dimanche 23 juin 2019

Le Mystère de la chambre jaune 2.0 (ou la revanche du chat de Schrödinger)

Cette nuit, un individu étrange m’a visité dans un rêve, et d’un ton cauteleux, il m’a dit :
– Ne te laisse pas abattre, repose-toi, ton esprit est encore plein de vigueur, et quand tu seras débarrassé de toutes tes scories vitupérines, raconte l’histoire incroyable de la secte des influenceurs 2.0 qui t’empêchas de libérer le chat de Schrödinger et faillit plonger ton printemps bénuchot dans le grand hiver.
– Qu’est-ce que c’est encore que ces conneries ! dis-je à ce mystérieux visiteur, qui me souffla alors à l’oreille :
– Puisque tu es sceptique, je vais te donner un titre… Tu appelleras cela “Le Mystère de la chambre jaune 2.0”.

– Qu’est-ce que c’est que ce titre à la noix !

– Si ça ne te plaît pas, tu n’as qu’à appeler ça Le Mystère de la chambre jaune 2.0 (ou la revanche du chat de Schrödinger) !
– Comment ça, la revanche ? Je voulais le libérer, je n’ai pas pu…
– Je t’offre une deuxième chance ! fit la voix cauteleuse.
Et je me réveillai, atterré par ce rêve dont les conséquences risquent de me mener directement dans… l’antre de la folie ! Que faire ? Écrire ? Je n’en ai plus envie. Ne pas écrire ? Je n’en ai point non plus envie. L’été porte conseil, on verra bien.

lundi 17 juin 2019

On n’arrête pas le printemps (bénuchot) !

Samedi 8 et dimanche 9 juin se tint donc, pointe Poulmarch, loin des médias (à l’exception notable de Télérama.fr), le premier (et dernier) Printemps bénuchot. Il fut à la fois magnifique et éprouvant (pour votre serviteur), pour des raisons indépendantes de ma volonté, dues à la présence des crétins-influenceurs  de Papagayo.communication, qui s’étaient installés là sous la moindre autorisation (alors que nous disposions de celles de la Mairie de Paris, de la préfecture de police et du syndic de copropriété du mur de street-art), empêchant nos attachées de fresque Audrey et Hélène Malherbe de réaliser la fresque envisagée, laquelle fut recouverte, 24 heures plus tard (record battu à la pointe Poulmarch !).
Nicolas Jaillet, Liz Cherhal, J.-J. Reboux

En attendant que je reprenne mes esprits (je me suis pris une grosse mandale dans la tronche de la part d’un vigile décérébré, ce qui fait très mal, et aussi très peur – car, non content de privatiser sans vergogne l’espace public, Mme Carine Arasa et ses amis disposent de suffisamment d’argent pour se payer les services de vigiles – pour vous narrer comment se passa ce magnifique festival, qui se termina en chansons, avec Nicolas Jaillet, Liz Cherhal et Morvan Prat, vous pouvez lire le compte-rendu de Jocelyne Hubert sur le site Fondu au noir, qui critiqua sur ce même media le roman L’Esprit Bénuchot, lors de sa sortie avortée, en 2016.

jeudi 6 juin 2019

Les invités du Printemps bénuchot. Michel Chevron

Depuis Fille de sang (Canaille, 1993) et Séraphine l’adolescente massacrée qui se métamorphose en lionne vengeresse, Les Purifiants et son terrifiant tueur de la Mafia obèse et mélomane (1995), J’irai faire Kafka sur vos tombes et ses vampires ténébreux (Le Poulpe, 1996), Gavial poursuite et son incursion dans le domaine de la SF (1997) jusqu’à Icône (2007) où le suicide manqué de Richard Lenoir s’accompagne d’un singulier flash-back dans la Rome antiqueMichel Chevron construit une œuvre originale dans le polar français, saluée dès ses débuts par la critique et les festivaliers (La Roche-sur-Yon, Saint-Nazaire, Lamballe, Frontignan). Mais pas par les collections de poche, qui ont sans doute des chats plus juteux à fouetter…
On connaît le goût de Chevron pour la démesure, le baroque, et son efficacité à créer des galeries de personnages tous plus effrayants, monstrueux, hénaurmes, parfois grotesques, parfois fragiles. Le tout ciselé avec une précision d’horloger, quasi-mécanique, ce qui n’est peut-être pas le fruit du hasard quand on sait qu’avant d’enseigner la mécanique et de devenir écrivain, Michel Chevron fut ouvrier ajusteur !
  Mother Feeling, son septième roman, ne déroge pas à la règle. Chevron transcende les codes du thriller avec une langue vive et fleurie, qui donne au roman sa force, sa profondeur, et sa noirceur… Car dans les romans de Chevron, on meurt et on tue aussi vite que l’on vit, et la noirceur y est toujours souveraine.
  Rodolphe Dendron, jeune photographe, vit aux crochets de sa mère, dans le souvenir éploré de sa fiancée, tombée depuis cinq ans entre les griffes du mystérieux Nain jaune, dont on comprend vite que ses intentions ne sont guère pacifiques. Il passe ses nuits sur Mother Feeling, un site de rencontres fréquenté par des femmes cherchant un géniteur pour leur futur bébé, ce qui ne va pas sans poser quelques problèmes… éthiques ! Embauché par la CRS (Cellule Rainer Strauss) comme chasseur de dettes, Dendron fait équipe avec Bekrit, un ancien policier kabyle qui a quitté le métier après avoir été traumatisé par des meurtres de bébés. Au cours d'une intervention musclée, il découvre des 7 de carreau malodorants chez Louise Parmentier, avec qui il va vivre des amours torrides, et dont le fils pourrait être… une victime du Nain jaune !
  Tel est le point de départ de "ce thriller étourdissant, où la cruauté est tempérée par le bel humour décapant de l'auteur", pour reprendre les mots de Serge Safran, son éditeur.
Mother Feeling, de Michel Chevron (Serge Safran éditeur), 292 pages, 21 €

