samedi 1 juin 2019

Les invités du Printemps bénuchot. Les “fantaisies limousines" de Christian Dufour

Retraité de l’Éducation nationale, titulaire d’un diplôme de pataphysique obtenu sous l’autorité de Fernand Wouters (dont on sait que Raymond Queneau le tint en grande estime), ami du spécialiste mondial de la brouette Francis Mizio, Christian Dufour vit tout près de Limoges. C’est à sa vigilance grammaticale que l’on doit la remarquable absence de coquilles dans l’additif L’Esprit bénuchot, la résurrection.
Pendant un an, chaque matin, il s’est imposé de publier sur Facebook un écrit (savoureux) sur le Limousin en lien avec la date du jour : traditions, événements historiques ou faits divers, personnages célèbres ou écrivains – qui pour être parfois imaginaires ne le sont pas moins... Bref, de ces chroniques, comme disait Martial au Livre premier de ses Épigrammes : Sunt bon, sunt quaedam mediocria, sunt mala plura, / Quae legs : hic aliter non fit, Auite,liber (Parmi ces épigrammes que tu lis, Avitus, il y en a de bonnes, quelques-unes de passables et beaucoup de mauvaises : les livres ne se font pas autrement).
Christian ne pourra hélas pas être présent au Printemps bénuchot, suite à un accident de brouette (sans gravité, même si celle-ci chut), mais nous lirons quelques-unes de ses “Fantaisies limousines”, dont celle du 17 janvier ne déplairait pas à Jules Bénuchot s’il lui venait l‘idée de sortir des pages du roman pour prendre vie.

Le 17 janvier, 28e jour du mois de nivôse, était dans le calendrier républicain le jour du zinc.
Le zinc est, selon la pertinente formule d’Antoine Blondin, « le seul métal conducteur d'amitié ». De préférence quand il recouvre un comptoir. De bistro. Au point que, par une synecdoque vieille d’un siècle et demi et que l’on doit à Zola dans Le Ventre de Paris, « le zinc », c’est un comptoir.
Mais les plus beaux zincs étaient en étain. Leur patine qui leur donnait une merveilleuse teinte vieil argent était particulièrement attractive au soiffard que j’étais. Je crois n’avoir pas été le seul à y user mes condyles huméraux. Était-il de zinc, d’étain, ou de vil formica, ce zinc glissant comme verglas sur lequel, selon le récit qu’il m’en fit, partit en vrille le coude du défunt Marquis, accident de comptoir qui lui valut la perte irrémédiable de quelques incisives maxillaires ? Je l’ignore.
Agricole Perdiguier célébré en sa ville natale de Morières
Nous étions alors quelques-uns à prendre régulièrement la route d’Eymoutiers pour nous rendre dans une maison louée en commun où nous nous livrions aux douces délices de la méditation transcendantale et de la longue, immense et raisonnée absorption de spiritueux médicaux. Une si longue expédition imposait quelques arrêts : on ne plaisante pas avec les risques de la déshydratation. Le premier était, passé Feytiat, à La Croix-Rouge, l’Auberge de la Charmille. Le patron n’était pas n’importe qui. Pierre Louis, dit Limousin le Cœur Fidèle, était Compagnon du Devoir de Liberté, émule d’Agricol Perdiguier dont il avait donné le prénom à son fils. Il était meilleur ouvrier de France en menuiserie. Il était aussi étainier. Et quel ! Son comptoir ? une merveille. Et qui avait une histoire : il avait fait, comme son propriétaire, la Résistance. Un texte gravé dans l’étain le rappelait ; pour échapper à la réquisition des métaux, le comptoir avait pris le maquis pour n’en sortir qu’à la Libération. Autant dire que boire un coup sur pareil monument historique donnait aux consommations un goût tout particulier, et qu’il importait de les savourer avec un tel respect qu’il convenait de renouveler l’opération afin de bien s’imprégner de la solennité du lieu. 
Pierre Louis s’est éteint à l’âge de 80 ans, en 1986. Son comptoir, lui, se trouve aujourd’hui à la Cité des Métiers et des Arts de Limoges, rue de la Règle, en bordure du jardin de l'Évêché.

jeudi 30 mai 2019

Nicolas Jaillet en première partie de Liz Cherhal au “Printemps bénuchot“

C’est en en duo que Liz Cherhal vient présenter au Printemps bénuchot (9 juin), le long du canal Saint-Martin, à Paris, les 11 titres de son troisième album L’Alliance. Toujours accompagnée de son fidèle musicien et arrangeur, Morvan Prat (violoncelle, guitare électrique, machines), elle se tourne vers des ambiances résolument pop-rock et s’ancre de plus belle dans son époque et sa société. Des textes forts, du punch, un franc-parler et de l’émotion à tous les étages. 
Plus qu’un concert, une rencontre !
Avec, en première partie, Nicolas Jaillet !

