Où il est question des choses me passant par la tête, y compris celles n’ayant rien à voir avec la littérature, telles que ma PASSION (platonique) pour les POULES, mon amour de la LANGUE BÉNUCHOTE et mon AVERSION (épidermique) pour les POULETS.
Cette nuit, un individu étrange m’a visité dans un rêve, et d’un ton cauteleux, il m’a dit :
– Ne te laisse pas abattre, repose-toi, ton esprit est encore plein de vigueur, et quand tu seras débarrassé de toutes tes scories vitupérines, raconte l’histoire incroyable de la secte des influenceurs 2.0 qui t’empêchas de libérer le chat de Schrödinger et faillit plongerton printemps bénuchotdans le grand hiver.
– Qu’est-ce que c’est encore que ces conneries ! dis-je à ce mystérieux visiteur, qui me souffla alors à l’oreille : – Puisque tu es sceptique, je vais te donner un titre… Tu appelleras cela “Le Mystère de la chambre jaune 2.0”.
– Qu’est-ce que c’est que ce titre à la noix !
– Si ça ne te plaît pas, tu n’as qu’à appeler ça “Le Mystère de la chambre jaune 2.0 (ou la revanche du chat de Schrödinger) ! – Comment ça, la revanche ? Je voulais le libérer, je n’ai pas pu… – Je t’offre une deuxième chance ! fit la voix cauteleuse.
Et je me réveillai, atterré par ce rêve dont les conséquences risquent de me mener directement dans… l’antre de la folie ! Que faire ? Écrire ? Je n’en ai plus envie. Ne pas écrire ? Je n’en ai point non plus envie. L’été porte conseil, on verra bien.
Samedi 8 et dimanche 9 juin se tint donc, pointe Poulmarch, loin des médias (à l’exception notable de Télérama.fr), le premier (et dernier) Printemps bénuchot. Il fut à la fois magnifique et éprouvant (pour votre serviteur), pour des raisons indépendantes de ma volonté, dues à la présence des crétins-influenceurs de Papagayo.communication, qui s’étaient installés là sous la moindre autorisation (alors que nous disposions de celles de la Mairie de Paris, de la préfecture de police et du syndic de copropriété du mur de street-art), empêchant nos attachées de fresque Audrey et Hélène Malherbe de réaliser la fresque envisagée, laquelle fut recouverte, 24 heures plus tard (record battu à la pointe Poulmarch !).
Nicolas Jaillet, Liz Cherhal, J.-J. Reboux
En attendant que je reprenne mes esprits (je me suis pris une grosse mandale dans la tronche de la part d’un vigile décérébré, ce qui fait très mal, et aussi très peur – car, non content de privatiser sans vergogne l’espace public, Mme Carine Arasa et ses amis disposent de suffisamment d’argent pour se payer les services de vigiles – pour vous narrer comment se passa ce magnifique festival, qui se termina en chansons, avec Nicolas Jaillet, Liz Cherhal et Morvan Prat, vous pouvez lire le compte-rendu de Jocelyne Hubert sur le site Fondu au noir, qui critiqua sur ce même media le roman L’Esprit Bénuchot, lors de sa sortie avortée, en 2016.
Depuis Fille de sang(Canaille, 1993) et Séraphine l’adolescente massacrée qui se métamorphose en lionne vengeresse, Les Purifiants et son terrifiant tueur de la Mafia obèse et mélomane (1995), J’irai faire Kafka sur vos tombes et ses vampires ténébreux (Le Poulpe, 1996), Gavial poursuite et son incursion dans le domaine de la SF (1997) jusqu’à Icône (2007) où le suicide manqué de Richard Lenoir s’accompagne d’un singulier flash-back dans la Rome antique, Michel Chevron construit une œuvre originale dans le polar français, saluée dès ses débuts par la critique et les festivaliers (La Roche-sur-Yon, Saint-Nazaire, Lamballe, Frontignan). Mais pas par les collections de poche, qui ont sans doute des chats plus juteux à fouetter…
On connaît le goût de Chevron pour la démesure, le baroque, et son efficacité à créer des galeries de personnages tous plus effrayants, monstrueux, hénaurmes, parfois grotesques, parfois fragiles. Le tout ciselé avec une précision d’horloger, quasi-mécanique, ce qui n’est peut-être pas le fruit du hasard quand on sait qu’avant d’enseigner la mécanique et de devenir écrivain, Michel Chevron fut ouvrier ajusteur ! Mother Feeling, son septième roman, ne déroge pas à la règle. Chevron transcende les codes du thriller avec une langue vive et fleurie, qui donne au roman sa force, sa profondeur, et sa noirceur… Car dans les romans de Chevron, on meurt et on tue aussi vite que l’on vit, et la noirceur y est toujours souveraine.