Les invités du Printemps bénuchot. Patrick Mosconi, peintre et romancier

Patrick Mosconi est invité au Printemps bénuchot sous la double casquette d’artiste peintre et d’écrivain. Ce qui signifie qu’il sera coupé en deux (dédicace + fresque), prouvant que les états superposés chers à Schrödinger peuvent tout à fait s’appliquer à la vie macroscopique !
Comme le rappelle Paul Maugendre dans sa chronique sur la réédition de Nature morte (La Table ronde, collection La Petite Vermillon) en rappelant la liste longue comme le bras des auteurs de polar reconnus découverts par lui (Pouy, Raynal, Benacquista, Fajardie, Jonquet, etc.), Mosconi fut aussi éditeur dans la collection Sanguine et au Fleuve noir.
Son dernier roman On ne joue pas avec le diable (Calmann-Lévy) donne le ton de la première table ronde, Le diable est dans les détails, avec Michel Chevron et Alexandre Dumal. Mais revenons à Nature morte pour faire un très étrange constat…
Nature morte présente avec le roman dont la mort en bas-âge vaut au Printemps bénuchot d’exister quelques curieuses analogies : le personnage est chauffeur de taxi, et comme Jules Bénuchot, il fait ce qu’il lui plaît dans son habitacle, c’est-à-dire qu’il lui arrive de refuser des clients. Comme Bénuchot et sa Schrödinguette, Detmer possède une chatte, Prune, qui apparaît et disparaît, ce qui est, après tout, le propre des chats domestiqués. Enfin, comme Bénuchot, Detmer a connu la sinistre guerre d’Algérie en tant qu’appelé du contingent. La comparaison s’arrête là, puisque le héros de Mosconi est un tueur à gages, qui va devoir éliminer un militaire qu’il a bien connu en Algérie, le ressort de l’intrigue s’appuyant sur le fonctionnement des démocraties et le terrorisme d’État de l’époque, ainsi que le fait remarquer son éditeur, Jérôme Leroy. Et il est permis de se demander si cela a vraiment changé… (On ne répondra pas à cette question, des fois que les mules de la DGSI traîneraient l’oreille, qu’elles sont, ces temps-ci, assez chatouilleuses, sur ce blog.)
Patrick Mosconi peint, aussi, beaucoup (une œuvre par jour ?), des œuvres charnelles, sur la beauté des corps, piments et pigments, couleurs éclatantes, douleurs aussi, la douleur des corps, la douleur des morts, de celle qu’ils nous laissent, et de ce qu’ils emportent. Il peint sur tous les supports et avec à peu près toutes les matières, et même (je crois) de la terre.
Avant de le retrouver sur le mur de street-art de la pointe Poulmarch, en compagnie de Patrick Pinon et de nos attachées de fresque Audrey et Hélène Malherbe, on peut retrouver ses œuvres sur sa page Facebook.

mercredi 5 juin 2019

Les invités du Printemps bénuchot. Pierre Butic, “Le Papier n’en veut pas“

Pierre Butic écrit des poèmes depuis la nuit des temps. Ce qui est tout relatif puisqu’il n’a que vingt-cinq ans. Il y a dans ses poèmes  l’incandescence du jeune homme pressé de vivre, la sagesse du désespéré et une certaine pugnacité à affronter les grandes interrogations de la vie (ou à les détourner), qui sont souvent l’apanage des grands poètes.

Son premier recueil porte un titre étrange et merveilleux, Le Papier n’en veut pas. Il en lira des extraits lors du Printemps bénuchot, samedi 8 juin à 13h et à 16h45.
Nous lui avons posé quelques questions appelant des réponses courtes, parce que le festival commence dans deux jours et qu’il reste beaucoup à faire.

Qu'est-ce que la poésie ?
La poésie est l’amour réalisé du désir demeuré désir. René Char.

Je m’adresse à Pierre Butic, pas à René Char…
Des coups d’enclume sur la barre de la mémoire. C’est une vie parallèle à la tienne.

Pourquoi la poésie ?
Obsession de la mémoire.

