui voulait supprimer les sursis pour les appelés du contingent). On se le passait, au dortoir, avec La Gueule Ouverte, Le Point (un canard gauchiste que tout le monde a oublié, même pas référencé sur Google, et qui fut, je crois, coulé par un procès de l’autre Point), Politique Hebdo. Ma rubrique préférée : le génial dialogue du café du commerce de Wolinski. (Quel grand art, quand on y pense !) De la bande de l’époque, beaucoup sont morts. Fournier, Reiser, Gébé, ça fait longtemps. Topor, Choron (je préfère ne pas dire ce que je pense de ce garçon, côtoyé six heures durant lors d’un épique salon du livre à Limoges), le grand Michel Boujut (lui aussi malproprement viré par Val, on ne le sait pas assez) il y a quatre ans. Et puis, bien sûr, le merveilleux Cavanna décédé en janvier 2014, rencontré lors de la fête du livre antifasciste du Lucernaire, peu après qu’il eût encensé mon Massacre des innocents (dédicacer aux côtés de Cavanna, le bonheur!), Cavanna recroisé le jour des obsèques de Topor (par hasard), défait, Cavanna à qui Denis Robert vient de consacrer un film, Cavanna, jusqu’à l’ultime seconde, j’écrirai.
Voilà. Il ne reste plus que Willem (rescapé car il détestait les conférences de rédaction), Luz (rescapé car son anniversaire tombait le 7 janvier), Riss, Fischetti (rescapé car il enterrait sa tante en provicine), Biard (rescapé car il était en vacances), CocoLançon et quelques autres. Les survivants.

Reportage de Tignous dans Charlie Hebdo, nov. 2007
Le gars Tignous
Trois décennies plus tard, devenu éditeur, outrageur de poulets et militant de la dépénalisation du délit d’outrage, j’ai eu maintes fois l’occasion de croiser la route des dessinateurs de Charlie Hebdo, dans les fêtes du livre, les prétoires, ou ailleurs. Et en particulier Tignous.
L'œil de Willem
12 septembre 2007. Procés en diffamation de l’Opus Dei contre les éditions Après la Lune.
Tignous faisait partie, avec Willem, rencontré lors du festival Polar de Besançon, qui répercuta nos ennuis (et notre souscription) dans Charlie, Pierre Assouline et d’autres, des journalistes qui suivaient ce procès opposant la puissante secte catho aux éditions Après la Lune, qu’elles étaient (ayant courageusement renoncé à s’attaquer au puissant éditeur du Da Vinci code) désireuses de couler. Miraculeusement sauvées par ce procès tombé du ciel, les éditions disparaîtront en 2013, des suites d’une longue maladie financière incurable, non sans avoir été traînées en justice, quelques années après, pour de sordides raisons financières, par l’auteure du roman incriminé par l’Opus Dei (tout arrive).
Je me souviens de mon immense fierté à être croqué par le grand Tignous au rire aussi ravageur que le trait. (Regardez le dessin ci-contre, tout est dit.) Tignous? Mais c’était un peu comme si Frédéric Pottecher avait été présent sur les bancs de la presse ! (Je lui ai dit cela, ce jour-là.)
Couverture de Tignous
J'avais fait la connaissance de Tignous l’année précédente (2006, donc), grâce à l’ami Maurice Rajsfus. Nous cherchions un dessinateur pour la couverture de son Portrait physique et mental du policier ordinaire. Maurice, qui avait pensé à Faujour, à Charb, à Cabu, opta finalement pour Tignous, qui nous offrit ce dessin, "en souvenir d’un vieux cadeau que lui avait fait Maurice quinze ans plus tôt" (sa collection complète de Charlie Hebdo). Accompagnant ce magnifique dessin, ce commentaire tignousien : "Le cerveau sarkolâtre, c'est pour toi, cadeau. Si tu veux un peu plus de mouches, fais signe!" (Allusion à mon obsession sarkophobe, que je réussis à guérir au prix fort : l’écriture, la publication, puis le fiasco d’une politique-fiction boudée à l’époque par tous les médias, y compris – au grand désespoir de l’ami Tignous, qui y croquait et partageait mon point de vue sur la santé mentale de Sarkozy – de Marianne.)
Hommage à Tignous, Montreuil, 12 janvier 2015
Depuis, chaque rencontre avec ce garçon, qui n’était pas vraiment un ami – la seule fois où j’ai bu un coup avec lui, c’était à la buvette du palais de justice –, mais dont j’ai vécu la mort comme celle d’un frère, était un véritable enchantement. Putain ! Tignous ! Quel rayon de soleil ! Comment j’étais content de voir ta tronche goguenarde et éclairée ! Comment tu vas nous manquer… Tignous, c’est tout ce qu’on peut aimer chez un être humain. L’humour, la drôlerie, l’intelligence, la générosité, cette façon tendre et teigneuse, selon que vous étiez sa cible ou son ami, de gratter l’âme humaine. La vie, quoi. Tout ce que n’aiment pas ceux qui par ta/votre mort est arrivée.



