jeudi 2 avril 2020

Crier « Buzyn assassin ! » dans une rame de métro déserte. (Journal d’un confiné #9)

Début décembre 2019, à l’heure où la grève contre la loi-retraite faisait descendre dans la rue des millions de personnes, par provocation, et pour m’occuper, je m’étais amusé à crier « Macron démission ! » La singularité de la chose tenant au fait que j’avais poussé mon cri sur un quai de métro bondé, dans une station Saint-Germain-des-Prés qui venait de recevoir deux rames bondées en deux minutes, entouré de 374 voyageurs endormis et dépités, suite à un incident technique indépendant de la volonté des preneurs d’otage de la CGT-SUD-FO. Cela m’avait fallu un merveilleux fou rire, assez peu partagé par mes compagnons de galère, dont certains me tinrent des propos peu amènes, voire menaçants.

[Expérience-limite.] Crier « Macron démission » sur un quai de métro bondé pendant la grève de la RATP : lire ici.


  Trois mois plus tard, les temps et les paradigmes ont bien changé. Les rames de métro et les rues sont désertes. Le matin du X mars, à 18h55, station Saint-Denis Porte-de-Paris, alors que je venais de prendre place dans une rame de la  ligne 13, me remémorant cette scène de bravoure, je me fis cette réflexion : « Aujourd’hui, tu ne pourrais plus faire ça, car cela reviendrait à crier dans le désert. Et ce n’est plus Macron démission que tu crierais, mais… Buzyn assassin ! »


  Mon cerveau se ramollissait. Prendre le métro après cinq jours de confinement sans sas de décompression n’est pas une bonne idée. Mais il fallait bien que j’aille bosser. Bref. Nous n’avions pas atteint la station Carrefour Pleyel qu’une étrange vision m’assaillit, que je vous raconte sans pudeur.
  Tout à mon étourdissement, je ne m’étais pas rendu compte que j’avais réellement crié Buzyn assassin ! Ce que personne n’entendit, puisqu’il n’y avait personne. Sauf ce type en face de moi, situé à environ 3m50, qui se transforma peu à peu. Sa casquette à l’envers se devint une casquette de paysan mayennais, de noir il devint blanc, son smartphone disparut, remplacé par une blague à tabac, une ceinture de flanelle remplaça son blouson de cuir, ses chaussures Nike se firent godillots, il prit d’un coup d’un seul cinquante ans. Et je vis en face de moi… Edouard Reboux, né le 13 avril 1920 et décédé le 23 janvier 1991, alors que des événements d’une tout autre nature que la pandémie actuelle (la guerre du Golfe) mobilisaient les foules devant leur poste de télé, dans un confinement quelque peu dérisoire, par rapport à ce qui se passe actuellement.
— Qué qu’c’est qu’cette histoire de bouzin ! me lança-t-il d’une voix que je reconnus aussitôt.
— C’est pas un bouzin, papa, répondis-je, la voix flétrie par l’émotion. Un buzin. Agnès Buzyn, c’est la ministre de la Santé, enfin, elle ne l’est plus depuis qu’elle a quitté le gouvernement…
— La ministre de la Santé, c’est plus XXX ? demanda mon père.
— Non, papa. Il s’est passé beaucoup de temps depuis que tu es parti. Mitterrand est mort. Chirac est mort…
— Chirac ! Nom de Dieu ! Il m’avait serré la main au salon de l’Agriculture !
— Bref. Buzyn n’est plus ministre depuis Benjamin Griveaux s’est… euh… comment dire… masturbé sur YouTube.
— Ton imagination te perdra, laissa tomber mon père, dépité. Un ministre qui se masturbe dans un tube !

J’abrégeai sa souffrance et lui racontai ce que chacun sait, et qu’il comprit assez vite car mon madré paternel, tout paysan qu’il était, était branché en permanence sur l’actualité et les subtilités de la vie politique n’avaient, de son vivant, aucun secret pour lui. Agnès Buzyn

mardi 31 mars 2020

Une équipe de neurochirurgiens de l’hôpital du Kremlin-Bicêtre réalise la première transplantation de cerveau humain