Mais comment ces deux-là se retrouvent-ils à chanter dans le festival le plus improbable qui soit : le Printemps bénuchot ? Flash-back.
Crédit photos : François Guillement
C’était il y a une dizaine d’années… De retour du festival polar de Mauves-sur-Loire, je fis halte chez Liz Cherhal, dans la campagne nantaise, avec l’ami Nicolas Jaillet. Liz m’offrit son premier mini-CD comprenant deux chansons, Il est arrivé quelque chose et Tu vas bien nous chanter une chanson, qui rôdèrent longtemps dans mes oreilles, la gravité de l’une s’opposant à la légèreté grinçante de l’autre.
Le temps passa. En 2011, Liz Cherhal enregistra son premier album, Il est arrivé quelque chose. C’était le temps de la gravité, de la grâce et de l’accordéon.
Avec le deuxième, Les Survivantes (2015), elle abandonne l’accordéon et prend une autre dimension : celle de la chanteuse attachante, drôle, sensible, pétillante, qui “brosse le portrait de femmes battantes, survivantes à des catastrophes naturelles, humaines, inhumaines” (Télérama). Avec cet album, Liz Cherhal accède au “statut” de bourlingueuse des mots gourmande avec qui la chanson française va devoir compter.
Dans L’Alliance (2018), Liz Cherhal change de cap. Elle parle d’elle, de sa vie, de son fils Tigran, des grands bonheurs et des petits malheurs qui deviennent ceux de tout le monde par la magie de la chanson. Et cette chronique intime dépasse l’intime pour atteindre une dimension universelle, intemporelle : la vie de Liz n’est plus seulement la sienne, c’est aussi un peu la vôtre (surtout si vous êtes une femme…).
Mais surtout, grande première dans l’histoire de la chanson française (de la chanson tout court ?), elle s’adresse à celles et ceux qui ne peuvent pas entendre ses mots : les sourds. Sur scène, en plus de ses musiciens, elle est accompagnée par Cyrille Gérard, comédien venu du cirque, qui retranscrit ses émotions via la langue des signes. Une sorte de double, en quelque sorte. Et pour le coup, on entre vraiment dans une autre… dimension.
Pendant ce temps-là, Nicolas Jaillet, qui bourlingua longtemps comme metteur en scène et comédien avec son itinérante Compagnie des filles de joies, écrivit des romans, dont  deux parurent aux éditions Après la Lune (le voluptueux western métaphysique Sansalina, le drôle et cosmico-sensoriel Nous, les maîtres du monde), avant de prouver avec La Maison, magnifique roman de l’évasion conjugale ici chroniqué, qu’il était un écrivain, un vrai, ne se bornant pas, comme beaucoup, d’écrire à chaque fois (ou presque), sinon la même histoire, du moins la même rengaine, mais débroussaillant à chaque opus des chemins nouveaux, changeant de genre littéraire comme on change de chemise, ce dont il s’explique ici. Ce qui est le propre de la (bonne) littérature, non ?


Ce que j’ignorais, c’est que notre homme, même s’il avait commis quelques très belles chansons pour Alexis HK et grattait fort agréablement la guitare, projetait, dans le plus grand secret, de se lancer à l’assaut de la citadelle music-hall, se produisant successivement au Petit cabaret du bonheur, à Montmartre, puis dans deux librairies parisiennes.
Nicolas Jaillet au Petit cabaret du bonheur (2018)
Ce que j’ignorais plus encore, c’est qu’un jour, par une suite de hasards aussi incongrus qu’abracadabrants, je deviendrais “entrepreneur de spectacles en eau douce” et serais amené à organiser ce drôle de Printemps bénuchot où ils vont se retrouver, Liz et Nicolas, pour le plus grand plaisir de spectateurs, que nous espérons nombreux !
Nicolas Jaillet interprétera quelques chansons de son futur album L’Amour universel, que vous pouvez écouter en cliquant ici.