Rodolphe Dendron, jeune photographe, vit aux crochets de sa mère, dans le souvenir éploré de sa fiancée, tombée depuis cinq ans entre les griffes du mystérieux Nain jaune, dont on comprend vite que ses intentions ne sont guère pacifiques. Il passe ses nuits sur Mother Feeling, un site de rencontres fréquenté par des femmes cherchant un géniteur pour leur futur bébé, ce qui ne va pas sans poser quelques problèmes… éthiques ! Embauché par la CRS (Cellule Rainer Strauss) comme chasseur de dettes, Dendron fait équipe avec Bekrit, un ancien policier kabyle qui a quitté le métier après avoir été traumatisé par des meurtres de bébés. Au cours d'une intervention musclée, il découvre des 7 de carreau malodorants chez Louise Parmentier, avec qui il va vivre des amours torrides, et dont le fils pourrait être… une victime du Nain jaune ! Tel est le point de départ de "ce thriller étourdissant, où la cruauté est tempérée par le bel humour décapant de l'auteur", pour reprendre les mots de Serge Safran, son éditeur.
Mother Feeling, de Michel Chevron (Serge Safran éditeur), 292 pages, 21 €
Patrick Mosconi est invité au Printemps bénuchot sous la double casquette d’artiste peintre et d’écrivain. Ce qui signifie qu’il sera coupé en deux (dédicace + fresque), prouvant que les états superposés chers à Schrödinger peuvent tout à fait s’appliquer à la vie macroscopique !
Comme le rappelle Paul Maugendre dans sa chronique sur la réédition de Nature morte (La Table ronde, collection La Petite Vermillon) en rappelant la liste longue comme le bras des auteurs de polar reconnus découverts par lui (Pouy, Raynal, Benacquista, Fajardie, Jonquet, etc.), Mosconi fut aussi éditeur dans la collection Sanguine et au Fleuve noir.
Son dernier roman On ne joue pas avec le diable (Calmann-Lévy) donne le ton de la première table ronde, Le diable est dans les détails, avec Michel Chevron et Alexandre Dumal. Mais revenons à Nature morte pour faire un très étrange constat…
Nature morte présente avec le roman dont la mort en bas-âge vaut au Printemps bénuchot d’exister quelques curieuses analogies : le personnage est chauffeur de taxi, et comme Jules Bénuchot, il fait ce qu’il lui plaît dans son habitacle, c’est-à-dire qu’il lui arrive de refuser des clients. Comme Bénuchot et sa Schrödinguette, Detmer possède une chatte, Prune, qui apparaît et disparaît, ce qui est, après tout, le propre des chats domestiqués. Enfin, comme Bénuchot, Detmer a connu la sinistre guerre d’Algérie en tant qu’appelé du contingent. La comparaison s’arrête là, puisque le héros de Mosconi est un tueur à gages, qui va devoir éliminer un militaire qu’il a bien connu en Algérie, le ressort de l’intrigues’appuyant sur le fonctionnement des démocraties et le terrorisme d’État de l’époque, ainsi que le fait remarquer son éditeur, Jérôme Leroy. Et il est permis de se demander si cela a vraiment changé… (On ne répondra pas à cette question, des fois que les mules de la DGSI traîneraient l’oreille, qu’elles sont, ces temps-ci, assez chatouilleuses, sur ce blog.)
Patrick Mosconi peint, aussi, beaucoup (une œuvre par jour ?), des œuvres charnelles, sur la beauté des corps, piments et pigments, couleurs éclatantes, douleurs aussi, la douleur des corps, la douleur des morts, de celle qu’ils nous laissent, et de ce qu’ils emportent. Il peint sur tous les supports et avec à peu près toutes les matières, et même (je crois) de la terre.