En juin 2015, Le Figaro Santé dévoilait le projet fou du neurochirurgien Sergio Canavero : la greffe de tête d’un être humainDeux ans plus tard (novembre 2017), ce neurochirurgien italien controversé annonçait qu’il avait réalisé avec succès une greffe complète de tête sur des cadavres humains. L’opération de 18 heures, menée par une équipe médicale chinoise a abouti à la transplantation de la tête d’un patient sur le corps d’un autrereliant les vaisseaux sanguins, les nerfs, mais aussi les colonnes vertébrales des deux donneurs décédés.
En décembre 2019, Paris Match annonçait que la première greffe du cerveau pourrait bien avoir lieu d’ici les années 2030. Nous n’aurons pas eu à attendre la fin de cette décennie. La première transplantation d’un cerveau vient d’être réalisée !
La nouvelle est d’autant plus stupéfiante qu'elle intervient alors que la planère entière est paralysée par la terrible pandémie de  Covid 19, plus connu sous le nom de coronavirus, qui a provoqué le confinement de 3 milliards d’habitants, touchant 830.000 personnes dans le monde et causant la mort de 41.000 personnes, dont 3.523 en France (hors décès en EHPAD et à domicile).
Le neurologue Sergio Canavero

Une équipe de chirurgiens de l’hôpital de Bicêtre, au sud de Paris, le fameux “KB”, référence en matière de douleurs neurologiques, vient de réussir ce qu’aucun auteur de science-fiction, aucun scénariste hollywoodien n’auraient même imaginé, tellement la chose paraissait impensable : la transplantation du cerveau. On peut vivre avec le rein, le cœur, les poumons, le foie, le pancréas, les intestins, la peau, les artères, les veines, les os, la cornée d’un autre. Mais la greffe du cerveau était réputée impossible.
Pourtant, depuis plusieurs années, et dans le plus grand secret, une équipe de neurochirurgiens dirigée par le Pr Fernand Wouters y travaillait. Et nous sommes aujourd’hui en mesure de vous livrer l’incroyable nouvelle : elle a parfaitement réussi !
L’hôpital du Kremlin-Bicêtre
L’opération, qui s’est déroulée à l’automne 2019, vient seulement d’être révélée. La malade, une femme de 40 ans, souffrait depuis longtemps d’une maladie neurologique rare, la syringomyélie, doublée d’une malformation d’Arnold-Chiari. Son état s’était aggravé au point qu’elle ne pouvait en même temps parler et se déplacer. L’un ou l’autre, mais pas les deux à la fois. La syringomélie, maladie rare caractérisée par la formation anormale d’une ou plusieurs cavités dans la moelle épinière, peut avoir des conséquences fâcheuses : agnosie (trouble de la reconnaissance des objets), prosopagnosie (trouble de la reconnaissance des personnes), agueusie (perte du goût), anosmie (perte de l’odorat), insensibilité à la chaleur, paralysie, etc.


Si l’opération a parfaitement réussi d’un point de vue neurobiologique, elle n’a, hélas, pas permis à la patiente de guérir de certains troubles, en l’occurence un trouble rarissime, la schizodyslexie à rhétorique inversée, qui touche environ une personne sur 500.000 et consiste à énoncer systématiquement le contraire de ce que vous voulez dire (qu’on ne confondra pas avec la fameuse et beaucoup plus répandue “langue de bois”, qui consiste à dire n’importe quoi pour ne pas avoir à répondre à la question qu’on vous a posée).
En raison de l’actualité tragique liée à la pandémie du Covid 19, l'équipe du Pr Wouters n’a pas souhaité communiquer l’identité de la patiente ayant bénéficié de cette première transplantation révolutionnaire, qui ouvre un véritable gouffre éthique. On les comprend aisément, et on leur en saura gré.
Nous sommes néanmoins en mesure de vous la révéler. Il vous suffit pour cela de cliquer ici.

Ce qui nous arrive, par Serge Quadruppani (Journal d’un confiné #14)

Serge Quadruppani, écrivain, traducteur, essayiste, militant protéiforme, zadiste invétéré, est confiné à Eymoutiers, dans le Limousin, où il organise le festival Les Écrits d’août. Il écrit fréquemment (mais pas que) sur le site lundi.matin.
Je partage ce texte publié sur son blog Les contrées magnifiques (en attendant que la colère balaie le vieux monde).