Pourquoi pas la fiction ?
Parce que je n’ai pas d’imagination. J’ai essayé d'écrire de la fiction, mais je n’y suis pas parvenu.

La poésie ne serait pas de la littérature ?
La poésie a des hyperboles qui ont le compas dans l’œil, tandis que la littérature a des virgules qui fomentent des coups d’État.

Et Dieu, dans tout cela ?
Je n'ai pas besoin de cette hypothèse.

Là, vous bottez en touche. Joliment, certes…
Je ne fais que citer le grand Nicolas Jaillet.

Quelque chose qui n’aurait encore jamais été dit par aucun poète pour qualifier la poésie ?
J'ai écrit un aphorisme. La poésie égrenne mon vécu sur un papier poreux. Ce serait l'épaisseur de ma nécessité l’enlaçant qui empêcherait la feuille de le boire, de le déglutir, de n’en dégorger qu’un rot creux et sans écho.

samedi 1 juin 2019

Les invités du Printemps bénuchot. Les “fantaisies limousines" de Christian Dufour

Retraité de l’Éducation nationale, titulaire d’un diplôme de pataphysique obtenu sous l’autorité de Fernand Wouters (dont on sait que Raymond Queneau le tint en grande estime), ami du spécialiste mondial de la brouette Francis MizioChristian Dufour vit tout près de Limoges. C’est à sa vigilance grammaticale que l’on doit la remarquable absence de coquilles dans l’additif L’Esprit bénuchot, la résurrection.
Pendant un an, chaque matin, il s’est imposé de publier sur Facebook un écrit (savoureux) sur le Limousin en lien avec la date du jour : traditions, événements historiques ou faits divers, personnages célèbres ou écrivains – qui pour être parfois imaginaires ne le sont pas moins... Bref, de ces chroniques, comme disait Martial au Livre premier de ses Épigrammes Sunt bonsunt quaedam mediocriasunt mala plura, / Quae legs hic aliter non fitAuite,liber (Parmi ces épigrammes que tu lis, Avitus, il y en a de bonnes, quelques-unes de passables et beaucoup de mauvaises : les livres ne se font pas autrement).
Christian ne pourra hélas pas être présent au Printemps bénuchot, suite à un accident de brouette (sans gravité, même si celle-ci chut), mais nous lirons quelques-unes de ses “Fantaisies limousines”, dont celle du 17 janvier ne déplairait pas à Jules Bénuchot s’il lui venait l‘idée de sortir des pages du roman pour prendre vie.

Le 17 janvier, 28e jour du mois de nivôse, était dans le calendrier républicain le jour du zinc.
Le zinc est, selon la pertinente formule d’Antoine Blondin, « le seul métal conducteur d'amitié ». De préférence quand il recouvre un comptoir. De bistro. Au point que, par une synecdoque vieille d’un siècle et demi et que l’on doit à Zola dans Le Ventre de Paris, « le zinc », c’est un comptoir.
Mais les plus beaux zincs étaient en étain. Leur patine qui leur donnait une merveilleuse teinte vieil argent était particulièrement attractive au soiffard que j’étais. Je crois n’avoir pas été le seul à y user mes condyles huméraux. Était-il de zinc, d’étain, ou de vil formica, ce zinc glissant comme verglas sur lequel, selon le récit qu’il m’en fit, partit en vrille le coude du défunt Marquis, accident de comptoir qui lui valut la perte irrémédiable de quelques incisives maxillaires ? Je l’ignore.
Agricole Perdiguier célébré en sa ville natale de Morières
Nous étions alors quelques-uns à prendre régulièrement la route d’Eymoutiers pour nous rendre dans une maison louée en commun où nous nous livrions aux douces délices de la méditation transcendantale et de la longue, immense et raisonnée absorption de spiritueux médicaux. Une si longue expédition imposait quelques arrêts : on ne plaisante pas avec les risques de la déshydratation. Le premier était, passé Feytiat, à La Croix-Rouge, l’Auberge de la Charmille. Le patron n’était pas n’importe qui. Pierre Louis, dit Limousin le Cœur Fidèle, était Compagnon du Devoir de Liberté, émule d’Agricol Perdiguier dont il avait donné le prénom à son fils. Il était meilleur ouvrier de France en menuiserie. Il était aussi étainier. Et quel ! Son comptoir ? une merveille. Et qui avait une histoire : il avait fait, comme son propriétaire, la Résistance. Un texte gravé dans l’étain le rappelait ; pour échapper à la réquisition des métaux, le comptoir avait pris le maquis pour n’en sortir qu’à la Libération. Autant dire que boire un coup sur pareil monument historique donnait aux consommations un goût tout particulier, et qu’il importait de les savourer avec un tel respect qu’il convenait de renouveler l’opération afin de bien s’imprégner de la solennité du lieu. 
Pierre Louis s’est éteint à l’âge de 80 ans, en 1986. Son comptoir, lui, se trouve aujourd’hui à la Cité des Métiers et des Arts de Limoges, rue de la Règle, en bordure du jardin de l'Évêché.