Concert Nicolas Jaillet : dimanche 9 juin, 16h
Concert Liz Cherhal : dimanche 9 juin, 17h

Spectacles gratuits. Les CD de Liz Cherhal et les livres de Nicolas Jaillet seront en vente sur place.

Printemps bénuchot, pointe Poulmarch, quai de Valmy, canal Saint-Martin, Paris 10e

Léa Raymond et sa “Boîte à clichés”, photographe du Printemps bénuchot

Léa Raymond est “photographe itinérante”. Se déplaçant dans les lieux publics (places, plages, rues) ou privés (cafés, restaurants, mariages), tel un Bénuchot obsédé par les rencontres de hasard, elle aborde les passants, leur proposant de devenir leur modèle d’un moment ! Clic, c’est dans la boîte ! À qui le tour ? Magie de l’ère numérique : la photographie vous plaît ? Vous la recevez par courriel, et votre portrait sera mis en ligne sur le site La Boîte à clichés (en construction). En attendant, on peut les retrouver sur sa page Facebook.
Léa Raymond sera présente au Printemps bénuchot les 8-9 juin. Les modèles pourront repartir avec leur portrait sous le bras, imprimé sur place, moyennant une contrepartie libre.
Contact : la.boite.a.cliches@hotmail.com

mercredi 29 mai 2019

Les invité/e/s du Printemps bénuchot. Kits Hilaire, écrivaine européenne (de Berlin à Barcelone)

Kits Hilaire sera présente au Printemps bénuchot les 8-9 juin 2019 et participera dimanche 9 juin à un débat avec François Muratet et Laurence Biberfeld, sur le thème Quand l’Histoire fait des histoires, animé par Nicolas Jaillet.
Les trois derniers romans de Kits Hilaire, Ivan, allégresse et liberté, Berlin, dernière (réédition de son roman-culte paru chez Flammarion en 1990) et Mon grand-père et moi à Barcelone ont paru aux éditions Après la Lune.

mardi 28 mai 2019

Les invité/e/s du Printemps bénuchot. Caroline Gérard, une légende dorée du XXIe siècle

Caroline Gérard vit à Avignon. Elle publie chaque matin sur Facebook un texte sur le saint ou la sainte du jour. Elle s’explique dans cette « note d’intention ». Elle déclamera quelques-uns de ses textes lors du Printemps bénuchot, le 8 juin 2019, jour de la saint Médard, dont seuls les aliborons ignorent qu’il était évêque de Noyon.

De nos jours, on souhaite plutôt les anniversaires que les fêtes mais les saints s’accrochent toujours à leur place dans le calendrier. À part quelques figures célèbres, on ignore pour la plupart ce qui leur a valu d’être gratifié d’une auréole.

Voici quelques années, je me suis mise à fouiller dans les textes hagiographiques, et en premier lieu bien sûr, dans La Légende dorée de Jacques de Voragine. Quand leur vie était assez pittoresque, je la réécrivais dans un français plus moderne, ajoutant des onomatopées pour bruiter certaines actions, commentant très discrètement certains faits. J’avais soumis ces premiers textes à mon ami Pierre Autin-Grenier qui avait écrit un journal poétique, Les Radis bleus (Le Dé bleu, rééd. Folio, puis Les Carnets des Desserts de Lune), où les dates immanquablement étaient accompagnées du saint du jour. Pour lui, bien qu’athée, cette mythologie était importante. Il m’avait encouragée dans mes premiers essais pour l’ironie et la fantaisie qui s’y cachaient. Puis Pierre Autin-Grenier nous a quittés, et mes saints ont sommeillé pendant quelques années, jusqu’au jour où j’ai décidé de les sortir de leur torpeur et de leur donner un public plus large. C’est ainsi que je les ai publiés sur Facebook, au fil du calendrier, souhaitant à chaque fois une bonne fête au porteurs des prénoms du jour. J’ai progressivement abandonné La Légende dorée comme unique source pour aller chercher d’autres saints dans les traditions locales (Bretagne, Grande-Bretagne, Provence, etc.). La « famille » s’est progressivement agrandie pour compter à ce jour 123 membres.