Tignous, j’ai lu que tes derniers mots, avant que les deux salopards au QI de crustacé congelé ne jettent leurs rafales de Kalachnikov sur vos corps (sans parvenir à tuer vos esprits), avaient été pour ces gamins de banlieue "dont on ne s’est peut-être pas assez occupés" (je cite de mémoire). Je ne sais pas ce que l’avenir va nous réserver (je crains le pire), mais je crois, hélas, que cela n’aurait strictement rien changé. Les frères Kouachi ne sont pas de pauvres hères qui ont dérapé, ni des déshérités qui sont devenus ce qu’ils sont devenus car on ne leur a pas laissé leur chance, ce sont juste des SALAUDS, des LÂCHES, victimes, non pas d’avoir été abandonnés par la société française (ce qui ne dédouane évidemment pas la responsabilité de la société post-coloniale française à l’égard des descendants des ex-colonisés, ce n’est pas ce que je veux dire…), mais d’avoir gobé tout cru, sans réfléchir, les conneries abyssales de prédicateurs religieux, de prévaricateurs fascistes. (Tout comme, de la même façon, les jeunes mecs de Lunel partis faire le djihad en Syrie ne sont pas tous issus de milieux défavorisés – il faudrait peut-être le rappeler.)
Tignous, avant de te dire au revoir, voici juste une petite photo, prise lors de la marche du 11 janvier. Les deux femmes voilées, à ma droite, sont deux religieuses protestantes de l’hôpital des Diaconesses, dans le 12e arrondissement. Quand je leur ai dis que je te connaissais, l’une d’elles s’est écriée : "Tignous, mais je l’adore!"
Je n’ai pas pensé à lui demander si elle lisait CharlieMarianne ou un autre des canards dans lesquels tu dessinais.

L’hommage à Tignous à la mairie de Montreuil est visible ICI.

Les merveilleuses poules de Nathalie Torselli

Pour atténuer les horreurs cauchemardesques de ce début d’année 2015, voici les merveilleuses poules de Nathalie Torselli, exposées Galerie de Arte, 15 rue du Château, à Nantes (gratter ici – doucement, la terre est meuble, si vous grattez trop fort, vous allez vous en mettre plein les pattes).

jeudi 1 janvier 2015

Un concept novateur, ludique, oulipien : la causerie à thème aléatoire

Éditeur au chômage ne trouvant pas de travail dans l'édition (qui n’aime pas les francs-tireurs non diplômés), écrivain sans contrat, je suis à la recherche de moyens de survie "paralittéraires". Dans cette optique, j'ai développé un nouveau concept : la causerie à thème aléatoire, que je propose aux organisateurs de fêtes du livre.

La causerie à thème aléatoire, pour quoi faire ?
Les causeuses, Camille Claudel
Vous faites une allergie aux tables rondes où on repasse toujours les mêmes plats ? Les cultes culturels avec modérateur omniscient vous agacent ? Vous n'en pouvez plus des animateurs au sourire de gendre idéal qui traitent leurs invités comme des faire-valoir ? Vous aimez l'érudition, mais la fantaisie vous manque ? Vous en avez assez des débats aux mêmes sempiternelles rengaines ? (La femme dans le polar. Le polar venu du froid. Polar engagé, polar enragé. Pourquoi les auteurs américains sont-ils supérieurs aux écrivaillons d'chez nous ? Pourquoi le roman noir a-t-il contaminé le roman blanc et pas l’inverse? Pourquoi c’est toujours Spinoza qui encule Hegel, et pas l’inverse? Pourquoi un ancien gardien de la paix est-il moins qualifié pour écrire un polar de qualité qu’un ancien commissaire ?)
Vous voulez du sang neuf ? De l'imprévu ? Des sujets nouveaux ? Nous avons ce qu'il vous faut : la causerie à thème aléatoire ! 

