samedi 11 mai 2019

8 juin 2019, le jour où l’on libéra le chat de Schrödinger !

1935. Pour démontrer l’absurdité de la physique quantique (entre autres), Erwin Schrödinger, prix Nobel de physique 1933, invente l’expérience de pensée du “chat de Schrödinger”. Le principe est simple : dans une boîte : un chat, un atome radioactif, un marteau, une fiole de poison, un détecteur de radioactivité. Fermez la boîte. Attendez. (On ne secoue pas !) Dès que la radioactivité sera détectée, le marteau cassera la fiole de poison, qui sera lapée par le chat, qui mourra. Mais tant que vous n’aurez pas ouvert la boîte, le chat sera à la fois mort et vivant. Paradoxe que les savants nomment “états superposés”… Et ça peut durer longtemps. Très longtemps !
84 ans plus tard, personne n’a osé ouvrir la boîte – le syndrome de Pandore est tenace ! Et le pauvre chat est devenu l’objet de toutes les supputations, et de tous les fantasmes ! Mort ? Vivant ? Ni l’un ni l’autre ? Les deux à la fois ? Dans un état qu’aucun être humain n’a jamais pu imaginer ?
Le 8 juin 2019 à 15h15, alors que les Gilets jaunes entameront l’Acte 30 de leur glorieux combat contre les Tuniques bleues énucléeuses du général décérébré Castaner et que le Printemps bénuchot battra son plein devant le mur de street-art de la pointe Poulmarch, nous mettrons fin à cette ignominieuse séquestration, qui n’a que trop duré, et ouvrirons la boîte.
Et le monde macroscopique saura ENFIN dans quel état se trouve le chat de Schrödinger !
Nous demandons aux personnes désireuses d’assister à la libération du chat de Schrödinger d’apporter avec elles un maximum de vieux journaux. Nous en aurons besoin pour les besoins de cette manifestation, qui sera, bien évidemment, retransmise en live sur Facebook.
Les personnes désireuses d’apporter leur écot à cette manifestation historique – transporter la boîte de Schrödinger de l’endroit où elle séjournait jusqu’au canal Saint-Martin n’a pas été une mince affaire, eu égard à son piètre état de conservation – peuvent le faire sur le site Kiss Kiss Bank Bank.

vendredi 5 avril 2019

Participez à l’éclosion du Printemps bénuchot ! (8-9 juin 2019)

Le Printemps bénuchot a besoin de 3.000 €.
Souscription en ligne  sur Kiss Kiss Bank Bank.
Neuf options possibles.
Pour 7 €, Bénuchot revient d’entre les mortsPour 22 €, il remet les pieds sur terre. / Pour 35 €, il a la bougeotte. / Pour 50 €, il a soif d’aventure. / Pour 65 €, il prend le large. / Pour 100 €, il abolit les frontières. / Pour 150 €, il voit double. / Pour 250 €, il est en orbite quantique. / Pour 500 €, il quitte la galaxie !

jeudi 28 mars 2019

M. SOULARD président [de la cour de cassation] me réclame 380 € “au nom du peuple français”

Le dialogue qui suit est un résumé romancé de la rocambolesque et authentique affaire [je défie mes confrères auteurs de polar d’inventer un scénario aussi tordu] qui m’opposa, trois ans durant, à Églantine Laval, artiste (ratée), mythomane (talentueuse et culottée) et escroc (à la petite semaine), dont l’épilogue vient d’avoir lieu, avec la complicité de magistrates dont je me bornerai à dire ici qu’elles ne sont pas l’honneur – si tant est qu’il existât, a fortiori en ces temps où la répression de la révolte des Gilets jaunes fait de la magistrature le paillasson de la macronie à tendance fascitoïde – de la “justice” française.
Si vous ne connaissez pas cette lamentable affaire (où un simple “Et vous arrivez à dormir la nuit ?” glissé à l’oreille d’une frappadingue hors-catégorie se transforma en “coups de poing sur la figure”, suivis d’un procès), ou si vous souhaitez vous rafraîchir la mémoire avant de lire la scène théâtrale avec laquelle j’ai choisi de la narrer, voici les 3 actes de cette bouffonnade, qui en dit long sur la partialité, le manque de discernement, l’acharnement aberrant de certains magistrats, en l’occurence ici des magistrates, dont il est permis de penser qu’un certain désir revanchard (inconscient ? cyniquement assumé ?) contre “l’homme représentant du patriarcat” n’est pas toujours étranger à leur comportement frontal envers certains accusés de sexe masculin, qui se trouve être le mien.

