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mardi 31 mai 2016

Quelques minutes d’inhumanité dans le métro parisien (quelque chose de bénuchot)

La scène ci-après racontée n’est pas extraite de mon roman L’esprit Bénuchot, mais relate une situation (assez horrible humainement) vécue le vendredi 27 mai 2016 à 19h30, sur la ligne 13, quelque par entre Mairie de Saint-Ouen et Place de Clichy. Elle illustre néanmoins assez fidèlement la démarche du bonhomme, qui consiste à aller vers les gens, surtout quand on ne lui demande rien, et à remettre certaines choses en place…

Vendredi 27 mai 2016, 19h30. Ligne 13.
Wagon bondé. Un homme monte dans la rame. "Pardonnez-moi de vous déranger, je suis à la rue, je fais la mendicité, etc, etc" Occupé à envoyer un texto, je ne fais pas attention à lui. Tout à coup, des éclats de rire derrière moi. Je lève le nez de mon téléphone. Le mendiant est soumis à la question par un voyageur.
– Et que vas-tu faire de cet argent si je te donne de la thune ? Tu vas t’acheter de la drogue, c’est ça ?
Je range mon portable, je me retourne. Le mendiant est tout près de moi. Grand, maigre, le teint cireux, anorak, pas plus de vingt-cinq ans. Il n’a pas l’air en très grande forme. Il bafouille.
– Non, je, euh… À manger. Des fruits. Un sandwich.
– Tu vas t’acheter de la drogue, arrête tes conneries !
– Mais non, je…
– Mais si, tu vas t’acheter de la drogue !
Le jeune homme balbutie. Les rires redoublent. Ça commence à ressembler à un sketche pour public de Cyril Hanouna. Je me retourne. Le public : des hommes. Tous Noirs et baraqués. Au début, j’ai pensé que les rieurs étaient les potes du type, mais non.
– Mais oui, tu vas t’acheter de la came, mon gars…
Le salaud. Un jeune mec. Arabe. Trente ans. Me fait penser au supporter du PSG que j’ai vu l’autre soir gueuler : "L’OM, on t’encule !" en donnant un coup de pied dans un panneau. Le mec y va à la mitrailleuse.
– Je filerai pas d’argent à un mec qui va s’acheter de la drogue, désolé.
Les rires sont contagieux. Ça commence à bien faire. D’autant que le SDF, au lieu de s’éloigner, reste scotché à son agresseur. Je me lève comme une toupie, je regarde l’enfoiré dans les yeux.
– Tu veux pas fermer ta grande gueule, dis ! Personne ne te force à lui donner de l’argent. Et ce qu’il en fera ne te regarde pas !
Le gugusse est surpris par mon ton véhément. S’en suit un dialogue de sourds dans la rame à l’arrêt. Les voyageurs ne mouftent pas. C’est toujours cela qui m’étonne le plus dans ce genre de situation. Le silence total. Certains arrivés en cours de route se demandent pourquoi je vitupère. J’en remets une couche. Le jeune SDF est tellement effrayé qu’il renonce à continuer à faire la manche. Il s’apprête à descendre. Je le retiens par la manche (ah, ah!).
– Non, attends, je vais te donner un peu de fric.
– Ah, ah, tu vas lui donner du fric ! Et pourquoi tu lui a pas donné avant, ah, ah ! Et il va s’acheter de la drogue, tu vas être content…
Je sors mon portefeuille. Je n’ai qu’un billet de 10 €. Je le tends au jeune mec, qui me regarde avec des yeux ébahis, l’air de dire, non, c’est beaucoup trop.
Je lève mon billet vers le salaud.
– Tu vois, mec, grâce à ta connerie, il aura encore plus d’argent pour s’acheter de la drogue. 10 €. Prélevés sur mon RSA.
– C’est ça. Il va remplir son frigo avec de la drogue !
– Et toi, tu devrais remplir ton cerveau avec des neurones. Si tu sais ce que c’est.
 Les Noirs rigolent mais le rire a changé de camp. Le gugusse continue à déblatérer.  (Il est un chouïa simplet, mais cela ne change pas grand-chose au problème.) Avant de descendre sur le quai, le jeune gars me fait coucou de la main, avec un sourire triste. Le métro repart. Un autre jour, je serais descendu avec lui pour faire un brin de causette, mais bon, je ne suis pas dans un jour tout à fait bénuchot. Avant de quitter la rame à la station suivante, je lance au type, qui continue à déblatérer :
  – Je te souhaite de te retrouver un jour à la rue comme lui. Bouffon !
Bouffon, c’est comme crétin. Ça soulage celui qui le dit, et ça calme celui qui l’est.

