jeudi 28 mars 2019

M. SOULARD président [de la cour de cassation] me réclame 380 € “au nom du peuple français”

Le dialogue qui suit est un résumé romancé de la rocambolesque et authentique affaire [je défie mes confrères auteurs de polar d’inventer un scénario aussi tordu] qui m’opposa, trois ans durant, à Églantine Laval, artiste (ratée), mythomane (talentueuse et culottée) et escroc (à la petite semaine), dont l’épilogue vient d’avoir lieu, avec la complicité de magistrates dont je me bornerai à dire ici qu’elles ne sont pas l’honneur – si tant est qu’il existât, a fortiori en ces temps où la répression de la révolte des Gilets jaunes fait de la magistrature le paillasson de la macronie à tendance fascitoïde – de la “justice” française.
Si vous ne connaissez pas cette lamentable affaire (où un simple “Et vous arrivez à dormir la nuit ?” glissé à l’oreille d’une frappadingue hors-catégorie se transforma en “coups de poing sur la figure”, suivis d’un procès), ou si vous souhaitez vous rafraîchir la mémoire avant de lire la scène théâtrale avec laquelle j’ai choisi de la narrer, voici les 3 actes de cette bouffonnade, qui en dit long sur la partialité, le manque de discernement, l’acharnement aberrant de certains magistrats, en l’occurence ici des magistrates, dont il est permis de penser qu’un certain désir revanchard (inconscient ? cyniquement assumé ?) contre “l’homme représentant du patriarcat” n’est pas toujours étranger à leur comportement frontal envers certains accusés de sexe masculin, qui se trouve être le mien.