ET VOUS ARRIVEZ À DORMIR LA NUIT ?
ACTE 1 ACTE 2 / ACTE 3 / ÉPILOGUE

C’est parti.
– Mon chéri, tu as du courrier !
M. SOULARD président
– Tiens donc, du courrier… Par la Poste !  C’est devenu rare ! Tu veux pas me l’ouvrir, s’il te plaît, j’aimerais bien terminer mes œufs à la coque tranquillement.
  Ma compagne, de ses doigts de fée fraîchement manucurés, lacère l’enveloppe en rugissant (elle est du signe du lion).
– C’est signé M. SOULARD président. 
– C’est pas sympa, ma biche. Il y a vraiment des gens qui portent ce nom…
– Mais je déconne pas. Dis donc, tu dois être quelqu’un d’important !
– Pourquoi tu dis ça, chérie ?
– C’est écrit RÉPUBLIQUE FRANÇAISE / AU NOM DU PEUPLE FRANÇAIS.
– Encore une blague de mes potes Gilets jaunes, je lirai ça après ma douche !
–  Ouh-la, mais tu as vraiment dû faire une grosse bêtise, toi ! COUR DE CASSATION, CHAMBRE CRIMINELLE. Tu me caches quelque chose !
– Ma biquette, qu’est-ce que tu vas imaginer ?
– Ouh-la, mais c’est grave, ça ! “M. Reboux, déclaré coupable de VIOLENCES AYANT ENTRAÎNÉ UNE INCAPACITÉ DE TRAVAIL N’EXCÉDANT PAS 8 JOURS”
– C’est des conneries, tout ça…
Amende contraventionnelle de 800 € avec sursis. Mais  c’est quoi, ce truc !
– Je peux tout te raconter, mon amour !
– Essuie ta bouche, tu ressembles à un poussin.
– J’ai été accusé par une dingue, une certaine Églantine LAVAL, de lui avoir donné des coups de poing… Devant l’entrée du tribunal, à deux mètres du vigile, tu imagines le truc !
– Quel tribunal ?
– Ce serait trop long à expliquer… Elle a tout inventé !
– Écoute-moi, chéri, c’est grave, ces accusations…
– Mais je te jure que je n’ai RIEN fait !
– Pourquoi as-tu été condamné si tu n’as rien fait ?
– C’est cette juge de Montreuil, Vanessa LEPEU ! Pour elle, un homme est potentiellement capable de frapper une femme. Capable, coupable, elle a franchi le pas ! Les flics qui nous ont confrontés ont déclaré que mon accusatrice était une mythomane, mais le parquet n’a pas classé l’affaire…
– Mais tu ne t’es pas défendu ? Tu n’avais pas d’avocat ?
– Ben si. Une avocate. Comme je suis au RSA, j’ai eu l’assistance judiciaire. Mais j’ai fait un truc très con, j’ai loupé mon procès.
– Tu as… loupé ton procès ? Tu te fous de moi ?
– Hélas non. Je me suis trompé de date, figure-toi. C’était le 13 juin, j’ai noté le 16 sur mon agenda.  J’étais fatigué, pas fait attention. Comme j’étais absent à mon procès, la salope, elle…
– La quoi ?
– La méchante ! La vilaine…
– J’aime mieux ça !
Site d’Églantine Laval. Il n’échappera à personne (sauf aux magistrats) que j’ai été le fruit de l’un de ses scénarios.
– Bref, j’ai été condamné à 800 € d’amende. Évidemment, j’ai fait appel. Et là, j’ai fait la connerie de ma vie…
– Tu as frappé la juge !!!
– Mais non, chérie ! Je me suis défendu tout seul. À force d’assister à des procès, je me suis dit La justice, c’est jamais que du théâtre. Sur ton CV,  ça aura de la gueule, allons-y, Alonzo ! Au début, ça s’est plutôt bien passé. J’étais sûr de mon droit. Bon, quand la proc a appris que j’avais été condamné pour outrage, elle a failli cracher son dentier, mais c’est surtout quand j’ai mimé, avec force décibels, la grande scène de la pseudo-agression que ça s’est envenimé. Quand j’ai crié dans le prétoire : “S’il vous plaît, madame, ce monsieur m’agresse ! J’ai besoin d’un témoin, aidez-moi !”, j’ai cru qu’elle allait lâcher les lions, la sal…
– La quoi ?
– La méchante, pardon ! Le pompon, c’est quand elle m’a proposé de couper la poire en deux avec une condamnation à 400 € d’amende… Je lui ai lancé dans les gencives, façon Dupont-Moretti : “Madame l’avocate générale, je suis innocent. Même si j’étais condamné à un centime d’euro avec sursis, je me pourvoirai en cassation !” Alors là, elle a pas du tout apprécié ! Je crois même que la présidente a lancé “la cour appréciera”.
– Abrège, tes œufs vont être froids !
– Résultat des courses : j’ai été déclaré coupable. Dans sa grande mansuétude, la juge XXX m’a accordé un amende de 800 € avec sursis. Quand je suis venu chercher la délibéré, comme elle me parlait mal, je lui ai fait remarquer que la personne à qui elle s’adressait n’était pas un chien, mais un être humain ! T’auras vu le regard qu’elle m’a lancé, cette saloperie !
– Cette quoi ?
Églantine Laval, sainte Nitouche
– Pardon. Cette vilaine…
– Et tu t’es pourvu en cassation !
– Exact.
– Et ton pourvoi a été refusé !
– Exact. Et tu sais pourquoi ? J’aurais oublié de parapher ma déclaration !
– Comment ça, tu “aurais” ? Tu l'as signée ou tu l’as pas signée ?
– En tout cas, si j’ai oublié de la signer, la greffière a étudié mon dossier pendant dix minutes, elle aurait dû s’en apercevoir, et me le dire…
– Et tu ne peux pas aller plus haut ?
– Comment ça, plus haut ? La cour de cassation est la plus haute juridiction de France. Plus haut, c’est Dieu, et il fait pas ce genre d’intervention !
– Qu’est-ce que tu vas faire ?
– Comment ça, qu’est-ce que tu vas faire ? Je ne vais pas payer, qu’elles aillent se faire foutre, ces magistrates de mes fesses !
– Tttt-tttt-tttt ! Tu vas encore avoir des ennuis, toi !
– Pardon. Ces vilaines magistrates.
– Pourquoi “magistrates” ? Il n’a pas de couilles, ton Soulard, président ?
– Tu ne devrais pas parler ainsi, chérie ! Il faut respecter les autorités judiciaires de notre pays.
– Oh, l’autre ! Voilà qu’il me la fait à l’envers… Mais dis-moi, je pense à un truc…
– Oui, chérie ?
– La dingue, là, comme tu dis… Tu as porté plainte contre elle pour dénonciation calomnieuse ?
– Eh non ! Je n’en ai pas le droit… La chose jugée faisant autorité, je suis considéré comme coupable. Même si j’ai été condamné à du sursis…
– Du sursis ? C’est pas ce qui est écrit sur son courrier, à M. SOULARD président ! Tu es condamné à verser la somme de 380 € au fisc !
– QUOI !!!
Trèves de plaisanterie. Le courrier en question émane bien de la chambre criminelle de la cour de cassation, dont le président, un certain Soulard, m’informe que, mon pourvoi ayant été rejeté (pour le motif ubuesque ci-dessus évoqué), ma condamnation à une amende de 800 € avec sursis s’accompagne du paiement d’un droit fixe de procédure de 380 €.
Qu’il n’est évidemment pas dans mes moyens, et encore moins mon intention, n’ayant ni des pieds ni des mains, et pas plus du coude, frappé la femme Laval – comme aurait dit Frédéric Pottecher –, de régler.

samedi 9 février 2019

Amnistie pour Cesare Battisti. Pétition adressée à l’ambassade d’Italie

Pour signer cette pétition initiée par l’écrivain Gérard Streiff, adressée à l’ambassade d’Italie et au ministère français de la Justice, cliquer ici.