jeudi 19 mai 2016

Patrice Leconte a lu "L’esprit Bénuchot"


Comme toujours, le fidèle Patrice Leconte, dont Le mari de la coiffeuse figure dans mon panthéon des petites merveilles cinématographiques, est le premier à réagir des 137 cinéastes à qui j’envoie mon dernier roman, dans l’espoir que, peut-être, une adaptation…
Voici ce qu’il m’écrit à propos de L’esprit Bénuchot.

Cher Jean Jacques Reboux,

Comme je n’aime pas faire traîner les choses, j’ai pu lire votre Esprit Bénuchot.
Lecture agréable, certes, mais me voilà bien perplexe. Car je ne suis jamais arrivé à m’attacher à ce vieux Bénuchot pourtant haut en couleurs, ni à Léa, avenante et maline, et qui devrait pourtant me séduire. Comment expliquer cela ? Je sais bien qu’une lecture est toujours très subjective (il en va de même pour les films, la musique, la peinture, etc), mais, en principe, me connaissant, j’aurais dû être touché par votre histoire, par le décor de ce canal Saint-Martin tellement cinématographique, par l’ambiance générale, si singulière, par le ton adopté, par toutes ces choses a priori si séduisantes.
Mais justement, le ton (le style) est sans doute à la base de mon ressenti étrange, cette impression d’avoir le cul entre deux chaises, à cause du mélange de la légèreté, de la cocasserie, du saugrenu, et de la passion quantique (archi trapue) de votre Jules.
En principe, ce genre de mélange ne peut que me plaire. Et puis là, non, ça ne prend pas. Ce qui est, bien entendu, une affaire purement subjective, comme toujours, et qui ne remet nullement en cause les qualités de ce que vous avez écrit.
Pardon pour ce retour décevant.
Ne m’en veuillez pas. Pas trop.
Bon courage pour tout.
Patrice Leconte

vendredi 13 mai 2016

La plainte de Brigitte Lamy (la magistrate qui estimait que la police a le droit de crever les yeux des manifestants à Nantes) classée sans suite

Oyez, oyez !
La plainte de Brigitte Lamy, qui me poursuivait pour avoir écrit un papier intitulé "Brigitte Lamy, la procureure de la République qui estime que la police a le droit de crever les yeux des manifestants", a été classée sans suite par le parquet de Saint-Nazaire car il y avait PRESCRIPTION. Oui, mon général, vous avez bien lu, PRES-CRIP-TION ! Ce qui signifie, en clair, que Mme Lamy, qui classe sans vergogne la plainte de personnes désireuses d’obtenir justice après avoir été gravement blessées par des policiers lors d'une manifestation, n'est pas non plus très douée pour poursuivre correctement un individu qui se moque sans vergogne de ses facultés à rendre la justice parce qu’elle ne porte pas de très bonnes lunettes.

La "justice", une affaire de point de vue
On sait bien, en effet, dans une France où un ancien président qui devrait dormir en prison peut pérorer dans les médias (et à susciter l'admiration de tarés congénitaux et le silence de journalistes morts de trouille), où les violences policières, le racisme, les remugles du fascisme, la corruption, l’indignité d'un personnel politique uniquement intéressé par ses intérêts personnels et sa réélection, et la "déchéance de moralité" en général [le terme est de moi] ont atteint des sommets inquiétants, on sait bien, dans cette France-là, que tout est affaire de point de vue, selon que vous placez du côté du pouvoir et de ce que l’on appelle à tort l’ordre (car l’anarchie, c’est aussi l’ordre, messieurs les  gouvernants !), ou du côté de ceux qui luttent contre le capital allié au pouvoir (loi El Khomeri, Notre-Dame-des-Lances, Good Years, etc).

