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samedi 28 avril 2018

Quand Pôle Emploi te convoque par téléphone, ne t'avise pas de te rendre dans ton agence, tu risques de te faire radier, mon coco !

Le 27 mars, l’émission Les pieds sur terre de Sonia Kronlund (France Culture) révélait qu’à l’agence Pôle Emploi de Saint-Denis, chaque conseiller gère 500 chômeurs, au lieu de 350 en moyenne. Voici une petite histoire qui vient de m’arriver dans cette agence, dont je dépends, et que j’ai décidé de vous narrer, tant elle confine à l’absurde, au grotesque et à l’arbitraire.
24 avril 2018, 11h05. Je me rends à une convocation de mon agence Pôle Emploi de Saint-Denis. Les locaux sont flambants neufs, il y a un joli puits de lumière au centre, et une borne ultramoderne, où tu peux prévenir l’agent qui t’attend de ton arrivée. (Je serais curieux de savoir combien sont payés les génies bac + 7 qui imaginent ce genre d’appareil coûteux et totalement inutile.) Je tape mon identifiant. La machine me répond : Désolé, monsieur, vous n’êtes pas attendu. Ce qui est somme toute logique puisque j’ai dix minutes d’avance… Je tape mon nom. Idem.
  Dépité, je file à l'accueil. Une sympathique employée me confirme que je ne suis pas attendu puisqu’il s’agit d’une convocation téléphonique. Ce que je n’avais pas réalisé. (Très old school, quasi-rétif au progrès technique qui illumine nos vies modernes, j’avais compris qu’à 11h15 pétantes mon téléphone sonnerait pour me prévenir que l’agente Machin était prête à me recevoir.) L’accueillante dame appelle sa collègue pour la prévenir de mon passage intempestif et me prie de surveiller mon téléphone, qui ne va pas tarder à sonner. À ce moment-là, deux choses se passent simultanément. Ce qui fait beaucoup pour mon petit cerveau.
  1°) Je m'aperçois que la batterie de mon portable est presque déchargée.
  2°) L’accueillante dame se lève pour porter un dossier et me dit : "Ah, justement, Mme Machin est là-bas, vous la voyez !"
  – Ah, très bien, je vais aller directement la voir, ça lui évitera de me téléphoner ! m'exclamé-je.
  – Non, non, elle va vous appeler.
  – Ça m’aurait pourtant arrangé car ma batterie est presque à plat…
  – Elle va vous appeler, ne vous inquiétez pas.
Photo Yann Mambert, Le Journal de Saint-Denis
  Avisant une prise de courant au centre du hall, je branche l’engin, tout en regardant Mme Machin disparaître dans l’escalier dans sa belle robe jaune. (Authentique.) Et j’attends, l’œil rivé au téléphone pour ne pas louper l’appel.
  Par un de ces hasards dont la vie moderne a le secret, je n’entends pas la sonnerie, à 11h27. Un message m’attend. Ici Mme Machin de Pôle Emploi, j’ai essayé de vous joindre, vous n’étiez pas là, je vous rappellerai plus tard. J’appuie sur la touche 5 (rappel du numéro). Un message enregistré m’annonce qu’il est impossible d’obtenir l’appel. Pour obtenir Pôle Emploi, faites le 3949. De retour chez moi, j’envoie un courriel à Mme Machin (sans préciser que j’ai aperçu sa gracieuse silhouette dans l’escalier), qui me répond qu’elle me rappellera le lendemain après-midi.
  Trois jours plus tard, j’attends toujours l’appel, qui ne viendra pas. Par contre, ce qui arrive, c’est ce magnifique courriel de menace de radiation, signé d’un autre agent, assorti de la classique menace de fin d’indemnisation (me concernant, le RSA, auquel je suis un fidèle abonné depuis que j’ai bazardé la SARL Après la Lune il y a quelques années).
 Alors que j’ai bien évidemment donné signe de vie à cette agente.

  Vendredi 4 mai, retour à la Normale Raison de Pôle Emploi, suite à ma protestation.
    "Je prends compte de votre demande et demande un abandon de la procédure."

  Lundi 7 mai, retournement de situation !
    "Votre conseillère étant absente [sic], je vous invite à passer à l'agence mercredi 09 Mai 2018 matin (9h00 et 11h00) afin de régulariser votre situation."
  Ah bon, ce n’était pas déjà fait ?!?