Pour résister au défilé anxiogène des images de brancards et de tenues de cosmonautes, aux graphiques infiniment ascendants et aux récits des souffrances du personnel soignant et d’exactions flicardes dans les quartiers populaires, au déchaînement des politiques de la peur, à l’accumulation de mauvaises nouvelles pour la liberté et pour la vie, il semble que la petite musique du confinement heureux à coup de bonnes recettes de cuisine, de bons conseils médiatiques sur la meilleure manière de garder les enfants, de séance de pilates ou de yoga, ne soit pas suffisante. Peut-être que le meilleur moyen de résister, c’est d’essayer de comprendre ce qui nous arrive. Peut-être conviendrait-il d’ores et déjà de profiter de ce temps en suspens pour se poser des questions sur le monde d’après. On a listé ci-dessous quelques-unes des gigantesques interrogations qu’il conviendrait de tourner et retourner entre nous.
   Avec cette pandémie et le confinement de 3 milliards de personnes sur la planète, nous vivons un moment de basculement historique. Il est impossible que le monde d'après le confinement ne soit pas marqué durablement par ce que nous sommes tous en train de vivre. Voici quelques-unes des pistes de réflexion qui mériteraient d’être suivies, d’autres bien sûr pourraient être proposées :

   – Dans quelles mesures les mauvaises habitudes prises risquent-elles de se perpétuer, avec le franchissement jamais vu jusque-là du seuil d’acceptabilité des populations à l’égard des contraintes liberticides ? L’expérience de la guerre au terrorisme nous a montré qu’à peu près chaque fois que des mesures d’exception furent prises, elles ont fini par passer dans la loi commune. L’exportation du « modèle chinois » s’accélère en Italie avec l’introduction d’une application qui permettra au gouvernement de retracer, par leurs téléphones, les déplacements des personnes contaminées par le corona, puis de les suivre en temps réel – et d’intervenir si elles sortaient de la zone où elles sont censées rester. L’Italie, encore une fois, est-elle l’avenir du monde ?

   – Le recul des droits du travail atteint-il sa phase terminale avec ce retour aux 60 heures acté par les nouvelles dispositions du gouvernement français, le recours massif au télétravail, soit la fin de la distinction entre travail et non travail, que bien des patrons seront tentés de pérenniser, et toutes les mesures business-friendly que le gouvernement prend et va prendre ?
   – Le jeu entre la Chine, qui a produit le virus mais en profite pour étendre son influence et les Etats-Unis, où l’incurie trumpienne risque de produire des effets cataclysmiques : qu’en penser ?

   – Quant on songe à la brusque transformation induite dans les sensibilités par le sida, quand on nous annonce d’ores et déjà que la bise et les embrassades appartiennent à un temps révolu et qui ne reviendra pas, on se dit que cette période de séparation des corps obligatoire, chacun étant désormais perçu comme un danger mortel, va sûrement marquer en profondeur les relations humaines à une échelle planétaire… De plus, en ce moment même, en Occident, des centaines de millions de gens sont forcés de penser à la mort d’une manière qui avait été refoulée vers les populations du Sud les plus précarisées ou en proie à la guerre… Comment les rapports entre êtres humains en seront-ils transformés ?

   – Quant on voit comment sont traités les migrants de l’intérieur en Inde, bloqués aux frontières de l’Etat, emprisonnés dans des stades transformés officiellement en prison à ciel ouvert, quand on voit le sort des habitants des foyers de travailleurs émigés et celui des EHPAD, les exactions policières redoublant en banlieue, les exilés confinés dans des camps immondes en Grèce… quel va être le sort des plus faibles et des plus précarisés dans les temps à venir ?
   – La catastrophe économique : sera-t-elle comme après 2008 une occasion de rebond pour l’économie financiarisée, avec des mesures aux dépens des plus pauvres pour sauver les « too big to fail » ? Ou va-t-on, ainsi que voudrait le faire croire Macron, vers un New Deal avec retour de l’Etat Providence – ce qui serait encore une manière de sauver le capitalisme ? Quand Trump en est à obliger Ford à produire des machines à respirer, on ne peut nier que la question se pose…
   – Mais il ne faut pas négliger les aspects positifs de la crise que nous vivons : développement des solidarités, notamment locales – et plus généralement vérification de l’importance de l’échelle locale, expérimentation de qui compte vraiment pour vivre et pour survivre, et accumulation des colères devant la révélation de l’incroyable incurie des gouvernants, leur faillite intellectuelle et morale L’idée qu’il va falloir qu’ils rendent des comptes les effraie d’avance : saurons-nous être à la hauteur de leurs craintes – et bien pires encore ?
Pour les ZAD, contre l’État de droit, contre le travail, Lundi.matin, janvier 2018
  À nous tous de creuser ces questions, pour que nous soyons – au moins sur le plan théorique – surarmés quand nous sortirons d’entre nos murs.
Car à ce moment-là…
NOUS SERONS DES MILLIONS