La causerie à thème aléatoire, comment ça marche ?
1. Les débats ne sont pas confiés à un spécialiste, mais à quelqu'un qui connaît les mécanismes de l'écriture (en tant qu'écrivain), et qu’amusent les défis : l'entrecauseur.
2. La causerie est ludique et aléatoireLe thème est tiré au sort parmi cinq sujets, devant un huissier assermenté titulaire du Certificat d’études, ce qui donne du piquant et un petit côté oulipien à l'affaire.
3. Elle est ouverte à tous les genres littéraires, sans restriction d'école ou de chapelle.

La causerie à thème aléatoire a-t-elle déjà été testée? N’est-ce pas plutôt le fantasme d’un écrivain qu'on dit de plus en plus perturbé par son obsession pour la physique quantique ?
Reboux, Oppel, Biberferd, Neuser, Del Pappas (au micro)
La première causerie eut lieu lors du week-end polar de Noves (Vaucluse) le 9 novembre 2014, devant un public de 60 personnes. Laurence Biberfeld, Marie Neuser, Jean-Hugues Oppel et Gilles Del Pappas essuyèrent les plâtres. Elle fut, de l'avis général, plutôt réussie, drôle et pour le moins inattendue, malgré quelques "réglages" à effectuer.

Cinq thèmes étaient au menu (quatre  sont développés ICI).
L'art et le génie du crime * Pour en finir avec la littérature policière * L'érotisme culinaire est-il consubstantiel au roman noir méditerranéen ? * Polar et physique quantique  * Les attributs du polar

J'organise un festival littéraire. Comment vous contacter ?
Un devis et une suggestion de thèmes potentiels (en fonction de vos invités) vous seront envoyés sur simple demande par courriel à jeanjacques.reboux@sfr.fr. Vous pouvez aussi me contacter sur Facebook.

La causerie à thème aléatoire : on sait comment ça commence, on ne sait jamais comment ça finit !

samedi 22 novembre 2014

J'ai enfin remis "De Gaulle, Van Gogh, ma femme et moi" en mains propres à Antonin Artaud


Avec Michel Houellebecq
...Voilà, c'est fait, grâce à Antoine de Kerversau, qui vient de fêter l'entrée de Houellebecq dans sa belle maison Les  Contrebandiers avec l'adaptation BD par Alain Dual de Plateforme, j'ai enfin pu remettre en mains propres à Michel Houellebecq mon roman De Gaulle, Van Gogh, ma femme et moi, dans lequel il fait deux apparitions très remarquées, en compagnie de son mentor Philippe Sollers.
...Fichtre, allez-vous dire, Sollers-Houellebecq en guest-stars, quelle mouche l'a piqué !
...Il était impensable que l'esthète germanopratin, toujours sensible au destin cruel de Vincent, passât à côté de cette saga historique, qui contient quelques révélations sidérantes sur Vincent. Et c'est ainsi que Philippe Sollers devint Philippe Sollex ! Mais Houellebecq ?

...Certes, sa ressemblance avec Antonin Artaud, dont le Van Gogh, le suicidé de la société suinte dans le roman, frappe les esprits, mais à l'époque où j'ai écrit De Gaulle…, notre grand génie dépressif national avait encore son teint de jeune fille et ne pouvait donc être pris pour celui qu'il n'est pas. Il n'y avait par conséquent aucune raison objective de le faire figurer dans ce roman, aux côtés de mon héros gaulliste Bernard Lemaresquier.
Enfin, si ! Il y en avait une : enfouie dans mon subconscient depuis deux décennies, mes retrouvailles avec MH m'incitent à vous la narrer par le menu (comme on disait autrefois).