Aux premiers temps du christianisme, les saints et saintes jouèrent un rôle crucial dans l’élaboration de la toute nouvelle religion. Ces femmes et hommes convertis prêts à sacrifier leurs vies dans d’horribles souffrances pour gagner une auréole, et donc une place au paradis, ne pouvaient que représenter des exemples à suivre. Dans les récits qui étaient rapportés, les tortures infligées tenaient une place importante. On retrouve là un ingrédient vieux comme le monde : la violence est un moyen de capter l’attention. Puis, pour faire prospérer cette religion, il fallait qu’elle soit en quelque sorte « décentralisée ». Alors, des légendes populaires se métamorphosèrent en histoires saintes dans toute l’Europe : le merveilleux qu’on appela « miracle » fut l’autre ingrédient indispensable à l’implantation de la foi chrétienne dans les coins les plus reculés du continent. L’autre utilisation des saintes et saints fut aussi celle de faire entrer de l’argent dans l’organisation. En effet, comme l’avaient fait précédemment les Grecs, on créa des lieux de pèlerinage grâce au système des reliques. Quelques bouts d’os suffisaient à assurer la prospérité d’un lieu. Quand on n’en avait pas, on n’hésitait pas à les voler, comme ce fut le cas pour les restes de sainte Foy, qui assurent encore aujourd’hui la richesse touristique de Conques. Pudiquement, à propos de ces larcins, on utilisait l’euphémisme « translation furtive ».

Ces récits hagiographiques remaniés par mon regard d’athée du XXIe siècle forment à présent un recueil. Son but premier est de mettre en lumière des récits souvent oubliés, mais aussi de distraire avec ces aventures où se mêlent souvent les ingrédients qui font aujourd’hui le succès des séries TV : le fantastique, le gore, les bons sentiments, l’amour... Les saintes et saints qui y sont traités relèvent d’un choix purement arbitraire, qui n’est pas lié à leur renommée ou leurs origines, mais à l’aspect pittoresque de divers éléments de leur vie.

samedi 11 mai 2019

8 juin 2019, le jour où l’on libéra le chat de Schrödinger !

1935. Pour démontrer l’absurdité de la physique quantique (entre autres), Erwin Schrödinger, prix Nobel de physique 1933, invente l’expérience de pensée du “chat de Schrödinger”. Le principe est simple : dans une boîte : un chat, un atome radioactif, un marteau, une fiole de poison, un détecteur de radioactivité. Fermez la boîte. Attendez. (On ne secoue pas !) Dès que la radioactivité sera détectée, le marteau cassera la fiole de poison, qui sera lapée par le chat, qui mourra. Mais tant que vous n’aurez pas ouvert la boîte, le chat sera à la fois mort et vivant. Paradoxe que les savants nomment “états superposés”… Et ça peut durer longtemps. Très longtemps !
84 ans plus tard, personne n’a osé ouvrir la boîte – le syndrome de Pandore est tenace ! Et le pauvre chat est devenu l’objet de toutes les supputations, et de tous les fantasmes ! Mort ? Vivant ? Ni l’un ni l’autre ? Les deux à la fois ? Dans un état qu’aucun être humain n’a jamais pu imaginer ?
Le 8 juin 2019 à 15h15, alors que les Gilets jaunes entameront l’Acte 30 de leur glorieux combat contre les Tuniques bleues énucléeuses du général décérébré Castaner et que le Printemps bénuchot battra son plein devant le mur de street-art de la pointe Poulmarch, nous mettrons fin à cette ignominieuse séquestration, qui n’a que trop duré, et ouvrirons la boîte.
Et le monde macroscopique saura ENFIN dans quel état se trouve le chat de Schrödinger !

samedi 9 février 2019

Amnistie pour Cesare Battisti. Pétition adressée à l’ambassade d’Italie

Pour signer cette pétition initiée par l’écrivain Gérard Streiff, adressée à l’ambassade d’Italie et au ministère français de la Justice, cliquer ici.