L’écrivain Cesare Battisti vient d’être livré à l’Italie après plus de trente années de cavale à travers le monde. Incarcéré dans une prison de Sardaigne, il risque d’y terminer sa vie en application d’une condamnation à perpétuité prononcée en son absence. 
Les faits qui lui sont reprochés s’inscrivent dans une période noire de l’histoire italienne désignée par l’expression « années de plomb ». Aujourd’hui le gouvernement italien exige que de nombreux autres réfugiés italiens, dont certains vivent en France, lui soient livrés. Quarante ans après les faits douloureux qui ont endeuillé l’Italie, cette vengeance sans fin pose question. 
Dix ans seulement après les affrontements meurtriers de la Commune de Paris qui firent des dizaines de milliers de victimes, Victor Hugo déclarait : « L’oubli seul pardonne. Il faut fermer toute la plaie. Il fait éteindre toute la haine ». L’amnistie pour les Communards de 1871 interviendra en 1880. Une nation s’élève en substituant la Justice à la vengeance. 
Amnistie pour Battisti et pour tous les faits en relation avec les années de plomb.

mardi 8 janvier 2019

Jacques Lovichi (1937-2018), dernières fractures du silence

C’est une chose étrange que la disparition de gens qu’on n’a jamais rencontrés mais qui ont pris une importance particulière dans votre vie. Une boule se creuse au fond de la gorge, ce n’est pas le deuil d’un proche, pas non plus celui d’un chanteur qui vous a accompagné depuis votre enfance, mais l’émotion vous étreint de la même façon. J’apprends avec beaucoup de tristesse le décès du poète “corso-provençal” (ainsi qu’il se qualifiait) Jacques Lovichi, auteur notamment de L’Égorgement des eauxFractures du silence (prix Antonin Artaud) et Préhistoires, dans lequel il écrit ces mots qui auraient fait le miel d’un Léo Ferré :
                       Comme vous êtes en retard  /  ce soir  /  dans les corridors glacés de la mémoire
                       se faufilent les intersignes  /  s’entrecroisent les destinées
                      S’il n’est plus temps laissez leur croire
                      que rien ne presse  /  on est si près  /  si près et puis…  / rien
....
Dans Cessation progressive d’activité, publié dans la revue Autre Sud [à lire dans la revue Phoenix, dont il fut l’un des créateurs], il avouait avoir pris son “congé de créativité poétique”. “Il y a toujours un livre de trop. Ne l’écrivons jamais. Du moins, ne le publions pas. Qui sait s’arrêter reste grand.”
Jacques Lovichi, qui participa à l’aventure de la revue marseillaise Sud et fut l’ami de Guillevic, auteur d’une biographie du poète Germain Nouveau, et dont je découvris les poèmes dans les années 80, lorsque j’éditais la revue La Foire à bras, était aussi critique au quotidien La Marseillaise, et c’est à ce titre que nous fîmes connaissance, grâce à sa consœur et amie commune Sylvie Cohen.
  Nos rencontres : de brèves et chaleureuses épistoleries, consécutives à ses critiques dithyrambiques de mes écrits, dont l’obstination foutraque l’enchantait. À chaque fois, ou presque, que je publiais un roman, ce diable d’homme sortait la tête de la “licorne captive” où il résidait, pour en faire l’éloge, et plus c’était foutraque, plus il aimait. (Il fut bien l’un des seuls…)
Je me faisais une joie de l’informer de la résurrection de L’Esprit Bénuchot, dont il dit grand bien dans La Marseillaise du 26 juin 2016, concluant par cette petite phrase renvoyant à l’interrogation  citée plus haut : “Seule question existentielle, et qui inquiète ses lecteurs : après s’être tenu si près des limites – les franchissant parfois –, comment Reboux pourrait-il aller plus loin ; que parviendra-t-il encore à écrire ? Seul le silence, alors ?”
À quoi je serais tenté de répondre, puisque la nouvelle ne parviendra pas à son destinataire : ”À quoi bon aller plus loin, puisque mon lecteur fétiche n’est plus là pour me lire ?”