Avant de le retrouver sur le mur de street-art de la pointe Poulmarch, en compagnie de Patrick Pinon et de nos attachées de fresque Audrey et Hélène Malherbe, on peut retrouver ses œuvres sur sa page Facebook.
Pierre Butic écrit des poèmes depuis la nuit des temps. Ce qui est tout relatif puisqu’il n’a que vingt-cinq ans. Il y a dans ses poèmes l’incandescence du jeune homme pressé de vivre, la sagesse du désespéré et une certaine pugnacité à affronter les grandes interrogations de la vie (ou à les détourner), qui sont souvent l’apanage des grands poètes.
Son premier recueil porte un titre étrange et merveilleux, Le Papier n’en veut pas, dont certains extraits furent lus lors du Printemps bénuchot, samedi 8 juin à 13h et à 16h45. À lire surPØST le poème La chambre de ta mère. Nous lui avons posé quelques questions appelant des réponses courtes, parce que le festival commence dans deux jours et qu’il reste beaucoup à faire.
Qu'est-ce que la poésie ?
La poésie est l’amour réalisé du désir demeuré désir. René Char.
Je m’adresse à Pierre Butic, pas à René Char…
Des coups d’enclume sur la barre de la mémoire. C’est une vie parallèle à la tienne.
Pourquoi la poésie ?
Obsession de la mémoire.
Pourquoi pas la fiction ?
Parce que je n’ai pas d’imagination. J’ai essayé d'écrire de la fiction, mais je n’y suis pas parvenu.
La poésie ne serait pas de la littérature ?
La poésie a des hyperboles qui ont le compas dans l’œil, tandis que la littérature a des virgules qui fomentent des coups d’État.
Quelque chose qui n’aurait encore jamais été dit par aucun poète pour qualifier la poésie ? J'ai écrit un aphorisme. La poésie égrenne mon vécu sur un papier poreux. Ce serait l'épaisseur de ma nécessité l’enlaçant qui empêcherait la feuille de le boire, de le déglutir, de n’en dégorger qu’un rot creux et sans écho.
Retraité de l’Éducation nationale, titulaire d’un diplôme de pataphysique obtenu sous l’autorité de Fernand Wouters (dont on sait que Raymond Queneau le tint en grande estime), ami du spécialiste mondial de la brouette Francis Mizio, Christian Dufour vit tout près de Limoges. C’est à sa vigilance grammaticale que l’on doit la remarquable absence de coquilles dans l’additif L’Esprit bénuchot, la résurrection. Pendant un an, chaque matin, il s’est imposé de publier sur Facebook un écrit (savoureux) sur le Limousin en lien avec la date du jour : traditions, événements historiques ou faits divers, personnages célèbres ou écrivains – qui pour être parfois imaginaires ne le sont pas moins... Bref, de ces chroniques, comme disait Martial au Livre premier de ses Épigrammes : Sunt bon, sunt quaedam mediocria, sunt mala plura, / Quae legs: hic aliter non fit, Auite,liber (Parmi ces épigrammes que tu lis, Avitus, il y en a de bonnes, quelques-unes de passables et beaucoup de mauvaises : les livres ne se font pas autrement). Christian ne pourra hélas pas être présent au Printemps bénuchot, suite à un accident de brouette (sans gravité, même si celle-ci chut), mais nous lirons quelques-unes de ses “Fantaisies limousines”, dont celle du 17 janvier ne déplairait pas à Jules Bénuchot s’il lui venait l‘idée de sortir des pages du roman pour prendre vie.
Le 17 janvier, 28e jour du mois de nivôse, était dans le calendrier républicain le jour du zinc.
Le zinc est, selon la pertinente formule d’Antoine Blondin,«le seul métal conducteur d'amitié ». De préférence quand il recouvre un comptoir. De bistro. Au point que, par une synecdoque vieille d’un siècle et demi et que l’on doit à Zola dans Le Ventre de Paris, « le zinc », c’est un comptoir.
Mais les plus beaux zincs étaient en étain. Leur patine qui leur donnait une merveilleuse teinte vieil argent était particulièrement attractive au soiffard que j’étais. Je crois n’avoir pas été le seul à y user mes condyles huméraux. Était-il de zinc, d’étain, ou de vil formica, ce zinc glissant comme verglas sur lequel, selon le récit qu’il m’en fit, partit en vrille le coude du défunt Marquis, accident de comptoir qui lui valut la perte irrémédiable de quelques incisives maxillaires ? Je l’ignore.