ET VOUS ARRIVEZ À DORMIR LA NUIT ?
ACTE 1 ACTE 2 / ACTE 3 / ÉPILOGUE

C’est parti.
– Mon chéri, tu as du courrier !
M. SOULARD président
– Tiens donc, du courrier… Par la Poste !  C’est devenu rare ! Tu veux pas me l’ouvrir, s’il te plaît, j’aimerais bien terminer mes œufs à la coque tranquillement.
  Ma compagne, de ses doigts de fée fraîchement manucurés, lacère l’enveloppe en rugissant (elle est du signe du lion).
– C’est signé M. SOULARD président. 
– C’est pas sympa, ma biche. Il y a vraiment des gens qui portent ce nom…
– Mais je déconne pas. Dis donc, tu dois être quelqu’un d’important !
– Pourquoi tu dis ça, chérie ?
– C’est écrit RÉPUBLIQUE FRANÇAISE / AU NOM DU PEUPLE FRANÇAIS.
– Encore une blague de mes potes Gilets jaunes, je lirai ça après ma douche !
–  Ouh-la, mais tu as vraiment dû faire une grosse bêtise, toi ! COUR DE CASSATION, CHAMBRE CRIMINELLE. Tu me caches quelque chose !
– Ma biquette, qu’est-ce que tu vas imaginer ?
– Ouh-la, mais c’est grave, ça ! “M. Reboux, déclaré coupable de VIOLENCES AYANT ENTRAÎNÉ UNE INCAPACITÉ DE TRAVAIL N’EXCÉDANT PAS 8 JOURS”
– C’est des conneries, tout ça…
Amende contraventionnelle de 800 € avec sursis. Mais  c’est quoi, ce truc !
– Je peux tout te raconter, mon amour !
– Essuie ta bouche, tu ressembles à un poussin.
– J’ai été accusé par une dingue, une certaine Églantine LAVAL, de lui avoir donné des coups de poing… Devant l’entrée du tribunal, à deux mètres du vigile, tu imagines le truc !
– Quel tribunal ?
– Ce serait trop long à expliquer… Elle a tout inventé !
– Écoute-moi, chéri, c’est grave, ces accusations…
– Mais je te jure que je n’ai RIEN fait !
– Pourquoi as-tu été condamné si tu n’as rien fait ?
– C’est cette juge de Montreuil, Vanessa LEPEU ! Pour elle, un homme est potentiellement capable de frapper une femme. Capable, coupable, elle a franchi le pas ! Les flics qui nous ont confrontés ont déclaré que mon accusatrice était une mythomane, mais le parquet n’a pas classé l’affaire…
– Mais tu ne t’es pas défendu ? Tu n’avais pas d’avocat ?
– Ben si. Une avocate. Comme je suis au RSA, j’ai eu l’assistance judiciaire. Mais j’ai fait un truc très con, j’ai loupé mon procès.
– Tu as… loupé ton procès ? Tu te fous de moi ?
– Hélas non. Je me suis trompé de date, figure-toi. C’était le 13 juin, j’ai noté le 16 sur mon agenda.  J’étais fatigué, pas fait attention. Comme j’étais absent à mon procès, la salope, elle…
– La quoi ?
– La méchante ! La vilaine…
– J’aime mieux ça !
Site d’Églantine Laval. Il n’échappera à personne (sauf aux magistrats) que j’ai été le fruit de l’un de ses scénarios.
– Bref, j’ai été condamné à 800 € d’amende. Évidemment, j’ai fait appel. Et là, j’ai fait la connerie de ma vie…
– Tu as frappé la juge !!!
– Mais non, chérie ! Je me suis défendu tout seul. À force d’assister à des procès, je me suis dit La justice, c’est jamais que du théâtre. Sur ton CV,  ça aura de la gueule, allons-y, Alonzo ! Au début, ça s’est plutôt bien passé. J’étais sûr de mon droit. Bon, quand la proc a appris que j’avais été condamné pour outrage, elle a failli cracher son dentier, mais c’est surtout quand j’ai mimé, avec force décibels, la grande scène de la pseudo-agression que ça s’est envenimé. Quand j’ai crié dans le prétoire : “S’il vous plaît, madame, ce monsieur m’agresse ! J’ai besoin d’un témoin, aidez-moi !”, j’ai cru qu’elle allait lâcher les lions, la sal…
– La quoi ?
– La méchante, pardon ! Le pompon, c’est quand elle m’a proposé de couper la poire en deux avec une condamnation à 400 € d’amende… Je lui ai lancé dans les gencives, façon Dupont-Moretti : “Madame l’avocate générale, je suis innocent. Même si j’étais condamné à un centime d’euro avec sursis, je me pourvoirai en cassation !” Alors là, elle a pas du tout apprécié ! Je crois même que la présidente a lancé “la cour appréciera”.
– Abrège, tes œufs vont être froids !
– Résultat des courses : j’ai été déclaré coupable. Dans sa grande mansuétude, la juge XXX m’a accordé un amende de 800 € avec sursis. Quand je suis venu chercher la délibéré, comme elle me parlait mal, je lui ai fait remarquer que la personne à qui elle s’adressait n’était pas un chien, mais un être humain ! T’auras vu le regard qu’elle m’a lancé, cette saloperie !
– Cette quoi ?
Églantine Laval, sainte Nitouche
– Pardon. Cette vilaine…
– Et tu t’es pourvu en cassation !
– Exact.
– Et ton pourvoi a été refusé !
– Exact. Et tu sais pourquoi ? J’aurais oublié de parapher ma déclaration !
– Comment ça, tu “aurais” ? Tu l'as signée ou tu l’as pas signée ?
– En tout cas, si j’ai oublié de la signer, la greffière a étudié mon dossier pendant dix minutes, elle aurait dû s’en apercevoir, et me le dire…
– Et tu ne peux pas aller plus haut ?
– Comment ça, plus haut ? La cour de cassation est la plus haute juridiction de France. Plus haut, c’est Dieu, et il fait pas ce genre d’intervention !
– Qu’est-ce que tu vas faire ?
– Comment ça, qu’est-ce que tu vas faire ? Je ne vais pas payer, qu’elles aillent se faire foutre, ces magistrates de mes fesses !
– Tttt-tttt-tttt ! Tu vas encore avoir des ennuis, toi !
– Pardon. Ces vilaines magistrates.
– Pourquoi “magistrates” ? Il n’a pas de couilles, ton Soulard, président ?
– Tu ne devrais pas parler ainsi, chérie ! Il faut respecter les autorités judiciaires de notre pays.
– Oh, l’autre ! Voilà qu’il me la fait à l’envers… Mais dis-moi, je pense à un truc…
– Oui, chérie ?
– La dingue, là, comme tu dis… Tu as porté plainte contre elle pour dénonciation calomnieuse ?
– Eh non ! Je n’en ai pas le droit… La chose jugée faisant autorité, je suis considéré comme coupable. Même si j’ai été condamné à du sursis…
– Du sursis ? C’est pas ce qui est écrit sur son courrier, à M. SOULARD président ! Tu es condamné à verser la somme de 380 € au fisc !
– QUOI !!!
Trèves de plaisanterie. Le courrier en question émane bien de la chambre criminelle de la cour de cassation, dont le président, un certain Soulard, m’informe que, mon pourvoi ayant été rejeté (pour le motif ubuesque ci-dessus évoqué), ma condamnation à une amende de 800 € avec sursis s’accompagne du paiement d’un droit fixe de procédure de 380 €.
Qu’il n’est évidemment pas dans mes moyens, et encore moins mon intention, n’ayant ni des pieds ni des mains, et pas plus du coude, frappé la femme Laval – comme aurait dit Frédéric Pottecher –, de régler.