Mercredi 9 mai, dénouement (provisoire)
  Je me pointe à l’agence, et là, surprise : aucune trace de ma convocation. L’agent d’accueil, dubitatif, me demande fort aimablement, bien qu’un tantinet suspicieux quant à ma santé mentale, si je n’aurais pas, par hasard, une preuve de ladite convocation. Comme on vit à la joyeuse époque du numérique, que je n’ai pas Internet sur mon téléphone (mon côté paysan rétif) et que j’ai négligé de photographier la dite convocation, une seule solution : allumer mon ordinateur portable. Las, la bête est rétive à l’allumage. Au bout de cinq ou six minutes (pendant lesquelles la queue derrière moi s’allonge), ça plante sec, et il me faut me rendre à l’évidence : mon disque dur vient de rendre l’âme (et avec lui une quantité industrielle de fichiers que je n’ai pas pensé à sauvegarder, mais ça, c'est une autre histoire…)

Mardi 15 mai, dénouement (quasiment définitif)
  Un courriel de Pôle Emploi récapitule (avec brio) la synthèse de mon entretien professionnel qui, rappelons-le, n’a jamais eu lieu : l’actualisation de mon PPAE a bien été enregistrée. Je vais donc pouvoir continuer à recevoir des offres d’emploi d’éditeur de solutions bancaires,  éditeur de logiciels, etc, dont je suis quotidiennement abreuvé par le grand algorithme charismatique de la maison. Ouf, je l’ai échappé belle…

Vendredi 25 mai, dénouement (net et sans bavures)
  Un courriel de Pôle Emploi me demande si je souhaite poursuivre mon abonnement aux alléchantes offres d’emploi d’éditeur de solutions bancaires, éditeur de logiciels, etc… Tel de Gaulle à Londres, je réponds simplement NON. Et c’est au moment où j’appuie sur la touche envoi que mon ordinateur (tout récemment doté d’un disque dur moderne censé durer mille ans) implose (je rigole).

Pour mémoire :  le fameux "stage du lendemain" proposé en décembre 2005 par l’ANPE du 9e arrondissement (auquel j’avais pu échapper car je créais mon entreprise), qui donna naissance au livre Chômeurs, qu’attendez-vous pour disparaître ? publié en 2007 dans ma (défunte) petite entreprise. Et plus récemment (2014), une missive de Pôle Emploi m’invitant à m’autoradier, euh, pardon, à me désinscrire.

mardi 3 avril 2018

"Mother Feeling", de Michel Chevron : un thriller étourdissant et cruel

Depuis Fille de sang (Canaille, 1993) et Séraphine l’adolescente massacrée qui se métamorphose en lionne vengeresse, Les Purifiants et son terrifiant tueur de la Mafia obèse et mélomane (1995), J’irai faire Kafka sur vos tombes et ses vampires ténébreux (Le Poulpe, 1996), Gavial poursuite et son incursion dans le domaine de la SF (1997) jusqu’à Icône (2007) où le suicide manqué de Richard Lenoir s’accompagne d’un singulier flash-back dans la Rome antiqueMichel Chevron construit une œuvre originale dans le polar français, saluée dès ses débuts par la critique et les festivaliers (La Roche-sur-Yon, Saint-Nazaire, Lamballe, Frontignan). Mais pas par les collections de poche, qui ont sans doute des chats plus juteux à fouetter…
On connaît le goût de Chevron pour la démesure, le baroque, et son efficacité à créer des galeries de personnages tous plus effrayants, monstrueux, hénaurmes, parfois grotesques, parfois fragiles. Le tout ciselé avec une précision d’horloger, quasi-mécanique, ce qui n’est peut-être pas le fruit du hasard quand on sait qu’avant d’enseigner la mécanique et de devenir écrivain, Michel Chevron fut ouvrier ajusteur !
  Mother Feeling, son septième roman, ne déroge pas à la règle. Chevron transcende les codes du thriller avec une langue vive et fleurie, qui donne au roman sa force, sa profondeur, et sa noirceur… Car dans les romans de Chevron, on meurt et on tue aussi vite que l’on vit, et la noirceur y est toujours souveraine.
  Rodolphe Dendron, jeune photographe, vit aux crochets de sa mère, dans le souvenir éploré de sa fiancée, tombée depuis cinq ans entre les griffes du mystérieux Nain jaune, dont on comprend vite que ses intentions ne sont guère pacifiques. Il passe ses nuits sur Mother Feeling, un site de rencontres fréquenté par des femmes cherchant un géniteur pour leur futur bébé, ce qui ne va pas sans poser quelques problèmes… éthiques ! Embauché par la CRS (Cellule Rainer Strauss) comme chasseur de dettes, Dendron fait équipe avec Bekrit, un ancien policier kabyle qui a quitté le métier après avoir été traumatisé par des meurtres de bébés. Au cours d'une intervention musclée, il découvre des 7 de carreau malodorants chez Louise Parmentier, avec qui il va vivre des amours torrides, et dont le fils pourrait être… une victime du Nain jaune !
  Tel est le point de départ de "ce thriller étourdissant, où la cruauté est tempérée par le bel humour décapant de l'auteur", pour reprendre les mots de Serge Safran, son éditeur.
Mother Feeling, de Michel Chevron (Serge Safran éditeur), 292 pages, 21 €
Icône est disponible à la librairie Après la Lune.
Les Purifiants, Gavial poursuite et Fille de sang aux éditions Baleine.