Agricole Perdiguier célébré en sa ville natale de Morières
Nous étions alors quelques-uns à prendre régulièrement la route d’Eymoutiers pour nous rendre dans une maison louée en commun où nous nous livrions aux douces délices de la méditation transcendantale et de la longue, immense et raisonnée absorption de spiritueux médicaux. Une si longue expédition imposait quelques arrêts : on ne plaisante pas avec les risques de la déshydratation. Le premier était, passé Feytiat, à La Croix-Rouge, l’Auberge de la Charmille. Le patron n’était pas n’importe qui. Pierre Louis, dit Limousin le Cœur Fidèle, était Compagnon du Devoir de Liberté, émule d’Agricol Perdiguier dont il avait donné le prénom à son fils. Il était meilleur ouvrier de France en menuiserie. Il était aussi étainier. Et quel ! Son comptoir ? une merveille. Et qui avait une histoire : il avait fait, comme son propriétaire, la Résistance. Un texte gravé dans l’étain le rappelait ; pour échapper à la réquisition des métaux, le comptoir avait pris le maquis pour n’en sortir qu’à la Libération. Autant dire que boire un coup sur pareil monument historique donnait aux consommations un goût tout particulier, et qu’il importait de les savourer avec un tel respect qu’il convenait de renouveler l’opération afin de bien s’imprégner de la solennité du lieu.
Pierre Louis s’est éteint à l’âge de 80 ans, en 1986. Son comptoir, lui, se trouve aujourd’hui à la Cité des Métiers et des Arts de Limoges, rue de la Règle, en bordure du jardin de l'Évêché.
C’est en en duo que Liz Cherhalvient présenter au Printemps bénuchot (9 juin), le long du canal Saint-Martin, à Paris, les 11 titres de son troisième album L’Alliance. Toujours accompagnée de son fidèle musicien et arrangeur, Morvan Prat (violoncelle, guitare électrique, machines), elle se tourne vers des ambiances résolument pop-rock et s’ancre de plus belle dans son époque et sa société. Des textes forts, du punch, un franc-parler et de l’émotion à tous les étages.
Plus qu’un concert, une rencontre !
Avec, en première partie, Nicolas Jaillet !
Mais comment ces deux-là se retrouvent-ils à chanter dans le festival le plus improbable qui soit : le Printemps bénuchot ? Flash-back.
Crédit photos : François Guillement
C’était il y a une dizaine d’années… De retour du festival polar de Mauves-sur-Loire, je fis halte chez Liz Cherhal, dans la campagne nantaise, avec l’ami Nicolas Jaillet. Liz m’offrit son premier mini-CD comprenant deux chansons, Il est arrivé quelque chose et Tu vas bien nous chanter une chanson, qui rôdèrent longtemps dans mes oreilles, la gravité de l’une s’opposant à la légèreté grinçante de l’autre.
Le temps passa. En 2011, Liz Cherhal enregistra son premier album, Il est arrivé quelque chose. C’était le temps de la gravité, de la grâce et de l’accordéon. Avec le deuxième, Les Survivantes (2015), elle abandonne l’accordéon et prend une autre dimension : celle de la chanteuse attachante, drôle, sensible, pétillante, qui “brosse le portrait de femmes battantes, survivantes à des catastrophes naturelles, humaines, inhumaines” (Télérama). Avec cet album, Liz Cherhal accède au “statut” de bourlingueuse des mots gourmande avec qui la chanson française va devoir compter.
Dans L’Alliance (2018), Liz Cherhal change de cap. Elle parle d’elle, de sa vie, de son fils Tigran, des grands bonheurs et des petits malheurs qui deviennent ceux de tout le monde par la magie de la chanson. Et cette chronique intime dépasse l’intime pour atteindre une dimension universelle, intemporelle : la vie de Liz n’est plus seulement la sienne, c’est aussi un peu la vôtre (surtout si vous êtes une femme…).
Mais surtout, grande première dans l’histoire de la chanson française (de la chanson tout court ?), elle s’adresse à celles et ceux qui ne peuvent pas entendre ses mots : les sourds. Sur scène, en plus de ses musiciens, elle est accompagnée par Cyrille Gérard, comédien venu du cirque, qui retranscrit ses émotions via la langue des signes. Une sorte de double, en quelque sorte. Et pour le coup, on entre vraiment dans une autre… dimension.