L’écrivain Cesare Battisti vient d’être livré à l’Italie après plus de trente années de cavale à travers le monde. Incarcéré dans une prison de Sardaigne, il risque d’y terminer sa vie en application d’une condamnation à perpétuité prononcée en son absence. 
Les faits qui lui sont reprochés s’inscrivent dans une période noire de l’histoire italienne désignée par l’expression « années de plomb ». Aujourd’hui le gouvernement italien exige que de nombreux autres réfugiés italiens, dont certains vivent en France, lui soient livrés. Quarante ans après les faits douloureux qui ont endeuillé l’Italie, cette vengeance sans fin pose question. 
Dix ans seulement après les affrontements meurtriers de la Commune de Paris qui firent des dizaines de milliers de victimes, Victor Hugo déclarait : « L’oubli seul pardonne. Il faut fermer toute la plaie. Il fait éteindre toute la haine ». L’amnistie pour les Communards de 1871 interviendra en 1880. Une nation s’élève en substituant la Justice à la vengeance. 
Amnistie pour Battisti et pour tous les faits en relation avec les années de plomb.

mardi 8 janvier 2019

Jacques Lovichi (1937-2018), dernières fractures du silence

C’est une chose étrange que la disparition de gens qu’on n’a jamais rencontrés mais qui ont pris une importance particulière dans votre vie. Une boule se creuse au fond de la gorge, ce n’est pas le deuil d’un proche, pas non plus celui d’un chanteur qui vous a accompagné depuis votre enfance, mais l’émotion vous étreint de la même façon. J’apprends avec beaucoup de tristesse le décès du poète “corso-provençal” (ainsi qu’il se qualifiait) Jacques Lovichi, auteur notamment de L’Égorgement des eaux, Fractures du silence (prix Antonin Artaud) et Préhistoires, dans lequel il écrit ces mots qui auraient fait le miel d’un Léo Ferré :
                       Comme vous êtes en retard  /  ce soir  /  dans les corridors glacés de la mémoire
                       se faufilent les intersignes  /  s’entrecroisent les destinées
                      S’il n’est plus temps laissez leur croire
                      que rien ne presse  /  on est si près  /  si près et puis…  / rien
....
Dans Cessation progressive d’activité, publié dans la revue Autre Sud [à lire dans la revue Phoenix, dont il fut l’un des créateurs], il avouait avoir pris son “congé de créativité poétique”. “Il y a toujours un livre de trop. Ne l’écrivons jamais. Du moins, ne le publions pas. Qui sait s’arrêter reste grand.”
Jacques Lovichi, qui participa à l’aventure de la revue marseillaise Sud et fut l’ami de Guillevic, auteur d’une biographie du poète Germain Nouveau, et dont je découvris les poèmes dans les années 80, lorsque j’éditais la revue La Foire à bras, était aussi critique au quotidien La Marseillaise, et c’est à ce titre que nous fîmes connaissance, grâce à sa consœur et amie commune Sylvie Cohen.
  Nos rencontres : de brèves et chaleureuses épistoleries, consécutives à ses critiques dithyrambiques de mes écrits, dont l’obstination foutraque l’enchantait. À chaque fois, ou presque, que je publiais un roman, ce diable d’homme sortait la tête de la “licorne captive” où il résidait, pour en faire l’éloge, et plus c’était foutraque, plus il aimait. (Il fut bien l’un des seuls…)
Je me faisais une joie de l’informer de la résurrection de L’Esprit Bénuchot, dont il dit grand bien dans La Marseillaise du 26 juin 2016, concluant par cette petite phrase renvoyant à l’interrogation  citée plus haut : “Seule question existentielle, et qui inquiète ses lecteurs : après s’être tenu si près des limites – les franchissant parfois –, comment Reboux pourrait-il aller plus loin ; que parviendra-t-il encore à écrire ? Seul le silence, alors ?”
À quoi je serais tenté de répondre, puisque la nouvelle ne parviendra pas à son destinataire : ”À quoi bon aller plus loin, puisque mon lecteur fétiche n’est plus là pour me lire ?”