ET NOUS SERONS TRÈS, MAIS ALORS, TRÈS TRÈS EN COLÈRE

À demain, si vous le voulez bien  !

lundi 30 mars 2020

Des mercenaires investis d’une mission spéciale de sabotage, par Lilian Bathelot (Journal d’un confiné #13)

Lilian Bathelot, écrivain, dramaturge, réalisateur, est confiné dans le Languedoc. Je partage le coup de gueule fort pertinent qu'il vient de pousser sur sa page Facebook.

Je lis un peu partout que le gouvernement est composé d’incapables et de branleurs.
Je ne suis pas d’accord. 
C’est d’abord une bande de mercenaires investis d’une mission spéciale de sabotage. Et cette mission-là, ils la mènent avec une efficacité redoutable. Jusqu’au cœur de la crise sanitaire qu’ils voient d’abord comme une aubaine pour casser davantage encore.
Ce qu’ils font sans la moindre vergogne, car pour le capitalisme (qu’une novlangue infecte ne nomme plus jamais que libéralisme), la vie des humains n’a jamais été qu’une variable d’ajustement : les guerres sont des occasions formidables de construire des fortunes. Krups, Bayer, BASF ne vous diront pas le contraire.
Je lis aussi que ce gouvernement serait « imprévoyant ».
Pas d’accord, là encore.
Fraîchement élus ou nommés, ces mercenaires ont fait montre d’une grande prévoyance, au contraire. En commandant par exemple plusieurs années à l’avance des stocks impressionnants de « grenades lacrymogènes et de lanceurs de balles destinés au maintien de l’ordre ». (Il faut lire cette dernière phrase comme « du matériel de guerre destiné à réprimer les manifestations populaires ».) Car ils savaient déjà qu’ils en auraient besoin dans leurs basses besognes, et ils avaient raison. 
Casse programmée de l’hôpital public, des aéroports publics, des trains, de l’énergie, de l’éducation, mesures éhontément en faveur des riches, creusement indécent des inégalités, augmentation vertigineuse de la pauvreté...
Le peuple s’est révolté, et on a étouffé la révolte dans des répressions sanglantes, des mois durant.
Pendant tout ce temps, on n’a jamais manqué de matériel de répression. On a même récemment poussé la prévoyance jusqu’à acheter des stocks conséquents de munitions réelles.
Non, on ne peut pas parler imprévoyance.
Il manque de masques ? De gel ? De respirateurs ? De lits d’hôpital ? C’est juste la preuve que le job a été bien fait.  En huit ans, Hollande et Macron sont parvenus à faire supprimer 17.500 lits d’hôpital, à dilapider les stocks stratégiques de masques (des milliards) en les utilisant comme consommable (ce qui est prévu), mais sans les remplacer, pour maintenir le niveau des stocks. 
Quand, en décembre, les personnels de santé ont manifesté avec l’énergie du désespoir pour nous avertir qu’ils manquaient de tout, de lits, de matériel, de personnel, il n’a manqué ni arme, ni matériel, ni personnel de police et de gendarmerie pour réprimer leurs cris dans la fureur et le sang.
Et quand aujourd’hui, au moment où ce même personnel soignant gère une situation catastrophique dans une pénurie totale qui met jusqu’à leurs vies en danger (comme celle de nombreux travailleurs, des moins bien lotis et des malades), la grande démolition au profit des lobbys de la finance continue, aggravant encore le sort des forces vives en faisant exploser les bases du code du travail. En mettant à profit la peur, la confusion, la détresse du drame humain.
Quel cynisme faut-il pour oser cela ?
Celui de mercenaires aussi déterminés qu’impitoyables qui mènent méthodiquement leur mission sans souci des dégâts collatéraux qui ne sont que broutilles.

À demain, si vous le voulez bien  !