Une rencontre étrange et fulgurante

Avec Michel Chevron
...Octobre 1993. Cocktail des 24 heures du livre du Mans, abbaye de l'Épau. Je bois une coupe de champagne avec mon ami Michel Chevron, dont je venais de publier le magnifique Fille de sang aux éditions Canaille. Ce qui lui avait valu d'être sélectionné au festival du 1er roman de Chambéry, et d'y faire la connaissance d'un certain Michel Houellebecq, sélectionné pour Extension du domaine de la lutte.
...Chevron m'avait prévenu. "Tu verras, c'est un type étrange. Je crois que c'est un grand dépressif qui se donne des airs de misanthrope. À moins que ce ne soit le contraire. Je vais te le présenter…"
...À peine avait-il prononcé ces mots qu'apparaît Houellebecq, l'air absent, s'emmerdant visiblement comme un rat mort. Chevron fait les présentations. "Houellebecq, je te présente mon éditeur chéri. Mon Maurice Nadaud à moi…"
...Faisant passer ma coupe de champ' de ma main droite à la gauche pour ne pas risquer un accident, je tends prestement la louche à Houellebecq, qui 1°) la regarde, 2°) me regarde (atterré, comme s'il venait de découvrir qu'elle était maculée de bouse de vache) 3°) regarde sa main et… 4°) tourne les talons sans plus de cérémonie!
...Je regarde Chevron, pétrifié, lequel me lance: "Je t'avais prévenu qu'il était spécial!" La suite de la soirée s'est perdue dans les brumes de ma mémoire (je crois me souvenir que nous bûmes copieusement, Michel et moi).
...Depuis, à chaque fois que l'on me demande ce que je pense de Houellebecq, je ne peux que m'empresser de répondre : "C'est le seul être humain qui ait refusé de me serrer la main, je ne peux donc donner mon avis sans être suspecté de subjectivité."

...Les années passeront, emportant Houellebecq et tout le raffût médiatique qui l'accompagnent loin de mes préoccupations avec, parfois, quelques rechutes.
...C'est ainsi qu'en 2000, ayant publié un roman chez l'éditeur de Houellebecq, je pousserai la parano (j'exagère à peine, tant fut douloureuse et incompréhensible cette attitude d'éditeur) jusqu'à voir la main de Houellebecq dans le refus obstiné de Flammarion de défendre mon roman C'est à cause des poules (y compris lorsqu'il obtiendra le Prix de la Mayenne 2000), roman qui sera pilonné sans que j'en sois averti, ce qui est absolument interdit par la loi.


...Voilà. Vous savez maintenant pourquoi Houellebecq est devenu un personnage de De Gaulle, Van Gogh, ma femme et moi.  Personne ne l'avait fait avant, me semble-t-il. (Guillaume Nicloux l'a fait depuis pour le cinéma.)
Pour vous permettre de juger sur pièces, je vous propose de lire un passage où Bernard Lemaresquier, mon héros gaulliste à moi, rencontre Sollex et Welbeck (en compagnie de Holly Cathy la partouzeuse) à la Closerie des Lilas. Pour ce faire, rendez-vous ICI (appuyez très fort sur la touche, Vincent est un peu dur d'oreille).

...J'en sais qui se posent la question : "Alors, cette paluche, il te l'a serrée, cette fois-ci?" La réponse est OUI.
...Et il a été très gentil quand je lui ai remis le bouquin dans lequel il apparaît… Ce qui veut dire que Michel Houellebecq est un être humain, et non pas Dieu, comme il le fut prétendu cette soirée-là par mon amie Sylvie Cohen.

...Finissant ce billet, pourtant, un doute m'assaille… Et si l'homme à qui tu as serré la main (et avec qui tu as bu quelques coups et bien rigolé) au cocktail des Contrebandiers n'était autre qu'ANTONIN ARTAUD ?!?
Artaud revenu d'entre les morts, pour en finir avec le jugement de Dieu ! Ça fait réfléchir, non?

Critiques de De Gaulle, Van Gogh, ma femme et moi sur le blog Flandres-Hollande et sur le site Polar noir. On peut commander le livre à la librairie après la lune.