Pendant ce temps-là, Nicolas Jaillet, qui bourlingua longtemps comme metteur en scène et comédien avec son itinérante Compagnie des filles de joies, écrivit des romans, dont deux parurent aux éditions Après la Lune (le voluptueux western métaphysique Sansalina, le drôle et cosmico-sensoriel Nous, les maîtres du monde), avant de prouver avec La Maison, magnifique roman de l’évasion conjugale ici chroniqué, qu’il était un écrivain, un vrai, ne se bornant pas, comme beaucoup, d’écrire à chaque fois (ou presque), sinon la même histoire, du moins la même rengaine, mais débroussaillant à chaque opus des chemins nouveaux, changeant de genre littéraire comme on change de chemise, ce dont il s’explique ici. Ce qui est le propre de la (bonne) littérature, non ?
Ce que j’ignorais, c’est que notre homme, même s’il avait commis quelques très belles chansons pour Alexis HK et grattait fort agréablement la guitare, projetait, dans le plus grand secret, de se lancer à l’assaut de la citadelle music-hall, se produisant successivement au Petit cabaret du bonheur, à Montmartre, puis dans deux librairies parisiennes.
Nicolas Jaillet au Petit cabaret du bonheur (2018)
Ce que j’ignorais plus encore, c’est qu’un jour, par une suite de hasards aussi incongrus qu’abracadabrants, je deviendrais “entrepreneur de spectacles en eau douce” et serais amené à organiser ce drôle de Printemps bénuchot où ils vont se retrouver, Liz et Nicolas, pour le plus grand plaisir de spectateurs, que nous espérons nombreux ! Nicolas Jaillet interprétera quelques chansons de son futur album L’Amour universel, que vous pouvez écouter en cliquant ici.
Concert Nicolas Jaillet : dimanche 9 juin, 16h
Concert Liz Cherhal : dimanche 9 juin, 17h
Spectacles gratuits. Les CD de Liz Cherhal et les livres de Nicolas Jaillet seront en vente sur place.
Léa Raymond est “photographe itinérante”. Se déplaçant dans les lieux publics (places, plages, rues) ou privés (cafés, restaurants, mariages), tel un Bénuchot obsédé par les rencontres de hasard, elle aborde les passants, leur proposant de devenir leur modèle d’un moment ! Clic, c’est dans la boîte ! À qui le tour ? Magie de l’ère numérique : la photographie vous plaît ? Vous la recevez par courriel, et votre portrait sera mis en ligne sur le site La Boîte à clichés (en construction). En attendant, on peut les retrouver sur sa page Facebook.
Léa Raymond sera présente au Printemps bénuchot les 8-9 juin. Les modèles pourront repartir avec leur portrait sous le bras, imprimé sur place, moyennant une contrepartie libre.
Kits Hilaire sera présente au Printemps bénuchot les 8-9 juin 2019 et participera dimanche 9 juin à un débat avec François Muratet et Laurence Biberfeld, sur le thème Quand l’Histoire fait des histoires, animé par Nicolas Jaillet.
Les trois derniers romans de Kits Hilaire, Ivan, allégresse et liberté, Berlin, dernière (réédition de son roman-culte paru chez Flammarion en 1990) et Mon grand-père et moi à Barcelone ont paru aux éditions Après la Lune.
Caroline Gérard vit à Avignon. Elle publie chaque matin sur Facebook un texte sur le saint ou la sainte du jour. Elle s’explique dans cette « note d’intention ». Elle déclamera quelques-uns de ses textes lors du Printemps bénuchot, le 8 juin 2019, jour de la saint Médard, dont seuls les aliborons ignorent qu’il était évêque de Noyon.
De nos jours, on souhaite plutôt les anniversaires que les fêtes mais les saints s’accrochent toujours à leur place dans le calendrier. À part quelques figures célèbres, on ignore pour la plupart ce qui leur a valu d’être gratifié d’une auréole.