Ne comptez pas sur moi pour vendre mon âme au diable ! par Morgane Hnr, saisonnière agricole (Journal d’un confiné #12)

Il y a quelques jours, dans une allocution solennelle aux troublants accents pétainistes qui provoqua un mini-séisme au cimetière de l’île d’Yeu, le ministre de l’Agriculture Didier Guillaume lançait un appel aux coiffeurs, aux serveurs et eux hôtesses à « rejoindre l’armée des ombres » pour pallier à l’absence des saisonniers étrangers et aider aux travaux des champs.

Morgane Hnr, confinée à Château-Thierry, fait partie depuis vingt ans des travailleurs agricoles saisonniers qui vendent leurs bras aux quatre coins de la France. Ulcérée par cet appel, elle a poussé un coup de gueule, largement repris sur Internet et que l’on peut retrouver sur son blog Vielosophi & Cie.

Dans un second texte, plus  « généraliste  », Morgane évoque les horizons ouverts par la pandémie du coronavirus, dans cet « après » où plus rien ne sera comme avant.

Ne comptez pas sur moi pour vendre mon âme au diable !

J’ai commencé à faire les saisons agricoles il y a plus de vingt ans. Des jobs étudiants, et plus tard la vie en camion. À l’époque ça faisait rêver, c’était une vie de rencontres, de surprises, de mélanges des genres, des milieux et des nationalités, même si les travaux agricoles n’étaient pas les plus faciles et surtout pas les mieux payés... Il y a encore une dizaine d’années, les propriétaires des exploitations pouvaient nous accueillir sur un terrain avec une tonne à eau. Pour le reste on se débrouillait... Des toilettes sèches, un feu de camp, et tout le confort de nos fourgons aménagés de manière plus ou moins spartiate et créative... La vie rêvée, les chiens, les forts en gueule, la musique, la spontanéité, la frugalité, le nomadisme…
Et puis « d’en haut », on est venu mettre des bâtons dans les roues de nos fourgons, dans les roues de nos autonomies frugales... En contrôlant tout, à commencer par nos patrons qui n’ont plus eu le droit de nous accueillir dans ces conditions. Il fallait des dortoirs en bonne et due forme, des Algeco et des sanisettes, chimiques bien sûr. Pour coller à l’Europe et à l’agriculture productiviste. Aux « punks à chiens » rêveurs et grandes gueule (mais bosseurs !) on a préféré faire venir des cars de travailleurs dociles venant de Pologne ou d’ailleurs, qui n’avait d’autre idéal que le gain d’argent (si faible soit-il, parce que dans l’agricole on tire bien les prix vers le bas, vous connaissez l’histoire…).
Après nous avoir confisqué le droit à nous poser, nous faire chier parce qu’on revendiquait le droit de ne pas avoir de domicile fixe, nous sortir tout un tas d’interdiction soit disant pour notre sécurité, le coup de grâce il y a quelques années : le fourgon aménagé par nos soins, notre petite œuvre d’art personnelle ne passe plus au contrôle technique !…
Il y a encore quinze ans (pfiooooouuu comme le temps passe !), vous aviez une main d’œuvre saisonnière motivée, joyeuse, autonome et capable de se déplacer facilement au gré des saisons...
Il vous manque 200 000 saisonniers dès maintenant dans les « champs » de monoculture intensive et productiviste ? Ben... C’est peut-être ça le karma ?…
Ne comptez pas sur moi pour vendre mon âme au diable.
Mais je veux bien vendre ma force de travail à l’agriculture bio et locale, pour soutenir l’effort... de paix.

Une brèche est en train de s’ouvrir


Une brèche est en train de s’ouvrir, une sorte de porte inter-mondes qui s’ouvre un court instant, et nous avons l’opportunité de changer de monde, de modifier le cours des choses et l’ordre établi... Retournons la « stratégie du choc » à notre avantage à nous, le petit peuple des humanoïdes... 
Alors ?… Qui veut bosser deux fois plus pour une durée indéterminée afin de remettre debout l’ancien monde ? Qui veut sauver un système économique qui se nourrit et prospère sur la destruction de la planète ?
Les « dirigeants » nous annoncent déjà qu’il faudra « relancer l’économie 
», celle dont ils détiennent les clés et l’idéologie. Nous aurons juste le droit de nous taire et le « bonheur » d’accumuler un nouveau petit tas de merdes consuméristes... Un petit tas de merdes qui nous appartiendra. Certes. Alors que même le sens de nos existences nous échappe, alors que nous ne sommes même pas responsables ni propriétaires de nous-mêmes.
Nul doute qu’après cela il va falloir « retrousser nos manches », mais aussi « agiter nos méninges », et « se sortir les doigts du cul ».
Si on en profitait pour repartir sur de bonnes bases et redéfinir, ensemble, nos essentiels ?…
Et certain/e/s d’entre nous auront grandement besoin de repos, de vacances, d’attention.
Réfléchissons bien, faisons un effort pour imaginer, penser un autre paradigme, allons-y, lâchons nous, l’imagination c’est sans risque et sans limite... Mais c’est un terreau fertile.