mercredi 2 janvier 2019

2019, année des foules haineuses avides de sang neuf

Sacrifions à l’usage de la classique carte de vœux (hélas, souvent pieux niveau pépettes, la vie restant, pour la plupart d’entre nous qui gagnons des clopinettes et tirons par la queue ce pauvre diable qui ne nous a pourtant rien fait, un bon gros sac à emmerdes à côté duquel le tonneau des Danaïdes ressemble à une flaque de lait lappée par un chat famélique) pour émettre pour l’an 2019 le vœu de toute évidence et de première nécessité que voici :
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Que les femmes éviscéreuses de poulets illettrées de Bretagne, les Gaulois réfractaires, les cyniques gascons, les sans-chemises, sans-culotte, sans-pantacul, sans-cervelle et sans-logis, les fainéants qui traversent la rue pour aller au bistrot et s’arriment au zinc avec le poil de la main qui leur sert de canne pour ne pas être tentés de faire un crochet par Pôle Emploi, les flatulents obèses qui veulent tout faire péter (mot prononcé par Macron au réveillon, je le tiens de mon cousin Jean-Pierre Rebouxcuistot à la chiourme des légionnaires au Tchad ; au dernier moment, l’expression « flatulents obèses qui veulent tout faire péter », qui allait valoir au président mal loti de s’aliéner les armées de piliers de fast-food buveurs de coca-cola, non encore entrés en jacquerie, n’a pas été retenue pour son allocution [comme le chante Thiéfaine, quand la banlieue descend sur la ville, ça peut faire très mal…], les gens errant dans les gares qui ne sont rien et confondent (on ne le dit pas assez) le buffet et la huche, la droite et la gauche, bâbord et tribord, la glotte et l’épiglotte, l’épithète et l’épigastre, le cuit et le cru, Rollmops et Rolex, les alcooliques consanguins du Ch’nord, les qui têtent les moules à sec au bouchot, les qui se lavent les cheveux au houblon pour ne pas engraisser la famille Dop, les qui ont appris (et oublié) l’or-tôt-graphe dans les nouilles-alphabet, les qui ont une ardoise longue comme le Pas-de-Calais chez Mamie Coop, les qui se grattent le fondement avant de dire un bon mot, les qui réveillonnent dans les poubelles de Courtepaille, les gilets jaunes, casseurs de radars, liquidateurs de péage, brûleurs de pneus, résilieurs de préfectures, caillasseurs de gendarmes, pétanqueurs de CRS, les qui font griller la merguez au rond-point de la ZA des Acacias ayant occasionné 10.000 euros de pots-de-vin, les qui ne dépassent pas le 80 à l’heure pour assécher les caisses de l’État, les qui ne l’auront pas volé si la clique à Le Pen arrive au pouvoir, les Guyanais anti-orpailleurs infoutus de traverser l’Atlantique pour se poser sur la carte de not’beau pays, les qui n’ont jamais vu une cravate de leur vie, portent des chandails troués et gardent le même tee-shirt une semaine de rang sur les ronds-points, les brûleurs d'effigie du petit foutriquet amiénite, les cyniques, les sceptiques, les irradiés, les plaintifs, les irresponsables, les pov'cons (il serait fâcheux d’oublier que la voie du mépris macrogneux pour le bas-peuple fut tracée par Nicolas de Nagy-Boçsa-d’Entre-les-Boues, à qui j’ai consacré un an de ma vie à décrire les turpitudes de “petit garçon pas fini”), les sans-dents qui boivent le Flamby à la paille, et toutes celles et ceux qui s'en prennent plein la gueule pour pas un rond dans les manifs, se faisant tirer comme des lapins, crever les yeux, arracher les mains, casser les os et les pieds, insulter, menacer, mettre en joue, j’en passe et des pires…, pour émettre le vœu, dis-je, que toute cette petite canaille de foules haineuses, goules glaireuses et boules nerveuses, dégagent le paltoquet au cerveau rothschildien de son petit palais…
Après, ça ira (forcément) déjà un peu mieux !
Et pour le reste, l’intime, le familial, l’amical, le particulier, aimez-vous, réchauffez-vous, portez-vous bien, cueillez la vie du mieux que vous le pouvez !

jeudi 27 décembre 2018

Affaire Églantine Laval : la cour de cassation rejette mon pourvoi au motif que j’aurais… oublié de le signer !

  La Cour de cassation, nul ne l’ignore, a pour mission de contrôler l’application du droit par les tribunaux et les cours d’appel. Elle ne juge pas le fond mais la forme. Sa réputation tatillonne n’est plus à faire. Les jugements impérieux de ses magistrats, qui compensent la grandeur de leur tâche en se vêtant de tenues chatoyantes à rendre jaloux un archevêque en visite biennale au Saint-Siège, inspirent crainte et respect.
  Le misérable justiciable que je suis vient d’en avoir la preuve éclatante et formelle.
Fonctionnaires de la cour de cass' en tenue d’apparat. Fashion-week 2017.
  Condamné en première instance (et en mon absence, ayant, c’est malin, loupé mon procès suite à une confusion d’agenda digne d’un élève de 6e amoureux de sa prof d’histoire-géo) à une amende de 800 € pour des violences prétendument infligées à une certaine Églantine Laval, cinglée notoire ayant réussi à convaincre une juge montreuillote, Dame Vanessa Lepeu, pour ne pas la nommer, de ma machiste et potentielle malfaisance, je fis donc appel, étant bien entendu innocent des faits qui m’étaient reprochés. (Je n’ai pas l’habitude de frapper les femmes à coups de poing, encore moins sur le perron d’un tribunal dûment surveillé par un vigile. Mon seul tort fut de lui dire, en imitant feu Charles Pasqua, je le concède : "Et vous arrivez à dormir la nuit, avec vos saloperies ?") Cette histoire abracadabrante est narrée ici.
  Alors que je m’étais moi-même défendu (fort mal, je ne suis pas avocat, mais le désir de m’acquitter de cette tâche, une fois au moins dans ma vie, l’emporta sur la peur de ne pas être à la hauteur), la cour d’appel, présidée par l’incorruptible Nadia Ajjan, confirma ma culpabilité mais atténua, on se demande bien pourquoi, la peine (800 € avec sursis). Ne pouvant accepter ce verdict hypocrite et révoltant, je me pourvus donc en cassation en déposant au greffe de ladite cour un "mémoire ampliatif".
  Las ! Tout comme je négligeai de me présenter à mon procès, j’oubliai de signer mon mémoire, ce qui échappa à la sagacité de la greffière lors de son minutieux examen de mon dossier (8 minutes environ). C’est du moins ce que prétendra l’avis du 18 décembre 2018 m’informant du rejet de mon pourvoi en cassation, non sans m’avoir rebaptisé "Jean Reboux".
  Sans aucun recours possible.
  Ce qui m’ôte toute possibilité de poursuivre pour dénonciation calomnieuse Églantine Laval (qui poussa le culot jusqu’à déposer contre moi une plainte en diffamation, dans laquelle elle m’accusa de "porter atteinte à [sa] dignité d’artiste").
  Ah oui, sinon : je n'ai jamais reçu la moindre réponse à ma demande d’aide juridictionnelle (qui m’aurait permis de disposer des services d’un avocat spécialiste de la cassation, et éviter ce genre de bévue absurde). 