vendredi 14 novembre 2014

Alexandre Grothendieck est mort, Jules Bénuchot perd un ami

Grothendieck en 1988
Cela fera moins de bruit que l'extraordinaire épopée de la sonde Rosetta, mais si vous prêtez l'oreille, vous en entendrez parler. Le mathématicien Alexandre Grothendieck vient de mourir à l'âge de 86 ans. Ce génie se fit connaître pour ses travaux sur la géométrie algébrique et la découverte de la cohomologie étale. La quoi? La cohomologie étale. Mais si, vous savez, ce truc qui servit de fondement pour faire passer les conjectures de Weil au stade de théorème! Son travail permit aussi à Gerd Faltings de démontrer la conjecture de Mordell, connue depuis sous le nom de théorème de Faltgins.
Bon. Maintenant que vous avez un peu mieux cerné les travaux du personnage, passons à sa vie…
Grothendieck avec le physicien Fernand Wouters
Contrairement à d'autres mathématiciens de génie (je pense à l'excellent, excentrique et ultramédiatisé Cédric Villani), Grothendieck n'avait de cesse de se faire oublier. Depuis plus de vingt ans, il vivait en ermite dans un village en Ariège dont le nom resta secret jusqu'à sa mort… Pourquoi, direz-vous, parler d'un mathématicien sur un blog, certes lunatique et aléatoire, mais avant tout inspiré par les choses de la littérature? 
La première raison tient à sa vie hallucinante, profondément romanesque, dont on peut lire un très intelligent résumé sur le site de son ancien collègue et ami Pierre Cartier ICI. Apatride, antimilitariste (il accepta d'être naturalisé français quand il eut la certitude qu'on ne l'emmerderait pas avec le service militaire!), écologiste précurseur (José Bové va jusqu'à dire que les zadistes de Sivens sont les "enfants de Grothendieck"), anarchiste (il fut poursuivi pour avoir hébergé un moine japonais sans-papiers!), Grothendieck refusa la médaille Fields (vendue aux enchères pour aider les combattants du Viet-Minh contre l'oppresseur US!), exigea que ses milliers de pages de notes conservées à l'université de Montpellier ne soient pas rendues publiques. Il se retira du monde des sciences après Mai 68, ne supportant pas qu'on l'accuse d'être un mandarin. Une vie hors du commun, dont on peut avoir une idée sur ce récit autobiographique publié sous le titre Récoltes et semailles, disponible ICI, et dans le documentaire qui lui fut consacré, Sur les traces d'un génie. Destin incroyable, donc, un peu à l'image de celui du physicien Ettore Majorana, à qui Étienne Klein consacra un très beau livre (que j'ai chroniqué ICI), ou de Grégory Perelman, ce mathématicien russe qui résolut la conjecture de Poincaré, refusa également la médaille Fields et vit isolé avec sa mère à Saint-Petersbourg.
La seconde raison pour laquelle la vie (et donc la disparition) de Grothendieck m'intéresse tient au fait que je travaille depuis quelques années sur un roman, L'Esprit Bénuchot, à paraître en avril 2016 chez Lemieux Éditeur, dans lequel il est question, entre autres choses, de physique quantique. On y rencontre des personnages fictifs, tel Jules Bénuchot, héros un peu fou qui note tout ce qu'il voit sur des carnets depuis 60 ans et se laisse engloutir par cet excès foisonnant de vies, mais aussi des personnages réels, tels que Serge Haroche, Étienne Klein, (mes deux guest-stars de luxe), ainsi que quelques disparus célèbres (ou moins célèbres) tels que Fernand Wouters, Ettore Majorana et Alexander Grothendieck. Par un curieux hasard (mais le hasard existe-t-il?), ce dernier meurt au moment précis où je me posais la question ; "Où vais-je bien pouvoir envoyer la missive l'informant qu'il apparaît fugitivement dans mon roman?" (puisque son adresse est tenue secrète).
La question ne se pose plus. RIP, Alexandre Grothendieck. J'irai déposer mon roman sur votre tombe.

jeudi 6 novembre 2014

Rémi Fraisse, 21 ans, tué par la police et la raison d'État, interdit d'hommage national

Tag à Marseille, rue Crudère
Pas de minute de silence  pour Rémi Fraisse, tué par la police et la raison d'État lors de la manifestation contre le barrage de Sivens. Ainsi en a décidé Claude Bartalone, président de l'Assemblée nationale, à qui la députée écologiste Cécile Duflot en faisait la demande légitime, au motif que Rémi Fraisse n'était ni un otage, ni un soldat mort au champ d'honneur.
Lors de la minute de silence observée au Palais Bourbon par les écologistes, aucun député socialiste (et encore moins UMP) n'a manifesté sa sympathie pour Rémi Fraisse et sa famille. Ces gens se foutent des enfants de la République comme de leur première chemise. Seuls comptent leurs petits intérêts, leur carrière, leurs passe-droits, leur réélection.


jeudi 23 octobre 2014

J'ai suivi le procès Henri Guaino pour "L'Humanité"