À demain, si vous le voulez bien  !

dimanche 29 mars 2020

Cagnotte pour les obsèques d’Aïcha, caissière à Carrefour (Saint-Denis), morte à 52 ans du Covid 19


Elle s’appelait Aïcha Issadounene, elle était caissière et déléguée syndicale CGT au Carrefour de Saint-Denis, à côté de la basilique, elle est morte à l’âge de 52 ans, emportée par le Covid 19. Bien que fréquentant assez peu ce magasin, je me souviens avoir échangé quelques mots (et quelques blagues vaseuses) avec elle lors d’un passage en caisse.
Des amis de sa famille ont mis en place une cagnotte pour aider à surmonter les coûts exorbitants des obsèques. Et l’indicible supplément de chagrin qui consiste, aux temps du coronavirus galopant, à ne pas pouvoir se recueillir, ne serait-ce que quelques instants, devant le corps de ses proches.

Suite au décès de Aicha Issadounene ma collègue, ma soeur, ma maman ce 26 mars 2020, j'ai décidé à mon tour d'être là pour sa famille, comme elle l'avait été pour tout le monde. en organisant une collecte de fonds.
Cette quête sera d'autant plus utile, voir même extrêmement utile, quelque soit le montant récolté, pour la famille de Aïcha, vu le coût exorbitant des frais d'obsèques. 
Donc dans un esprit d'entraide et de solidarité, comme elle en a fait elle-même souvent preuve pour autrui, j'ai décidé de mettre à contribution nos amis communs, familles et relations qui souhaiteraient l'aider. D'avance merci pour sa famille. Leïla Benfatoune.

vendredi 27 mars 2020

Ce matin, en me réveillant, je pleure, par Elise Cordier, infirmière à Besançon (Journal d’un confiné #11)


Je partage ce matin le texte d’Elise Cordier, infirmière à Besançon, publié sur sa page Facebook.