mercredi 2 janvier 2019

2019, année des foules haineuses avides de sang neuf

Sacrifions à l’usage de la classique carte de vœux (hélas, souvent pieux niveau pépettes, la vie restant, pour la plupart d’entre nous qui gagnons des clopinettes et tirons par la queue ce pauvre diable qui ne nous a pourtant rien fait, un bon gros sac à emmerdes à côté duquel le tonneau des Danaïdes ressemble à une flaque de lait lappée par un chat famélique) pour émettre pour l’an 2019 le vœu de toute évidence et de première nécessité que voici :
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Que les femmes éviscéreuses de poulets illettrées de Bretagne, les Gaulois réfractaires, les cyniques gascons, les sans-chemises, sans-culotte, sans-pantacul, sans-cervelle et sans-logis, les fainéants qui traversent la rue pour aller au bistrot et s’arriment au zinc avec le poil de la main qui leur sert de canne pour ne pas être tentés de faire un crochet par Pôle Emploi, les flatulents obèses qui veulent tout faire péter (mot prononcé par Macron au réveillon, je le tiens de mon cousin Jean-Pierre Reboux, cuistot à la chiourme des légionnaires au Tchad ; au dernier moment, l’expression « flatulents obèses qui veulent tout faire péter », qui allait valoir au président mal loti de s’aliéner les armées de piliers de fast-food buveurs de coca-cola, non encore entrés en jacquerie, n’a pas été retenue pour son allocution [comme le chante Thiéfaine, quand la banlieue descend sur la ville, ça peut faire très mal…], les gens errant dans les gares qui ne sont rien et confondent (on ne le dit pas assez) le buffet et la huche, la droite et la gauche, bâbord et tribord, la glotte et l’épiglotte, l’épithète et l’épigastre, le cuit et le cru, Rollmops et Rolex, les alcooliques consanguins du Ch’nord, les qui têtent les moules à sec au bouchot, les qui se lavent les cheveux au houblon pour ne pas engraisser la famille Dop, les qui ont appris (et oublié) l’or-tôt-graphe dans les nouilles-alphabet, les qui ont une ardoise longue comme le Pas-de-Calais chez Mamie Coop, les qui se grattent le fondement avant de dire un bon mot, les qui réveillonnent dans les poubelles de Courtepaille, les gilets jaunes, casseurs de radars, liquidateurs de péage, brûleurs de pneus, résilieurs de préfectures, caillasseurs de gendarmes, pétanqueurs de CRS, les qui font griller la merguez au rond-point de la ZA des Acacias ayant occasionné 10.000 euros de pots-de-vin, les qui ne dépassent pas le 80 à l’heure pour assécher les caisses de l’État, les qui ne l’auront pas volé si la clique à Le Pen arrive au pouvoir, les Guyanais anti-orpailleurs infoutus de traverser l’Atlantique pour se poser sur la carte de not’beau pays, les qui n’ont jamais vu une cravate de leur vie, portent des chandails troués et gardent le même tee-shirt une semaine de rang sur les ronds-points, les brûleurs d'effigie du petit foutriquet amiénite, les cyniques, les sceptiques, les irradiés, les plaintifs, les irresponsables, les pov'cons (il serait fâcheux d’oublier que la voie du mépris macrogneux pour le bas-peuple fut tracée par Nicolas de Nagy-Boçsa-d’Entre-les-Boues, à qui j’ai consacré un an de ma vie à décrire les turpitudes de “petit garçon pas fini”), les sans-dents qui boivent le Flamby à la paille, et toutes celles et ceux qui s'en prennent plein la gueule pour pas un rond dans les manifs, se faisant tirer comme des lapins, crever les yeux, arracher les mains, casser les os et les pieds, insulter, menacer, mettre en joue, j’en passe et des pires…, pour émettre le vœu, dis-je, que toute cette petite canaille de foules haineuses, goules glaireuses et boules nerveuses, dégagent le paltoquet au cerveau rothschildien de son petit palais…
Après, ça ira (forcément) déjà un peu mieux !
Et pour le reste, l’intime, le familial, l’amical, le particulier, aimez-vous, réchauffez-vous, portez-vous bien, cueillez la vie du mieux que vous le pouvez !

jeudi 27 décembre 2018

Affaire Églantine Laval : la cour de cassation rejette mon pourvoi au motif que j’aurais… oublié de le signer !