dimanche 28 octobre 2018

Kits Hilaire évoque "Berlin, dernière" et "Ivan, allégresse et liberté" sur Radio Libertaire

Invitée de l’émission "La Philanthropie de l’ouvrier charpentier", sur Radio Libertaire, Kits Hilaire évoque Berlin, dernière" et Ivan, allégresse et liberté (éditions Après la Lune), mais aussi ses précédents romans, Rosa colère, Vise directement la tête et La Pitié.
Podcast de l’émission ici (à partir de 4'55")
Portrait de Kits Hilaire sur ce même blog.
Berlin, dernière et Ivan, allégresse et liberté sont disponibles à la librairie Publico, 145, rue Amelot, Paris 11e, et à la librairie Après la Lune.

dimanche 9 septembre 2018

"Berlin dernière" : le roman-culte de Kits Hilaire enfin réédité

Kits Hilaire est une écrivaine européenne à vocation transversale. Ce n’est pas une auteure confortable. Son tempérament la conduirait plutôt à gratter les plaies en voie de cicatrisation, pour qu’on ne les oublie pas.”
  Ainsi Pierre Maury commentait-il dans le journal belge Le Soir son deuxième roman La Pitié (Flammarion, 1992), qui raconte la plongée aux enfers d’une jeune femme aux prises avec un homme pervers, qu’elle prend pour Dieu. Le diagnostic visait juste.
Depuis, Kits Hilaire a peu publié (quatre romans), constituant une œuvre romanesque fulgurante, âpre et sauvage, résolument hors des sentiers battus, étrangement absente des collections de poche françaises, où paraissent tant de livres médiocres. Après la littérature à l’estomac, la littérature à l’uppercut : une formule que ne démentiront ni Rosa colère (Calmann-Lévy, 1995), ni Vise directement la tête (J.-J. Pauvert, 2000).
Mais revenons trois ans en arrière… Nous sommes en 1989. Le mur de Berlin vient de tomber. Les médias du monde entier s’emparent de cet événement majeur, l’un des plus commentés de l’histoire de l’Humanité. Parmi les fictions parues sur le sujet, ce qu’on appellera le Wenderoman, le premier, et sans doute le plus (d)étonnant, sera publié chez Flammarion par la prêtresse de l’édition française Françoise VernySon titre ? Berlin dernière.
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L’auteure, Kits Hilaire, vit à Berlin depuis plusieurs années. Elle chante dans un groupe punk, elle a les cheveux rouges et virevolte sa vie au cœur du quartier alternatif de Kreuzberg. Contrairement aux autres ouvrages publiés sur le sujet (fiction et documents confondus), Berlin dernière est le seul à prendre le contrepied de la doxa : effondrement du communisme, chute des dictatures du bloc de l’Est, fin de la guerre Froide, réunification des deux Allemagne ; le tout anticipant la folie capitaliste et son désastre écologique consubstantiel, dont on mesure avec effroi les ravages aujourd’hui. Les protagonistes du roman vivent mal la chute, qui leur fait craindre la disparition du quartier alternatif où ils sont installés. C’est ce que raconte le roman de Kits Hilaire. C’est ce qui fait sa force. Et qui fera son succès.
  Propulsé en tête des ventes grâce à un passage dans l’émission de Bernard Rapp Caractères (40.000 exemplaires), le roman connaît une carrière fulgurante. Kits Hilaire, qui a la bougeotte, quitte Berlin pour Paris, où Berlin est adapté au théâtre. Puis Séville et l’Andalousie, où elle réalise le long-métrage Saca la plata. Elle participera à l’écriture du scénario du film de Tony Gatlif Gadjo dilo. Plus tard, elle s’installera à Barcelone, où elle vit toujours, après un crochet par Cuba, les Canaries et la Chine.
  En 2001, nos chemins se croisent dans une résidence d’écrivain au Diable Vauvert, en Carmargue. Nous ne nous sommes plus quittés depuis… De ses dix dernières années passées à Barcelone, la capitale de cette Catalogne à qui les mauvais esprits postfranquistes voudraient dénier ses aspirations républicaines, elle a tiré Ivan, allégresse et liberté, un roman magnifique au titre étrange, quasi-incantatoire, où se retrouveront aussi bien les vieux militants anarchistes rescapés de la République mise à mort par Franco que les jeunes Catalans libertaires assoiffés de liberté, hors la Monarchie corrompue espagnole.
Kits Hilaire interviewée par Luis Fernandez Zaurin
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  Presque 30 ans après Berlin dernière, une génération est née, qui n’a pas connu le mur. Mais d’autres murs se sont levés un peu partout dans le monde. L’avenir est sinistre : la planète fond, la Méditerranée est devenue un cimetière, Israël érige un nouvel apartheid et assassine Gaza, la Syrie est vitrifiée par un psychopathe armé par Poutine, les Chinois rachètent l’Afrique, les démocraties européennes cèdent, doucement mais sûrement, aux sirènes du racisme et du nationalisme. Bref, tout est en place pour que naissent de nouvelles catastrophes.
 Et Berlin dernière est devenu un roman-culte, régulièrement cité dans les articles d’anthropologie urbaine sur le quartier de Kreuzberg. Et introuvable, qu’on réclame souvent à son auteure. Avec quelques écrivaines bourlingueuses au cosmopolitisme assumé, Kits Hilaire a créé le collectif Kierol24, une “association de malfaiteuses littéraires”. On y retrouvera Kits Hilaire, bien sûr. Mais aussi Nat Corales, Cécile Thi Dang, Olaya Sants, Élise Fugler et Adèle O’Longhauteure du récit Les Montagnes dans les nuages(Hoëbeke, coll. Étonnants voyageurs).
  Les éditions Après la Lune, qui ont cassé leur pipe en 2013, renaissent de leurs cendres pour éditer ces titres. On peut les commander sur le site de la librairie Après la Lune. La version numérique est disponible sur le site Kierol24.
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Berlin dernière, 170 pages, 15 € / Ivan, allégresse et liberté, 262 pages, 18 €
éditions Après la Lune

mercredi 29 août 2018

Les chasseurs nous emmerdent !