Ce matin, en me réveillant, je pleure. En déjeunant, je pleure. En me préparant, je pleure. En conduisant jusqu'à mon travail, je pleure. Là, dans les vestiaires de l'hôpital, je sèche mes larmes. 
J'inspire. J'expire. 
Les gens dans les lits pleurent aussi, et c'est à moi qu'il incombe de sécher leurs larmes. De leur faire une petite blague, de leur dire un petit mot, histoire de les faire sourire un peu. Oublier une seconde qu'ils sont là, coupés du monde, une épée de Damoclès au dessus de la tête. Tout ceux qu'ils voient sont habillés intégralement, masqués, protégés, c'est anxiogène. Ils se sentent seuls, abandonnés. 
Alors j'inspire, j'expire. 
Je reviens dans la chambre pour la troisième fois, et tant pis si on me dispute pour le gâchis de blouse, parce que leur code wifi ne marche pas et que c'est leur seul moyen d'être en contact avec leurs proches : les visites sont interdites, le réseau téléphonique ne passe que très mal dans la chambre. Ils pleurent, parce que tout le monde s'inquiète et que du coup, ils s'inquiètent aussi, mais veulent avant tout rassurer. 
Alors j'inspire, j'expire.
Et je rassure aussi, même si juste avant le médecin m'a dit que ça puait et qu'il allait probablement finir la soirée en réa, un tuyau au fond de la gorge. Je parle du temps qu'il fait, comme un pied de nez de l'univers en période de confinement, mais je ne parle pas de tous ces gens dehors qui ne respectent pas ces nouvelles règles. 
A quoi bon dire à ce patient, médecin généraliste, qu'on croise des gens dans la rue, masque FFP2 inutile et incorrectement mis sur le nez, alors qu'un tel dispositif lui aurait évité à lui de se retrouver dans un lit d'hôpital. 
A quoi bon dire à ce patient que, pendant qu'il est là à attendre de savoir ce que le destin lui réserve, tout le monde dehors lui crache à la gueule. 
Pendant qu'il est là à progressivement mais rapidemment passer des lunettes à oxygène au masque à haute concentration à la machine de VNI jusqu'à devoir aller en réa se faire intuber, à condition qu'il y reste de la place, les gens débattent de la distance autorisée pour faire leur jogging et de si ils peuvent promener leur chien à deux.
Alors j'inspire, j'expire. 
Je gère les sorties, de bonnes ou de mauvaises augures, les entrées. Le flux interminable de patients, en plus ou moins bon état. Je marche, je cours, je vole, ma charlotte me fait mal au front, mon masque me fait mal au nez et me donne la tête qui tourne, l'élastique de mon masque, couplé à mes deux paires de lunettes, me fait mal aux oreilles, mes mains me font mal à force de les laver. 
Mais je prends des tensions, je scope, je prends des températures, des saturations, je perfuse, je fais des prises de sang, des dépistages, je réfléchis, surtout. 
Je réfléchis à comment regrouper mes soins pour éviter le gâchis de matériel d'habillage, je réfléchis à comment donner des nouvelles aux familles qui appellent sans trop inquiéter mais sans non plus minimiser, on ne sait jamais, je réfléchis à combien de temps je vais pouvoir tenir à ce rythme. 
Je réfléchis au fait qu'on n'est pas encore arrivés au pic de l'épidémie, par ici. 
Je réfléchis à ce moment inévitable où il n'y aura plus rien pour s'habiller et se protéger correctement, je réfléchis à ce moment inévitable où il n'y aura plus de place en réa et où il faudra dire à ce patient, à sa famille, qu'on ne peut plus rien faire pour lui si ce n'est espérer, et le soulager. 
Alors j'inspire, j'expire. 
Ma journée de travail se termine et je passe le relais à un collègue. Je me change. Je prends ma voiture. Je rentre chez moi. 
Je n'allume pas la télé, qui ressasse en boucle le nombre de nouveaux décès. J'essaie de rester loin des réseaux sociaux, qui ressassent en boucle les débats futiles des gens face à leur confinement. Je lis les messages de mes proches, qui me donnent du courage, et je rassure, encore.
Je lis les initiatives telles que les applaudissements collectifs à 20h et je pense "au lieu de m'applaudir, j'espère que vous êtes plutôt resté chez vous aujourd'hui, comme il vous l'a été demandé". Au lieu de nous applaudir, j'espère que vous n'oublierez pas et que vous arrêterez de nous cracher à la gueule. 
Alors j'inspire, j'expire, et j'espère. 

Je ne suis pas une super-héroïne, je ne fais que mon travail, et j'ai besoin de tout le monde pour qu'il soit facilité : restez chez vous au maximum, arrêtez de chercher (et donc trouver) des excuses à la con pour sortir de chez vous 12 fois par jour, même si "oui mais je fais attention".
Profitez de votre canapé, de vos jeux vidéos, de votre foyer, faites du ménage et de la cuisine avec toutes vos pâtes, pensez à tous ces lundis où il a été si difficile de sortir de chez vous. 
Inspirez, expirez, et ce sera plus facile pour tout le monde. 
Inspirez, expirez, puisque vous avez la chance de pouvoir le faire.
À demain, si vous le voulez bien  !

jeudi 26 mars 2020

L’incroyable et extravagant secret de Sibeth Ndiaye ! (Journal d’un confiné #10)

C’est une belle histoire comme on voit trop peu, et qui fait chaud au cœur en ces temps tragiques… Un tiers de la planète confinée. Plus aucun avion dans l’air. Des autoroutes désertes. L’exode insupportable de Parisiens contraints de fuir la capitale. Une épée de Damoclés suspendue au-dessus de milliers de gens, notamment dans les maisons de retraite. L’interdiction de dire adieu à ses proches. Le personnel soignant au bord de la rupture. Des faillites en perspective. L’armée française incapable de construire un hôpital de campagne de plus de trente lits. Un ministre de l’Agriculture qui propose d’envoyer les coiffeurs aux champs. Une ministre morte de trouille à l’idée d’être tondue à la Libération…
  Bref, vous ne le savez que trop : nous vivons des temps dramatiques. Les ravages du coronavirus et l’incurie criminelle du gouvernement Philippe Macron ouvrent des perspectives glaçantes, dont nul ne saurait dire quelles en seront les conséquences. Mais le défaitisme ne sied pas à notre grand pays, et pendant la crise, les progrès prodigieux de la science continuent à donner d’étonnants résultats. À l’image de cette nouvelle incroyable, véritable coup de tonnerre dans le quotidien anxiogène où nous sommes confinés.