  La Cour de cassation, nul ne l’ignore, a pour mission de contrôler l’application du droit par les tribunaux et les cours d’appel. Elle ne juge pas le fond mais la forme. Sa réputation tatillonne n’est plus à faire. Les jugements impérieux de ses magistrats, qui compensent la grandeur de leur tâche en se vêtant de tenues chatoyantes à rendre jaloux un archevêque en visite biennale au Saint-Siège, inspirent crainte et respect.
  Le misérable justiciable que je suis vient d’en avoir la preuve éclatante et formelle.
Fonctionnaires de la cour de cass' en tenue d’apparat.
  Condamné en première instance (et en mon absence, ayant, c’est malin, loupé mon procès suite à une confusion d’agenda digne d’un élève de 6e amoureux de sa prof d’histoire-géo) à une amende de 800 € pour des violences prétendument infligées à une certaine Églantine Laval, jeune femme ayant réussi à convaincre une juge montreuillote de ma machiste et potentielle malfaisance, je fis donc appel, étant bien entendu innocent des faits qui m’étaient reprochés. (Je n’ai pas l’habitude de frapper les femmes à coups de poing, encore moins sur le perron d’un tribunal dûment surveillé par un vigile. Mon seul tort fut de lui dire : "Et vous arrivez à dormir la nuit, avec vos saloperies ?") Cette histoire abracadabrante est narrée ici.
  Alors que je m’étais moi-même défendu (fort mal, je ne suis pas avocat, mais le désir de m’acquitter de cette tâche, une fois au moins dans ma vie, l’emporta sur la peur de ne pas être à la hauteur), la cour d’appel confirma ma culpabilité mais atténua, on se demande bien pourquoi, la peine (800 € avec sursis). Ne pouvant accepter ce verdict hypocrite et révoltant, je me pourvus donc en cassation en déposant au greffe de ladite cour un "mémoire ampliatif".
  Las ! Tout comme je négligeai de me présenter à mon procès, j’oubliai de signer mon mémoire, ce qui échappa à la sagacité de la greffière lors de son minutieux examen de mon dossier (8 minutes environ). C’est du moins ce que prétendra l’avis du 18 décembre 2018 m’informant du rejet de mon pourvoi en cassation, non sans m’avoir rebaptisé "Jean Reboux".
  Sans aucun recours possible.
  Ce qui m’ôte toute possibilité de poursuivre pour dénonciation calomnieuse Églantine Laval (qui poussa le culot jusqu’à déposer contre moi une plainte en diffamation, dans laquelle elle m’accusa de "porter atteinte à [sa] dignité d’artiste").
  Ah oui, sinon : je n'ai jamais reçu la moindre réponse à ma demande d’aide juridictionnelle (qui m’aurait permis de disposer des services d’un avocat spécialiste de la cassation, et éviter ce genre de bévue absurde). 

dimanche 28 octobre 2018

Kits Hilaire évoque "Berlin, dernière" et "Ivan, allégresse et liberté" sur Radio Libertaire

Invitée de l’émission "La Philanthropie de l’ouvrier charpentier", sur Radio Libertaire, Kits Hilaire évoque Berlin, dernière" et Ivan, allégresse et liberté (éditions Après la Lune), mais aussi ses précédents romans, Rosa colère, Vise directement la tête et La Pitié.
Podcast de l’émission ici (à partir de 4'55")
Portrait de Kits Hilaire sur ce même blog.
Berlin, dernière et Ivan, allégresse et liberté sont disponibles à la librairie Publico, 145, rue Amelot, Paris 11e, et à la librairie Après la Lune.