C’était l’été 1974. J’étais jeune et beau, plus timide qu’une bonne sœur, et je fourbissais mes armes de serveur Chez P’tit Louis, restaurant Routiers, à Flers (Orne), tandis que les Turcs et les Grecs se battaient pour de bon, après la décision de la dictature des colonels de réunir Chypre et la Grèce, suivie de l’invasion de l’île par la Turquie, connue sous le nom d’Opération Attila. Le soir, les clients de l’hôtel, des immigrés turcs récemment arrivés en France, pour des raisons davantage économiques que politiques, se pressaient devant la télévision. Comme ils ne parlaient pas un mot de français, ils devaient se contenter des images, qui parlaient d’elles-mêmes. Tout comme leurs visages, où se lisait la frustration chauvine d’hommes exilés à plusieurs milliers de kilomètres de la “mère-patrie".
 L’année suivante (1975-76), en Terminale au lycée de la même ville, nous nous retrouvions avec les copains dans ce même café tout proche du bahut, où P’tit Louis et son épouse Colette mettaient à notre disposition un électrophone pour écouter nos disques préférés. J’avais apporté le dernier 33 tours de Henri Tachan. P’tit Louis, qui était chasseur et préparait un bœuf bourguignon du tonnerre, appréciait moyennement quand je passais la chanson La Chasse, qui enchantait nos oreilles fraîchement acquises à l’écologie grâce à la candidature de René Dumont à l’élection présidentielle, après que Pompidou eût cassé sa pipe, au printemps de la même année. Comme il m’aimait bien, qu’il me faisait grâce de mes consommations et qu’il est difficile, pour ne pas dire impossible, de parler “chasse” (ou corrida) sans s’écharper avec les gens dont la passion consiste à tuer des animaux, je finis par m’autocensurer. Et me rabattre sur Ange, Catherine Ribeiro, François Béranger, voire Pink Floyd ou King Crimson.
  Si je pense aujourd’hui à P’tit Louis, c’est évidemment à cause de la démission fracassante de Nicolas Hulot, le ministre du Développement pas-du-tout-durable et de la Transition écologique-mieux-vaut-très-tard-que-jamais-mais-c’est-déjà-trop-tard du petit potentat de la start-up nation Emmanuel Macron, que de sombres crétins ont eu la curieuse idée de baptiser Jupiter, alors que Pinocchio lui eût tout à fait convenu, et que ses accointances névrotiques avec des types comme Thierry Coste l’obsédé de la gâchette et Alexandre Benalla l’obsédé du coup de poing et de la matraque mériteraient, si le tenancier de ce blog était coutumier de la démesure, qu’il fût surnommé Petit Poucet, voire Petit Pinochet.

lundi 20 août 2018

Pierre Cherruau, le plus africain des écrivains français, ne retournera pas en Afrique

L’ami Pierre Cherruau est décédé d’un arrêt cardiaque ce dimanche 19 août, après s’être porté au secours de son fils de 10 ans en train de se noyer dans un courant de “baïne”, sur une plage de Gironde, où il était en vacances en famille.
Pierre, on pouvait ne pas le voir pendant des semaines, des mois, voire des années, il ne fallait pas s’inquiéter : c’est qu’il était en Afrique, continent dont il a visité une quarantaine de pays, lors de ses incessants déplacements professionnels. Ainsi de 2014 à 2017, où il forma des journalistes au Nigeria, un pays qu’il connaissait remarquablement pour y avoir déjà séjourné deux décennies plus tôt. Il était alors pigiste pour Télérama, Le Monde et Le Nouvel économiste.
Fin juillet, nous déjeunions ensemble du côté de Stalingrad. Ce fut un repas de retrouvailles pétillant et joyeux, comme toujours avec cet homme lucide et plein de douceur, curieux de tout (et jamais à court d’informations plus ou moins secrètes sur la Françafrique, voire sur certain écrivain algérien fort connu). Nous avions prévu de nous revoir à la rentrée. Mais cette fois, il ne reviendra pas. L’effroyable océan l’a enlevé la veille de ses 49 ans.
Pour lui rendre hommage, je reprends un papier qui parut ici-même en avril 2013, lors de la parution de son livre De Dakar à Paris, un voyage à petites foulées (Calmann-Levy).

Pierre Cherruau était journaliste. Il a longtemps été responsable du service Afrique de Courrier International, avant d’être rédacteur en chef du site Slate Afrique, dont il fut viré dans des conditions très “étranges”, que l’on évitera prudemment d’évoquer ici. Depuis son retour du Nigeria en 2017, il travaillait au service numérique de Radio France.
Pierre était aussi écrivain. Tous ses romans parlent de l’Afrique. J’en ai personnellement édité trois. Le magnifique Nena Rastaquouère (Baleine, 1997) avec une préface hilarante de son voisin d’Aubervilliers de l’époque Didier Daeninckx, qui raconte comment, un matin, un homme le guettait à la sortie de son pavillon, un sac Monoprix sous le bras, pour lui soumettre son œuvre. Lagos 666 (Baleine, 2000) qui se déroule encore au Nigeria. Et Chien fantôme (Après la Lune, 2008), cocktail d’action, de comédie burlesque et de mystère, racontant un voyage haut en couleurs dans le "train bleu" reliant Dakar à Bamako, la capitale du Mali, et mettant l’accent sur une réalité africaine tragique, à travers l’actualité dramatique des émigrants prêts à affronter la mort en mer pour échapper à la mort en terre d’Afrique.
Il publia aussi Nok en stock et Ballon noir à L’Écailler du Sud, ainsi que deux épisodes du Poulpe (Baleine), Togo or not Togo et La Vacance du petit Nicolas, co-écrit avec son confrère journaliste Renaud Dély.
Pierre était également marathonien. En 2010, il décide de se lancer dans un défi un peu fou : parcourir Dakar-Paris en courant. De ce voyage, chroniqué à l’époque sur son blog Dakar-Paris, il tire un livre qui se lit comme on regarderait passer une course (de fond) à pied, en prenant son temps pour détailler les coureurs, voire en faisant un bout de chemin avec eux. De Dakar à Paris, un voyage à petites foulées est le condensé de ses trois professions (de foi) : écrivain, journaliste, marathonien.
Pour ceux qui, comme moi, n’ont jamais mis les pieds au Sénégal, De Dakar à Paris est une façon épatante de découvrir ce pays pauvre, attachant, où la démocratie est venue à bout des démons du népotisme, d’où partirent les esclaves en route vers le Nouveau Monde et d’où fut prononcé le tristement célèbre "discours de Dakar" sur “l’homme africain pas foutu d’entrer dans l’Histoire” du petit caporal Sarkozy et de son affidé Henri Guaino.