Une équipe de chirurgiens de l’hôpital de Bicêtre, au sud de Paris, le fameux “KB”, référence en matière de douleurs neurologiques, vient de réussir ce qu’aucun auteur de science-fiction, aucun scénariste hollywoodien n’auraient même imaginé, tellement la chose paraissait impensable : la greffe du cerveau. On peut vivre avec le rein, le cœur, les poumons, le foie, le pancréas, les intestins, la peau, les artères, les veines, les os, la cornée, les cheveux d’un autre. Mais la greffe du cerveau était réputée impossible. Pourtant, depuis plusieurs années, et dans le plus grand secret, une équipe de neurochirurgiens dirigée par le Pr Fernand Wouters y travaillait. Et nous sommes aujourd’hui en mesure de vous livrer l’incroyable nouvelle : elle a parfaitement réussi !
L’opération, qui s’est déroulée à l’automne 2019, vient seulement d’être révélée. La malade, une femme de 40 ans, souffrait depuis longtemps d’une maladie neurologique rare, la syringomyélie, doublée d’une malformation d’Arnold-Chiari. Son état s’était aggravé au point qu’elle ne pouvait en même temps parler et se déplacer. L’un ou l’autre, mais pas les deux à la fois. La syringomélie, maladie rare caractérisée par la formation anormale d’une ou plusieurs cavités dans la moelle épinière, peut avoir des conséquences fâcheuses : agnosie (trouble de la reconnaissance des objets), prosopagnosie (trouble de la reconnaissance des personnes), agueusie (perte du goût), anosmie (perte de l’odorat), insensibilité à la chaleur, paralysie, etc.
Si l’opération a parfaitement réussi d’un point de vue neurobiologique, elle n’a, hélas, pas permis à la patiente de guérir de certains troubles, en l’occurence un trouble rarissime, la schizodyslexie à rhétorique inversée, qui touche environ une personne sur 500.000 et consiste à énoncer systématiquement le contraire de ce que vous voulez dire (qu’on ne confondra pas avec la fameuse et beaucoup plus répandue “langue de bois”, qui consiste à dire n’importe quoi pour ne pas avoir à répondre à la question qu’on vous a posée).
La chose serait passée inaperçue si la patiente avait été une parfaite inconnue. Mais cette femme, dans son malheur, a eu beaucoup de chance. Et quelques relations ne l’ont pas oubliée, qui se sont chargées de transmettre son dossier… à l’Élysée ! Oui, vous avez bien lu : l’ÉLYSÉE. Le conseiller ambiance de Philippe Macron, pas fou, a vu en Mme Sibeth Ndiaye – c’est le nom de la patiente – la personne idéale pour porter la parole du gouvernement et, en même temps, dire tout et n’importe quoi. En conséquence de quoi les “réseaux sociaux”, tout à leur névrotique dénigrement antimacronien, perdent un temps précieux à reprendre les insanités de la dame. Ce que le grand stratège des communicants Jacques Seguela – paix à son âme – appelait en d’autres temps la “stratégie de rupture sémantique” largement inspirée de la stratégie de “rupture” de l’avocat Jacques Vergès. Vous ne voulez pas qu’on parle d’un sujet sensible ? Envoyez un missile de contournement !
Ainsi donc, quand Sibeth Ndiaye dit : Je circule avec ma voiture de fonction et je suis solidaire des grévistes, il faut comprendre : Je ne conduis pas ma voiture de fonction mais je me fous totalement des grévistes. Essayez avec n’importe laquelle de ses déclarations hallucinantes, vous verrez, ça marche à tous les coups !
Vous vous demandiez comment Sibeth Ndiaye pouvait à ce point dire et raconter les choses les plus hénaurmes qui se puissent imaginer ? À présent, vous savez.


À demain, si vous le voulez bien  !