J'ai suivi pour L'Humanité le procès de Henri Guainoqui s'est tenu le 22 octobre 2014. Le député UMP était poursuivi par le juge Jean-Michel Gentil pour outrage et discrédit porté sur une décision de justice. Pour mon baptême journalistique, j'ai obtenu un scoop : Henri Guaino m'a confié, lors d'une interruption d'audience : "Il faut supprimer le délit d'outrage !"(C'est ce que disent, en général, toutes les personnes poursuivies pour ce délit inique et absurde, mais tout de même…) L'ex-conseiller spécial de Sarkozy a quitté le Palais de justice avec ma Lettre au Garde des Sceaux pour une dépénalisation du délit d'outrage (co-écrit avec Romain Dunandsous le bras, on verra bien!
Ma chronique judiciaire sur le site de L'HUMANITÉ

mardi 16 septembre 2014

Le moment et la manière, un film de Anne Kunvari sur la fin de vie de Anne Matalon. En salles le 22 octobre.


Il y a deux ans, Anne Matalon, dont j’eus le bonheur de publier deux romans aux éditions Baleine, nous quittait, après avoir lutté pendant quatorze ans contre le cancer. La documentariste Anne Kunvari l’a filmée durant les trois derniers mois de sa vie. Malgré le refus des chaînes de télévision publiques de coproduire le film, Le moment et la manière, produit par Viviane Aquili et Iskra productions, sort en salles le 22 octobre 2014. Anne souhaitait choisir le moment et la manière de mourir : cela ne lui fut pas possible. Le film sera préalablement présenté aux parlementaires lors d’une projection au Sénat, en présence de Didier Sicard, auteur du rapport sur les modalités d’assistance aux personnes en fin de vie, et Jean Leonetti, dont la loi du 22 avril 2005 relatifs aux droits des malades et à la fin de vie porte le nom. Plus de détails sur le site du film.
Vous pouvez participer à son financement en souscrivant sur le site touscoprod.com

Critique du film sur le site OURS ROUGE et sur le site du cinéma UTOPIA de St-Ouen-l'Aumône (débat le 23 octobre en présence de Anne Kunvari).

vendredi 5 septembre 2014

La "causerie à thème aléatoire" : un nouveau concept littéraire, ludique et révolutionnaire