Voici quelques années, je me suis mise à fouiller dans les textes hagiographiques, et en premier lieu bien sûr, dans La Légende dorée de Jacques de Voragine. Quand leur vie était assez pittoresque, je la réécrivais dans un français plus moderne, ajoutant des onomatopées pour bruiter certaines actions, commentant très discrètement certains faits. J’avais soumis ces premiers textes à mon ami Pierre Autin-Grenier qui avait écrit un journal poétique, Les Radis bleus (Le Dé bleu, rééd. Folio, puis Les Carnets des Desserts de Lune), où les dates immanquablement étaient accompagnées du saint du jour. Pour lui, bien qu’athée, cette mythologie était importante. Il m’avait encouragée dans mes premiers essais pour l’ironie et la fantaisie qui s’y cachaient. Puis Pierre Autin-Grenier nous a quittés, et mes saints ont sommeillé pendant quelques années, jusqu’au jour où j’ai décidé de les sortir de leur torpeur et de leur donner un public plus large. C’est ainsi que je les ai publiés sur Facebook, au fil du calendrier, souhaitant à chaque fois une bonne fête au porteurs des prénoms du jour. J’ai progressivement abandonné La Légende dorée comme unique source pour aller chercher d’autres saints dans les traditions locales (Bretagne, Grande-Bretagne, Provence, etc.). La « famille » s’est progressivement agrandie pour compter à ce jour 123 membres.
Aux premiers temps du christianisme, les saints et saintes jouèrent un rôle crucial dans l’élaboration de la toute nouvelle religion. Ces femmes et hommes convertis prêts à sacrifier leurs vies dans d’horribles souffrances pour gagner une auréole, et donc une place au paradis, ne pouvaient que représenter des exemples à suivre. Dans les récits qui étaient rapportés, les tortures infligées tenaient une place importante. On retrouve là un ingrédient vieux comme le monde : la violence est un moyen de capter l’attention. Puis, pour faire prospérer cette religion, il fallait qu’elle soit en quelque sorte « décentralisée ». Alors, des légendes populaires se métamorphosèrent en histoires saintes dans toute l’Europe : le merveilleux qu’on appela « miracle » fut l’autre ingrédient indispensable à l’implantation de la foi chrétienne dans les coins les plus reculés du continent. L’autre utilisation des saintes et saints fut aussi celle de faire entrer de l’argent dans l’organisation. En effet, comme l’avaient fait précédemment les Grecs, on créa des lieux de pèlerinage grâce au système des reliques. Quelques bouts d’os suffisaient à assurer la prospérité d’un lieu. Quand on n’en avait pas, on n’hésitait pas à les voler, comme ce fut le cas pour les restes de sainte Foy, qui assurent encore aujourd’hui la richesse touristique de Conques. Pudiquement, à propos de ces larcins, on utilisait l’euphémisme « translation furtive ».
Ces récits hagiographiques remaniés par mon regard d’athée du XXIe siècle forment à présent un recueil. Son but premier est de mettre en lumière des récits souvent oubliés, mais aussi de distraire avec ces aventures où se mêlent souvent les ingrédients qui font aujourd’hui le succès des séries TV : le fantastique, le gore, les bons sentiments, l’amour... Les saintes et saints qui y sont traités relèvent d’un choix purement arbitraire, qui n’est pas lié à leur renommée ou leurs origines, mais à l’aspect pittoresque de divers éléments de leur vie.
1935. Pour démontrer l’absurdité de la physique quantique (entre autres), Erwin Schrödinger, prix Nobel de physique 1933, invente l’expérience de pensée du “chat de Schrödinger”. Le principe est simple : dans une boîte : un chat, un atome radioactif, un marteau, une fiole de poison, un détecteur de radioactivité. Fermez la boîte. Attendez. (On ne secoue pas !) Dès que la radioactivité sera détectée, le marteau cassera la fiole de poison, qui sera lapée par le chat, qui mourra. Mais tant que vous n’aurez pas ouvert la boîte, le chat sera à la fois mort et vivant. Paradoxe que les savants nomment “états superposés”… Et ça peut durer longtemps. Très longtemps !
84 ans plus tard, personne n’a osé ouvrir la boîte – le syndrome de Pandore est tenace ! Et le pauvre chat est devenu l’objet de toutes les supputations, et de tous les fantasmes ! Mort ? Vivant ? Ni l’un ni l’autre ? Les deux à la fois ? Dans un état qu’aucun être humain n’a jamais pu imaginer ?