Brigitte Lamy va pouvoir s’acheter de nouvelles lunettes !
Mais à quelque chose malheur est bon ! Brigitte Lamy n'a pas réussi à me faire condamner ! Cela ne l'a pas empêchée d'obtenir une promotion, puisqu’elle  a été nommée le 5 avril procureure générale près de la Cour d'appel d'Angers, avec, paraît-il, une augmentation de salaire conséquente qui lui permettra, espérons-le, de s’acheter de nouvelles lunettes afin de mieux faire la différence entre des violences policières "dures" (par exemple, un CRS qui crève l'œil d'un manifestant) et des violences policières "molles" (un CRS qui dégoupille négligemment une grenade lacrymogène ou donne un malheureux coup de matraque à un manifestant).
N'étant pas, mais alors pas du tout, d'un naturel rancunier, je lui souhaite donc bonne chance dans ses nouvelles fonctions !

Un juge qui condamne à 2 mois de prison ferme un homme qui a volé un paquet de riz et un paquet de nouilles dort-il bien la nuit ?
Dans le droit fil du papier qui m'avait valu d'être poursuivi par cette dame, je me permets d’accueillir, au hit-parade des magistrats soucieux de se ranger du "bon côté" de la matraque et d'assurer une justice de classe, qui renvoie au siècle des  "Misérables", ce juge de Cahors, qui vient de condamner un homme de 18 ans ayant volé un paquet de nouilles et un paquet de riz à deux mois de prison ferme ! Qui est cet homme (ou cette femme) ? Éprouvera-t-il (elle) une petite jouissance séminale en ouvrant son pâquet de pâtes Lustucru en rentrant du travail ? Dort-il (elle) bien la nuit ? En voilà une question qu'elle est bonne ! Critiquer la justice en tant qu'entité, c’est bien. Et c'est salutaire. Mais ce n'est pas suffisant. Il me semble important de dire qui sont ceux qui la rendent (ou ne la rendent pas), parfois en allant bien au-delà de ce que devrait leur imposer le bon sens et l'esprit de justice, théoriquement liés à des dispositions figurant dans le Code pénal. (Où est-il écrit qu'un homme ayant volé un paquet de nouilles devra dormir en prison?) Je pense à ce préfet qui ordonna une perquisition chez des maraîchers bio en Dordogne, au motif qu'ils avaient été signalés deux ans plus ans à une manif contre l'aéroport Notre-Dame-des-Landes, mais les exemples sont légion, de ces magistrats, préfets, etc, dans le cerveau doit salement schlinguer. Il faut – on devrait – les citer nommément. Et ne pas se contenter de dire : "le tribunal de Cahors a condamné…" Non, ce n'est pas "le tribunal de Cahors" qui condamne un homme qui a volé un paquet de nouilles à deux mois de prison ferme, c'est un magistrat.   Ou un collège de magistrats, comme lors du jugement de relaxe du tribunal de Bobigny à l'égard du flic qui a tué d'une balle dans le dos Amine Bentounsi, (pour lequel le Parquet a fait appel). Cela dit, pour des raisons "personnelles", je passe mon tour, et je me garderai bien de poser cette question, car la dernière fois que je l'ai posée, cela m'a conduit, dangereux récidiviste que je suis, devant les tribunaux…
Sainte-Églantine-de-Montreuil

"Et vous arrivez à dormir la nuit ?" La question qui peut vous mener devant les tribunaux.
En effet, d'autres aventures judiciaires m'attendent, puisque le 16 juin 2016 à  9 h, je comparais devant le tribunal d'instance de Montreuil-sous-Bois (Seine-Saint-Denis) pour violences volontaires, poursuivie par une mythomane notoire dénommée Églantine Laval. Pour avoir posé à cette personne la question que l'on aurait envie de poser à tous ces salauds ci-avant évoqués la question qui tue : "Et vous arrivez à dormir la nuit ?" On pourra lire les détails de cette affaire ahurissante, où je suis poursuivi par le parquet de Montreuil, bien que les policiers m'ayant auditionné aient constaté que la "victime" était une affabulatrice en cliquant ICI.

mardi 10 mai 2016

Le métro parisien : naissance d'une vocation bénuchote


La passion de Jules Bénuchot pour Paris naquit dans le métro parisien, qu'il prit pour la première fois seul l'année de ses dix ans, à l'automne 1942. Et pour la dernière fois le 14 juillet 1999, pour des raisons qui seraient trop longues à expliquer ici.
Entre ces deux dates, il rencontra des milliers de voyageurs, dont un certain nombre se retrouveront dans ses carnets…