On y apprend comment y vivent les gens, comment ils s’accomodent du capitalisme le plus échevelé tout en respectant les traditions, comment ils accueillent le voyageur, qu’il soit noir ou toubab (la fameuse hospitalité sénégalaise, la teranga), comment des décennies de laisser-aller ont fait de ses rivages parmi les plus pollués de l’Atlantique (sidérant!) et de ses routes parmi les plus meurtrières d’Afrique (la trouille de l’auteur de se faire écraser en courant sur le bas-côté est récurrente). En ce sens, il peut se lire également comme un ouvrage d’anthropologue, l’auteur, de par son mode de déplacement "lent", ouvrant des portes que seul un coureur de fond peut encore prendre le temps de pousser, ce qui donne à ce voyage parfois enchanteur, souvent désenchanté, un côté humaniste. Du journalisme à hauteur d'homme, en quelque sorte, loin de certaines pratiques évoquées plus haut…
C’est aussi un bel hommage à un père homonyme, Pierre Cherruau, ex-journaliste au Monde à Bordeaux, mort d’un cancer, qui légua à son fils, en plus de la passion journalistique, celle de la course à pied. Si l’on peut regretter que tout le passage espagnol soit passé sous silence (mais peut-être Pierre Cherruau a-t-il pris l'avion, ah, ah!), le retour en Anjou (d’où est originaire l’auteur, né à Dunkerque) et les retrouvailles avec l’ami de déportation de son grand-père, sont bouleversants.
Cherruau par Cherruau. Lors de la parution de "Chien fantôme" (2008)

mercredi 8 août 2018

Marlène Schiappa et l’outrage sexiste. "Le harcèlement de rue peut-il être considéré comme un "outrage", au regard de la loi ?"

Dans son projet de loi sur la répression du harcèlement de rue, la secrétaire d’État chargée de l’Égalité entre les femmes et les hommes Marlène Schiappa évoque la création d’un délit d’outrage sexiste. Si l’affaire a été abondamment commentée par les médias, aucun n’a cru bon de noter que l’appella-tion “outrage sexiste” risquait de poser un problème technique, et de compliquer l’appréhension de ce délit, dont l’objectivité du constat ne sera déjà pas simple.
  En effet, si le harcèlement de rue peut être considéré, d’un point de vue sémantique, comme un outrage [offense ou injure extrêmement grave, de parole ou de fait], il en va autrement d’un point de vue juridiquepar rapport à la loi actuelle. Deux raisons à cela.
1. L’outrage, réprimé par l’article 433-5 du Code pénalprotège uniquement les personnes dépositaires de l’autorité publique et, depuis 2002, les personnes chargées d’une mission publique. Or, toutes les femmes potentiellement victimes de harcèlement ne font pas partie de ces deux catégories.
 2. L’outrage se caractérise par des paroles, gestes ou menaces non publics. Et le harcèlement de rue est forcément public.
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L’auteur de ces lignes (par ailleurs victime d’une dénonciation calomnieuse pour "violences volontaires", cousine germaine du harcèlement, et condamné en appel – l’affaire est devant la Cour de Cassation) n’est pas juriste. Mais il semblerait qu’il y ait là un vrai problème, auquel la très volubile secrétaire d’État n’a peut-être pas pensé. On imagine sans mal un avocat défendant un "harceleur" arguant du fait que son client ne s’est pas rendu coupable d’outrage, au regard de la loi.

lundi 21 mai 2018

"L’Esprit Bénuchot" ressuscite le 20 juin lors du 156e dîner-débat des Mille-Feuilles

La résurrection de L’Esprit Bénuchot, fauché par une mort subite du nourrisson en avril 2016, n’aura pas lieu dans une librairie, mais dans un restaurant, lors du 156e dîner-débat des Mille-Feuilles, la vénérable institution littéraire de Frédéric Fredj, dont la première eut lieu en janvier 1999 au restaurant La Canaille, sur le thème "Utopie et action", avec Henri Weber et Daniel Bensaïd.
Je serai en compagnie de Caroline Laurent, co-auteure avec Evelyne Pisier de Et soudain la liberté, et de Michèle Audin, fille de Maurice Audin, mathématicien assassiné par les parachutistes français en juillet 1957 lors de la bataille d’Alger.
Mercredi 20 juin, 19h30, Le Trumilou
84, quai de l’Hôtel-de-Ville, 75004 Paris

samedi 28 avril 2018

Quand Pôle Emploi te convoque par téléphone, ne t'avise pas de te rendre dans ton agence, tu risques de te faire radier, mon coco !