Invité par Nyota Mollin à animer un débat au festival Tribus Polar de Fouras les 6/7 septembre, j’ai sélectionné quatre thèmes qui n’ont, à ma connaissance, jamais été évoqués dans les festivals, en tout cas dans ceux que je fréquente depuis 1992. Plutôt que de choisir arbitrairement l’un des quatre sujets, j’ai décidé, pour pimenter l'affaire, de procéder au choix du sujet par tirage au sort, en créant un nouveau concept : la causerie à thème aléatoire. Ni les invités (Sylvie Cohen, Michel Chevron, Nicolas Jaillet), ni le "causeur" ne sauront de quoi ils parleront avant le début de la causerie. Voici les 4 thèmes choisis.
1. L’ART ET LE GÉNIE DU CRIME.
Cet intitulé pourra paraître déplacé en ces temps de barbarie (Syrie, Djihadistan, Gaza, Nigéria), mais il s’agit de second degré et nous sommes bien dans la fiction. Ce thème m’a été inspiré par mon maître, le génial Pierre Siniac, décédé en 2002, qui écuma avec brio la thématique, notamment dans une de ses plus brillantes nouvelles, Situation : critique (dans Folies d’infâmes), dans laquelle des assassins imaginatifs convient des critiques patentés à assister à leurs crimes, avant d’être notés comme au patinage artistique. Pas question donc, de faire l’apologie des docteurs Petiot, Landru, Garreta et autres Cahuzac, mais tout simplement de poser certaines questions élémentaires, curieusement ignorées des festivals. « Le criminel, artiste ou artisan ? La fascination pour les tueurs en série est-elle le fruit d’une frustration artistique morbide ? Génie criminel, gêne criminel, comment s’y retrouver ? Les auteurs de polar tuent-ils dans la fiction pour éviter le passage à l’acte dans la vraie vie ? "Je tue, donc je crée" : un cogito au-delà des tabous ? »
Pierre Siniac
2. POUR EN FINIR AVEC LA LITTÉRATURE POLICIÈRE.
Il ne s’agit pas de brûler le roman policier mais de s’interroger sur la juxtaposition malheureuse de deux mots aussi antinomiques que le substantif littérature et l’adjectif policière. Dans la réalité comme dans la fiction, pour faire un bon fait divers, et donc une bonne intrigue, il faut 1°) une victime ; 2°) un coupable ; 3°) un enquêteur. Parce que l’appellation « roman policier » colle bien à l’idée de procédure policière, le vocable policier l’a emporté sur les autres, par commodité. Ce qui paraît vraiment aberrant, d’un point de vue éthique, et j’ose le dire, esthétique, c’est de laisser entendre que la littérature puisse être policière, alors qu’elle représente par essence la liberté. Aucune littérature, à part peut-être un procès-verbal d’interrogatoire ou une lettre de délation, ne peut être considérée comme policière. Ce n’est tout simplement pas possible car cela voudrait dire que les auteurs de polar se trouvent forcément du côté de l’ordre, c’est-à-dire du pouvoir, car dans nos sociétés, la police ne sert pas seulement, hélas, à confondre les assassins et à défendre la veuve et l’orphelin, comme on nous le fait croire aimablement à longueur de séries télévisées. Elle sert aussi, accessoirement, à crever les yeux de manifestants pacifiques, comme on l’a vu récemment à Nantes lors de la dernière manifestation contre l’aéroport de Notre-Dame-des-Landes…
À ceux qui penseraient que ce thème est une vieille rengaine anarchiste, je rappelle que chez nos voisins, le polar s’appelle giallo (jaune) en Italie, negra (noir) en Espagne, detective novel en Angleterre, krimi (crime) en Allemagne, kriminalov (littérature criminelle) dans les pays de l’Est, roman de gendarmerie chez nos amis belges, qui, eux, n’ont pas oublié que les gendarmes sont de tout aussi bons enquêteurs que les policiers.
3. POLAR ET PHYSIQUE QUANTIQUE.
Qu’a donc à voir la physique quantique avec le polar ? direz-vous. Deux réponses possibles : TOUT. RIEN. (Ne faisons pas les choses à moitié.) Et deux réponses valables. Car s’il est vrai que la physique quantique, qui s’intéresse à l’infiniment petit, n’a rien à voir avec l'univers macroscopique romanesque, il est tout aussi vrai que c’est grâce à un principe quantique, appelé « brisure de symétrie », que l’Univers a pu se développer au moment du Big Bang, grâce à l’interaction du fameux boson de Higgs, et s’il n’y avait pas eu cette fichue brisure de symétrie qui a permis à la matière de prendre l’ascendant sur l’antimatière, l’Univers n’aura pas connu la fantastique expansion qui fut la sienne, et cette causerie autour du polar, comme tout le reste, n’aurait pas lieu. Plus sérieusement… Il y a une seconde raison à répondre OUI. Certains principes quantiques sont utilisés dans les polars, et dans toute littérature qui procède d’une dynamique du récit, à commencer par les fameux états superposés, qui veulent qu’une particule peut très bien se trouver à deux endroits en même temps, ou cet autre principe qui veut qu’une particule peut très bien, pour aller d’un point à un autre, utiliser tous les chemins possibles, ou encore le fameux principe d’incertitude (Heisenberg), qui énonce qu’il est impossible de connaître à la fois la position et la vitesse d’une particule. Beaucoup de ces principes sont utilisés par les auteurs dans la construction de leur intrigue. Dans les polars, l’ubiquité est reine, le soupçon est partout, la statistique et la paranoïa prospèrent, et il y a toujours un particulier qui se la joue particule essayant d’échapper à la vigilance des gardiens de l’ordre moral et aux lois de l’entropie. Et qu’est-ce qu’un roman, sinon une grande équation, avec des inconnues, des intégrales, et, parfois même, des conjectures ! Donc, pour conclure, le polar et la physique quantique, c’est exactement la même chose : un sacré foutoir !!!
4. LES ATTRIBUTS DU POLAR.
Ce thème, très équivoque, se décline en trois parties. Un. « Pour vous, quels sont les attributs du polar ? » (Le polar, c’est quoi ? Quel est sa fonction morale (s’il en a une) ? Qu’est-ce qu’il le différencie de « l’autre littérature » ?)
Deux. « Quel tribut (au sens de contribution) avez-vous personnellement apporté au polar ? Est-ce que, pour vous, écrire un polar était une évidence, une nécessité, ou êtes-vous arrivé un peu par hasard dans le « mauvais genre » ? »
Trois. « De quelle tribu polar vous sentez-vous proche ? Quelles sont vos influences ? Vos connivences ? »