Le 8 juin 2019 à 15h15, alors que les Gilets jaunes entameront l’Acte 30 de leur glorieux combat contre les Tuniques bleues énucléeuses du général décérébré Castaner et que le Printemps bénuchotbattra son plein devant le mur de street-art de la pointe Poulmarch, nous mettrons fin à cette ignominieuse séquestration, qui n’a que trop duré, et ouvrirons la boîte.
Et le monde macroscopique saura ENFIN dans quel état se trouve le chat de Schrödinger !
Pour signer cette pétition initiée par l’écrivain Gérard Streiff, adressée à l’ambassade d’Italie et au ministère français de la Justice, cliquer ici.
L’écrivain Cesare Battisti vient d’être livré à l’Italie après plus de trente années de cavale à travers le monde. Incarcéré dans une prison de Sardaigne, il risque d’y terminer sa vie en application d’une condamnation à perpétuité prononcée en son absence.
Les faits qui lui sont reprochés s’inscrivent dans une période noire de l’histoire italienne désignée par l’expression « années de plomb ». Aujourd’hui le gouvernement italien exige que de nombreux autres réfugiés italiens, dont certains vivent en France, lui soient livrés. Quarante ans après les faits douloureux qui ont endeuillé l’Italie, cette vengeance sans fin pose question.
Dix ans seulement après les affrontements meurtriers de la Commune de Paris qui firent des dizaines de milliers de victimes, Victor Hugo déclarait : « L’oubli seul pardonne. Il faut fermer toute la plaie. Il fait éteindre toute la haine ». L’amnistie pour les Communards de 1871 interviendra en 1880. Une nation s’élève en substituant la Justice à la vengeance.
Amnistie pour Battisti et pour tous les faits en relation avec les années de plomb.
C’est une chose étrange que la disparition de gens qu’on n’a jamais rencontrés mais qui ont pris une importance particulière dans votre vie. Une boule se creuse au fond de la gorge, ce n’est pas le deuil d’un proche, pas non plus celui d’un chanteur qui vous a accompagné depuis votre enfance, mais l’émotion vous étreint de la même façon. J’apprends avec beaucoup de tristesse le décès du poète “corso-provençal” (ainsi qu’il se qualifiait) Jacques Lovichi, auteur notamment de L’Égorgement des eaux, Fractures du silence (prix Antonin Artaud) et Préhistoires, dans lequel il écrit ces mots qui auraient fait le miel d’un Léo Ferré :
Comme vous êtes en retard / ce soir / dans les corridors glacés de la mémoire
sefaufilent les intersignes / s’entrecroisent les destinées
S’il n’est plus temps laissez leur croire
que rien ne presse / on est si près / si près et puis… / rien
....
Dans Cessation progressive d’activité, publié dans la revue Autre Sud [à lire dans la revue Phoenix, dont il fut l’un des créateurs], il avouait avoir pris son “congé de créativité poétique”. “Il y a toujours un livre de trop. Ne l’écrivons jamais. Du moins, ne le publions pas. Qui sait s’arrêter reste grand.”
Jacques Lovichi, qui participa à l’aventure de la revue marseillaise Sud et fut l’ami de Guillevic, auteur d’une biographie du poète Germain Nouveau, et dont je découvris les poèmes dans les années 80, lorsque j’éditais la revue La Foire à bras, était aussi critique au quotidien La Marseillaise, et c’est à ce titre que nous fîmes connaissance, grâce à sa consœur et amie commune Sylvie Cohen. Nos rencontres : de brèves et chaleureuses épistoleries, consécutives à ses critiques dithyrambiques de mes écrits, dont l’obstination foutraque l’enchantait. À chaque fois, ou presque, que je publiais un roman, ce diable d’homme sortait la tête de la “licorne captive” où il résidait, pour en faire l’éloge, et plus c’était foutraque, plus il aimait. (Il fut bien l’un des seuls…)
Je me faisais une joie de l’informer de la résurrection de L’Esprit Bénuchot, dont il dit grand bien dans La Marseillaise du 26 juin 2016, concluant par cette petite phrase renvoyant à l’interrogation citée plus haut : “Seule question existentielle, et qui inquiète ses lecteurs : après s’être tenu si près des limites – les franchissant parfois –, comment Reboux pourrait-il aller plus loin ; que parviendra-t-il encore à écrire ? Seul le silence, alors ?”