Le 27 mars, l’émission Les pieds sur terre de Sonia Kronlund (France Culture) révélait qu’à l’agence Pôle Emploi de Saint-Denis, chaque conseiller gère 500 chômeurs, au lieu de 350 en moyenne. Voici une petite histoire qui vient de m’arriver dans cette agence, dont je dépends, et que j’ai décidé de vous narrer, tant elle confine à l’absurde, au grotesque et à l’arbitraire.
24 avril 2018, 11h05. Je me rends à une convocation de mon agence Pôle Emploi de Saint-Denis. Les locaux sont flambants neufs, il y a un joli puits de lumière au centre, et une borne ultramoderne, où tu peux prévenir l’agent qui t’attend de ton arrivée. (Je serais curieux de savoir combien sont payés les génies bac + 7 qui imaginent ce genre d’appareil coûteux et totalement inutile.) Je tape mon identifiant. La machine me répond : Désolé, monsieur, vous n’êtes pas attendu. Ce qui est somme toute logique puisque j’ai dix minutes d’avance… Je tape mon nom. Idem.
  Dépité, je file à l'accueil. Une sympathique employée me confirme que je ne suis pas attendu puisqu’il s’agit d’une convocation téléphonique. Ce que je n’avais pas réalisé. (Très old school, quasi-rétif au progrès technique qui illumine nos vies modernes, j’avais compris qu’à 11h15 pétantes mon téléphone sonnerait pour me prévenir que l’agente Machin était prête à me recevoir.) L’accueillante dame appelle sa collègue pour la prévenir de mon passage intempestif et me prie de surveiller mon téléphone, qui ne va pas tarder à sonner. À ce moment-là, deux choses se passent simultanément. Ce qui fait beaucoup pour mon petit cerveau.
  1°) Je m'aperçois que la batterie de mon portable est presque déchargée.
  2°) L’accueillante dame se lève pour porter un dossier et me dit : "Ah, justement, Mme Machin est là-bas, vous la voyez !"
  – Ah, très bien, je vais aller directement la voir, ça lui évitera de me téléphoner ! m'exclamé-je.
  – Non, non, elle va vous appeler.
  – Ça m’aurait pourtant arrangé car ma batterie est presque à plat…
  – Elle va vous appeler, ne vous inquiétez pas.
Photo Yann Mambert, Le Journal de Saint-Denis
  Avisant une prise de courant au centre du hall, je branche l’engin, tout en regardant Mme Machin disparaître dans l’escalier dans sa belle robe jaune. (Authentique.) Et j’attends, l’œil rivé au téléphone pour ne pas louper l’appel.
  Par un de ces hasards dont la vie moderne a le secret, je n’entends pas la sonnerie, à 11h27. Un message m’attend. Ici Mme Machin de Pôle Emploi, j’ai essayé de vous joindre, vous n’étiez pas là, je vous rappellerai plus tard. J’appuie sur la touche 5 (rappel du numéro). Un message enregistré m’annonce qu’il est impossible d’obtenir l’appel. Pour obtenir Pôle Emploi, faites le 3949. De retour chez moi, j’envoie un courriel à Mme Machin (sans préciser que j’ai aperçu sa gracieuse silhouette dans l’escalier), qui me répond qu’elle me rappellera le lendemain après-midi.
  Trois jours plus tard, j’attends toujours l’appel, qui ne viendra pas. Par contre, ce qui arrive, c’est ce magnifique courriel de menace de radiation, signé d’un autre agent, assorti de la classique menace de fin d’indemnisation (me concernant, le RSA, auquel je suis un fidèle abonné depuis que j’ai bazardé la SARL Après la Lune il y a quelques années).
 Alors que j’ai bien évidemment donné signe de vie à cette agente.

  Vendredi 4 mai, retour à la Normale Raison de Pôle Emploi, suite à ma protestation.
    "Je prends compte de votre demande et demande un abandon de la procédure."

  Lundi 7 mai, retournement de situation !
    "Votre conseillère étant absente [sic], je vous invite à passer à l'agence mercredi 09 Mai 2018 matin (9h00 et 11h00) afin de régulariser votre situation."
  Ah bon, ce n’était pas déjà fait ?!?

Mercredi 9 mai, dénouement (provisoire)
  Je me pointe à l’agence, et là, surprise : aucune trace de ma convocation. L’agent d’accueil, dubitatif, me demande fort aimablement, bien qu’un tantinet suspicieux quant à ma santé mentale, si je n’aurais pas, par hasard, une preuve de ladite convocation. Comme on vit à la joyeuse époque du numérique, que je n’ai pas Internet sur mon téléphone (mon côté paysan rétif) et que j’ai négligé de photographier la dite convocation, une seule solution : allumer mon ordinateur portable. Las, la bête est rétive à l’allumage. Au bout de cinq ou six minutes (pendant lesquelles la queue derrière moi s’allonge), ça plante sec, et il me faut me rendre à l’évidence : mon disque dur vient de rendre l’âme (et avec lui une quantité industrielle de fichiers que je n’ai pas pensé à sauvegarder, mais ça, c'est une autre histoire…)

Mardi 15 mai, dénouement (quasiment définitif)
  Un courriel de Pôle Emploi récapitule (avec brio) la synthèse de mon entretien professionnel qui, rappelons-le, n’a jamais eu lieu : l’actualisation de mon PPAE a bien été enregistrée. Je vais donc pouvoir continuer à recevoir des offres d’emploi d’éditeur de solutions bancaires,  éditeur de logiciels, etc, dont je suis quotidiennement abreuvé par le grand algorithme charismatique de la maison. Ouf, je l’ai échappé belle…

Vendredi 25 mai, dénouement (net et sans bavures)
  Un courriel de Pôle Emploi me demande si je souhaite poursuivre mon abonnement aux alléchantes offres d’emploi d’éditeur de solutions bancaires, éditeur de logiciels, etc… Tel de Gaulle à Londres, je réponds simplement NON. Et c’est au moment où j’appuie sur la touche envoi que mon ordinateur (tout récemment doté d’un disque dur moderne censé durer mille ans) implose (je rigole).

Pour mémoire :  le fameux "stage du lendemain" proposé en décembre 2005 par l’ANPE du 9e arrondissement (auquel j’avais pu échapper car je créais mon entreprise), qui donna naissance au livre Chômeurs, qu’attendez-vous pour disparaître ? publié en 2007 dans ma (défunte) petite entreprise. Et plus récemment (2014), une missive de Pôle Emploi m’invitant à m’autoradier, euh, pardon, à me désinscrire.