dimanche 9 septembre 2018

"Berlin dernière" : le roman-culte de Kits Hilaire enfin réédité

“Kits Hilaire est une écrivaine européenne à vocation transversale. Ce n’est pas une auteure confortable. Son tempérament la conduirait plutôt à gratter les plaies en voie de cicatrisation, pour qu’on ne les oublie pas.”
  Ainsi Pierre Maury commentait-il dans le journal belge Le Soir son deuxième roman La Pitié (Flammarion, 1992), qui raconte la plongée aux enfers d’une jeune femme aux prises avec un homme pervers, qu’elle prend pour Dieu. Le diagnostic visait juste.
Depuis, Kits Hilaire a peu publié (quatre romans), constituant une œuvre romanesque fulgurante, âpre et sauvage, résolument hors des sentiers battus, étrangement absente des collections de poche françaises, où paraissent tant de livres médiocres. Après la littérature à l’estomac, la littérature à l’uppercut : une formule que ne démentiront ni Rosa colère (Calmann-Lévy, 1995), ni Vise directement la tête (J.-J. Pauvert, 2000).
Mais revenons trois ans en arrière… Nous sommes en 1989. Le mur de Berlin vient de tomber. Les médias du monde entier s’emparent de cet événement majeur, l’un des plus commentés de l’histoire de l’Humanité. Parmi les fictions parues sur le sujet, ce qu’on appellera le Wenderoman, le premier, et sans doute le plus (d)étonnant, sera publié chez Flammarion par la prêtresse de l’édition française Françoise Verny. Son titre ? Berlin dernière.
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L’auteure, Kits Hilaire, vit à Berlin depuis plusieurs années. Elle chante dans un groupe punk, elle a les cheveux rouges et virevolte sa vie au cœur du quartier alternatif de Kreuzberg. Contrairement aux autres ouvrages publiés sur le sujet (fiction et documents confondus), Berlin dernière est le seul à prendre le contrepied de la doxa : effondrement du communisme, chute des dictatures du bloc de l’Est, fin de la guerre Froide, réunification des deux Allemagne ; le tout anticipant la folie capitaliste et son désastre écologique consubstantiel, dont on mesure avec effroi les ravages aujourd’hui. Les protagonistes du roman vivent mal la chute, qui leur fait craindre la disparition du quartier alternatif où ils sont installés. C’est ce que raconte le roman de Kits Hilaire. C’est ce qui fait sa force. Et qui fera son succès.
  Propulsé en tête des ventes grâce à un passage dans l’émission de Bernard Rapp Caractères (40.000 exemplaires), le roman connaît une carrière fulgurante. Kits Hilaire, qui a la bougeotte, quitte Berlin pour Paris, où Berlin est adapté au théâtre. Puis Séville et l’Andalousie, où elle réalise le long-métrage Saca la plata. Elle participera à l’écriture du scénario du film de Tony Gatlif Gadjo dilo. Plus tard, elle s’installera à Barcelone, où elle vit toujours, après un crochet par Cuba, les Canaries et la Chine.
  En 2001, nos chemins se croisent dans une résidence d’écrivain au Diable Vauvert, en Carmargue. Nous ne nous sommes plus quittés depuis… De ses dix dernières années passées à Barcelone, la capitale de cette Catalogne à qui les mauvais esprits postfranquistes voudraient dénier ses aspirations républicaines, elle a tiré Ivan, allégresse et liberté, un roman magnifique au titre étrange, quasi-incantatoire, où se retrouveront aussi bien les vieux militants anarchistes rescapés de la République mise à mort par Franco que les jeunes Catalans libertaires assoiffés de liberté, hors la Monarchie corrompue espagnole.
Kits Hilaire interviewée par Luis Fernandez Zaurin
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  Presque 30 ans après Berlin dernière, une génération est née, qui n’a pas connu le mur. Mais d’autres murs se sont levés un peu partout dans le monde. L’avenir est sinistre : la planète fond, la Méditerranée est devenue un cimetière, Israël érige un nouvel apartheid et assassine Gaza, la Syrie est vitrifiée par un psychopathe armé par Poutine, les Chinois rachètent l’Afrique, les démocraties européennes cèdent, doucement mais sûrement, aux sirènes du racisme et du nationalisme. Bref, tout est en place pour que naissent de nouvelles catastrophes.
 Et Berlin dernière est devenu un roman-culte, régulièrement cité dans les articles d’anthropologie urbaine sur le quartier de Kreuzberg. Et introuvable, qu’on réclame souvent à son auteure. Avec quelques écrivaines bourlingueuses au cosmopolitisme assumé, Kits Hilaire a créé le collectif Kierol24, une “association de malfaiteuses littéraires”. On y retrouvera Kits Hilaire, bien sûr. Mais aussi Nat Corales, Cécile Thi Dang, Olaya Sants, Élise Fugler et Adèle O’Longh, auteure du récit Les Montagnes dans les nuages, (Hoëbeke, coll. Étonnants voyageurs).
  Les éditions Après la Lune, qui ont cassé leur pipe en 2013, renaissent de leurs cendres pour éditer ces titres. On peut les commander sur le site de la librairie Après la Lune. La version numérique est disponible sur le site Kierol24.
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Berlin dernière, 170 pages, 15 € / Ivan, allégresse et liberté, 262 pages, 18 €
éditions Après la Lune