À quoi je serais tenté de répondre, puisque la nouvelle ne parviendra pas à son destinataire : ”À quoi bon aller plus loin, puisque mon lecteur fétiche n’est plus là pour me lire ?”
Sacrifions à l’usage de la classique carte de vœux (hélas, souvent pieux niveau pépettes, la vie restant, pour la plupart d’entre nous qui gagnons des clopinettes et tirons par la queue ce pauvre diable qui ne nous a pourtant rien fait, un bon gros sac à emmerdes à côté duquel le tonneau des Danaïdes ressemble à une flaque de lait lappée par un chat famélique) pour émettre pour l’an 2019 le vœu de toute évidence et de première nécessité que voici : . Que les femmes éviscéreuses de poulets illettrées de Bretagne, les Gaulois réfractaires, les cyniques gascons, les sans-chemises, sans-culotte, sans-pantacul, sans-cervelle et sans-logis, les fainéants qui traversent la rue pour aller au bistrot et s’arriment au zinc avec le poil de la main qui leur sert de canne pour ne pas être tentés de faire un crochet par Pôle Emploi, les flatulents obèsesqui veulent tout faire péter(mot prononcé par Macron au réveillon, je le tiens de mon cousin Jean-Pierre Reboux, cuistot à la chiourme des légionnaires au Tchad ; au dernier moment, l’expression « flatulents obèses qui veulenttout faire péter », qui allait valoir au président mal loti de s’aliéner les armées de piliers de fast-food buveurs de coca-cola, non encore entrés en jacquerie, n’a pas été retenue pour son allocution [comme le chante Thiéfaine, quand la banlieue descend sur la ville, ça peut faire très mal…], les gens errant dans les gares qui ne sont rien et confondent (on ne le dit pas assez) le buffet et la huche, la droite et la gauche, bâbord et tribord, la glotte et l’épiglotte, l’épithète et l’épigastre, le cuit et le cru, Rollmops et Rolex, les alcooliques consanguins du Ch’nord, les qui têtent les moules à sec au bouchot, les qui se lavent les cheveux au houblon pour ne pas engraisser la famille Dop, les qui ont appris (et oublié) l’or-tôt-graphe dans les nouilles-alphabet, les qui ont une ardoise longue comme le Pas-de-Calais chez Mamie Coop, les qui se grattent le fondement avant de dire un bon mot, les qui réveillonnent dans les poubelles de Courtepaille, les gilets jaunes, casseurs de radars, liquidateurs de péage, brûleurs de pneus, résilieurs de préfectures, caillasseurs de gendarmes, pétanqueurs de CRS, les qui font griller la merguez au rond-point de la ZA des Acacias ayant occasionné 10.000 euros de pots-de-vin, les qui ne dépassent pas le 80 à l’heure pour assécher les caisses de l’État, les qui ne l’auront pas volé si la clique à Le Pen arrive au pouvoir, les Guyanais anti-orpailleurs infoutus de traverser l’Atlantique pour se poser sur la carte de not’beau pays, les qui n’ont jamais vu une cravate de leur vie, portent des chandails troués et gardent le même tee-shirt une semaine de rang sur les ronds-points, les brûleurs d'effigie du petit foutriquet amiénite, les cyniques, les sceptiques, les irradiés, les plaintifs, les irresponsables, les pov'cons (il serait fâcheux d’oublier que la voie du mépris macrogneux pour le bas-peuple fut tracée par Nicolas de Nagy-Boçsa-d’Entre-les-Boues, à qui j’ai consacré un an de ma vie à décrire les turpitudes de “petit garçon pas fini”), les sans-dents qui boivent le Flamby à la paille, et toutes celles et ceux qui s'en prennent plein la gueule pour pas un rond dans les manifs, se faisant tirer comme des lapins, crever les yeux, arracher les mains, casser les os et les pieds, insulter, menacer, mettre en joue, j’en passe et des pires…, pour émettre le vœu, dis-je, que toute cette petite canaille de foules haineuses, goules glaireuses et boules nerveuses, dégagent le paltoquet au cerveau rothschildien de son petit palais…
Après, ça ira (forcément) déjà un peu mieux ! Et pour le reste, l’intime, le familial, l’amical, le particulier, aimez-vous, réchauffez-vous, portez-vous bien, cueillez la vie du mieux que vous le pouvez !